L’ONU condamne les meurtres de manifestants pacifiques au Soudan

18 novembre 2021

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a condamné jeudi le meurtre par les forces de sécurité d'au moins 39 personnes au Soudan depuis le coup d'État militaire du 25 octobre, dont 15 auraient été abattues mercredi lors de manifestations dans l’agglomération de Khartoum.

« Suite à nos appels répétés aux autorités militaires et de sécurité pour qu'elles s'abstiennent de recourir à une force inutile et disproportionnée contre les manifestants, il est tout à fait honteux que des balles réelles aient à nouveau été utilisées hier contre des manifestants », a déclaré Mme Bachelet dans un communiqué de presse.

« Tirer sur de grandes foules de manifestants non armés, faisant des dizaines de morts et de nombreux blessés, est déplorable, vise clairement à étouffer l'expression de la dissidence publique et constitue des violations flagrantes du droit international des droits humains », a-t-elle ajouté.

Selon des sources médicales fiables, plus de 100 personnes ont été blessées lors des manifestations d'hier – dont 80 ont été blessées par balle au haut du corps et à la tête, selon des sources médicales. Il y a eu aussi un usage intensif de gaz lacrymogène. Des arrestations auraient eu lieu avant, ainsi que pendant et après les manifestations. La police a publié une déclaration indiquant que 89 policiers avaient également été blessés.

Fermeture des communications téléphoniques et des services Internet

A partir de mercredi à 12h00 environ, heure locale, l'autorité militaire a imposé une fermeture totale des communications téléphoniques et mobiles à travers le pays, en plus de la fermeture continue des services Internet, coupant effectivement le Soudan du monde. Seules les liaisons par satellite ont continué à fonctionner.

« Un arrêt des communications signifie que les gens ne peuvent pas appeler les ambulances pour soigner les manifestants blessés, les familles ne peuvent pas vérifier la sécurité de leurs proches et les hôpitaux ne peuvent pas joindre les médecins alors que les salles d'urgence se remplissent », a déclaré la Haut-Commissaire. « Les fermetures générales d'Internet et des télécommunications violent les principes fondamentaux de nécessité et de proportionnalité et contreviennent au droit international ».

Depuis le coup d'État militaire, des journalistes, en particulier ceux perçus comme critiques à l'égard des autorités, ont été pris pour cible. Des journalistes ont été arbitrairement arrêtés, attaqués alors qu'ils travaillaient, et leurs domiciles et bureaux ont été perquisitionnés par les forces de sécurité. Des informations inquiétantes font également état d'une tentative d'enlèvement de journalistes par des assaillants armés habillés en civil.

« Avec les fermetures d'Internet, le rôle des journalistes dans la diffusion d'informations essentielles sur la situation actuelle est particulièrement crucial, mais je crains que l'environnement de plus en plus hostile à leur encontre ne conduise à l'autocensure et ne menace davantage le pluralisme et l'indépendance des médias », a déclaré Mme Bachelet.

Elle a exhorté les autorités « à libérer immédiatement tous ceux qui ont été détenus pour avoir exercé leurs droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique, ainsi que tous les acteurs politiques détenus – comme elles se sont publiquement engagées à le faire ».

Mme Bachelet a souligné que les membres des forces de sécurité ainsi que les dirigeants politiques et militaires responsables d'un usage inutile et disproportionné de la force contre les manifestants doivent être tenus responsables conformément au droit et aux normes internationales des droits humains. Elle a également jugé nécessaire de veiller à ce que les travailleurs de la santé ne soient pas ciblés pour fournir des soins médicaux aux manifestants blessés et que leur travail essentiel ne soit pas entravé.

 

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