Au Myanmar, la répression passe aussi par des expulsions de logement, selon des experts

2 décembre 2021

Des experts indépendants de l’ONU ont dénoncé, jeudi, la campagne d’expulsions et d’intimidations visant des résidents de certains quartiers défavorisés de la région de Yangon, la capitale économique du Myanmar.

« Nous demandons au chef de l’armée du Myanmar de mettre immédiatement fin aux expulsions forcées et aux démolitions de maisons en cours dans les zones d’habitation informelle du canton de Hlaing Thar Yar, dans la région de Yangon », ont fustigé les trois experts des droits de l’homme de l’ONU, relevant que ces « actions de l’armée étaient illégales au regard du droit international ».

« Nous sommes alarmés par le recours à la force et à la pression, qui semble être utilisé comme un moyen de contraindre les habitants à détruire leurs maisons et à déménager, contre leur gré, dans un contexte marqué par l’application continue de la loi martiale dans la région à la suite des manifestations contre le coup d’État », ont-ils déclaré, ajoutant que les personnes déjà expulsées doivent bénéficier d’un autre logement et de l’aide nécessaire pour accéder à la nourriture, aux vêtements, à l’eau et aux installations et services sanitaires.

Le 28 octobre dernier, environ 8.000 familles ont été expulsées et se sont retrouvées sans abri, sans aucune indemnisation. Des dizaines de bulldozers et de camions militaires ont pénétré dans la zone touchée, accompagnés de soldats armés, de policiers et d’employés municipaux, et ont démoli des huttes et des maisons de fortune.

D’autres expulsions sont en cours dans la commune de Hlaing Thar Yar

Selon certains rapports, de nombreuses familles avaient déjà démoli leur logement la veille, de peur d’être arrêtées ou battues par les soldats. D’autres expulsions sont en cours dans la commune de Hlaing Thar Yar, ainsi que dans des quartiers informels d’autres communes de la région de Yangon.

Les experts de l’ONU avaient déjà fait part de leurs préoccupations au commandant en chef de l’armée, le priant instamment de trouver une solution permanente pour répondre aux besoins en matière de logement des habitants des quartiers informels du canton de Hlaing Thar Yar, et de mettre fin aux expulsions et à tout acte d’intimidation à l’encontre des résidents. Les experts ont également demandé instamment que des mesures soient prises pour protéger les personnes concernées de tout risque pour leur santé dû à la pandémie de Covid-19.

« Les acteurs exerçant des fonctions de type gouvernemental ou un contrôle de facto sur un territoire et une population doivent respecter et protéger les droits de l’homme des individus et des groupes », ont fait valoir les experts, rappelant que toute personne a droit à un niveau de vie suffisant, y compris à un logement adéquat.

Outre le Rapporteur spécial sur le logement convenable, Balakrishnan Rajagopal, les autres experts signataires de cette déclaration sont Cecilia Jimenez-Damary, Rapporteure spéciale sur les droits de l’homme des personnes déplacées internes ; et Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme.

Note

Les Rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand corps d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance du Conseil qui traitent soit des situations spécifiques de pays, soit des questions thématiques dans toutes les parties du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.

 

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