Deux jeunes filles haïtiennes retournent à l'école aux Cayes pour la première fois après le tremblement de terre d'août 2021.

La course contre la montre en Haïti, le blog du Coordonnateur résident de l'ONU

© UNICEF/Georges Harry Rouzier
Deux jeunes filles haïtiennes retournent à l'école aux Cayes pour la première fois après le tremblement de terre d'août 2021.

La course contre la montre en Haïti, le blog du Coordonnateur résident de l'ONU

Aide humanitaire

Haïti est confronté à un certain nombre de « courses contre la montre » pour faire face à des crises qui, si elles ne sont pas traitées, pourraient avoir de graves conséquences négatives pour l'avenir à long terme du pays, selon le plus haut responsable de l'aide humanitaire et du développement des Nations Unies dans le pays.

Bruno Lemarquis est le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies (RSASG) et le Coordinateur résident et humanitaire en Haïti. Il a parlé à ONU Info de la réponse au tremblement de terre et du processus de reconstruction.

« Haïti fait actuellement les gros titres de la presse mondiale pour toutes les mauvaises raisons.  Le pays connaît une crise multidimensionnelle : une recrudescence de la violence, une pénurie de carburant qui paralyse de nombreux services essentiels et le tremblement de terre d'août qui a tué environ 2.200 personnes et laissé des centaines de milliers de personnes dans le besoin.  

Bruno Lemarquis (à gauche), coordinateur résident et humanitaire des Nations unies en Haïti, s'entretient avec des personnes touchées par le tremblement de terre dans le sud-ouest du pays.
ONU Haiti/Jonathan Boulet-Groulx
Bruno Lemarquis (à gauche), coordinateur résident et humanitaire des Nations unies en Haïti, s'entretient avec des personnes touchées par le tremblement de terre dans le sud-ouest du pays.

En tant que Coordinateur résident et humanitaire de l’ONU et Représentant spécial adjoint, je m'engage, avec l'équipe des Nations Unies en Haïti, non seulement à soutenir les réponses aux crises immédiates, en particulier humanitaires, mais aussi à garantir que les Nations Unies s'engagent pleinement dans l'agenda du développement, à faire progresser la mise en œuvre des ODD et à s'attaquer aux causes structurelles profondes qui sont à l'origine de l'instabilité, du développement et des déficits de gouvernance d'Haïti. 

La situation humanitaire

En ce qui concerne la situation humanitaire, les Nations Unies ont estimé au début de l'année que 40 % de la population haïtienne, soit environ 11,5 millions de personnes, avait besoin d'une aide humanitaire, principalement en raison de niveaux élevés d'insécurité alimentaire. 

Le tremblement de terre du 14 août, qui a touché principalement le sud du pays, a eu des conséquences dévastatrices et a aggravé une situation humanitaire déjà catastrophique. 

Une insécurité grandissante

Alors que les besoins des Haïtiens restent élevés, le pays connaît une insécurité croissante qui non seulement crée de nouveaux besoins humanitaires mais entrave également l'accès et la réponse à la reconstruction et au relèvement. 

Depuis juin, la violence des gangs dans la région de Port-au-Prince a déplacé au moins 19.000 personnes et a affecté 1,5 million de personnes. 

La violence, les pillages, les barrages routiers, la présence persistante de gangs armés et le manque de carburant qui en résulte constituent autant d'obstacles à l'accès humanitaire et à l'effort de reconstruction et de redressement.

Une aide humanitaire a été fournie par l'ONU immédiatement après le tremblement de terre d'août 2021.
IOM/Monica Chiriac
Une aide humanitaire a été fournie par l'ONU immédiatement après le tremblement de terre d'août 2021.

Rapatriements

Le rapatriement de migrants haïtiens en grand nombre depuis ces dernières semaines rend la situation déjà difficile, encore plus complexe. 

Quelques 11.000 migrants ont été renvoyés en Haïti, dont environ 8.000 en provenance des seuls États-Unis. La plupart des migrants déclarent avoir vécu plusieurs années en Amérique du Sud ou en Amérique centrale. En outre, des migrants plus récents qui avaient quitté Haïti après le tremblement de terre d'août sont également rapatriés depuis les pays voisins.

Les agences des Nations Unies, en particulier l'OIM, travaillent en étroite coordination avec les autorités haïtiennes pour s'assurer que leur retour se déroule dans la dignité, malgré des capacités surchargées. 

Priorités en matière de relèvement et de reconstruction

La réponse humanitaire, environ deux mois et demi après le tremblement de terre, entre maintenant dans une nouvelle phase.  Il y a un certain nombre de priorités qui représentent ce que j'appelle des défis de « course contre la montre » qui, s'ils ne sont pas relevés, pourraient avoir des conséquences négatives supplémentaires. Les Nations Unies travaillent main dans la main avec nos partenaires nationaux pour les relever.

L'éducation des enfants a beaucoup souffert. Plus de 1.200 bâtiments scolaires ont été endommagés ou détruits. La réouverture des écoles est une priorité absolue, afin d'éviter de nouveaux abandons scolaires.

L'UNICEF est à pied d'œuvre, avec ses partenaires, pour aider le ministère de l'Éducation à relever ce défi. 
Les petits exploitants agricoles qui ont perdu leurs terres, leurs cultures et leur bétail, ont besoin de soutien pour ne pas manquer la prochaine saison de plantation. Les Nations Unies (la FAO et le PAM en particulier) travaillent avec des partenaires à cet égard. Cela permettra de limiter les niveaux déjà élevés d'insécurité alimentaire.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et d'autres partenaires aident les personnes déplacées à rentrer chez elles dans la mesure du possible, notamment pour éviter de nouvelles migrations urbaines.

Et la fourniture de services sociaux de base, en particulier les services de santé, doit reprendre aussi vite que possible, pour éviter, par exemple, de perturber les traitements médicaux et les programmes de vaccination.

L'OMS/OPS, l'UNICEF et l'UNFPA travaillent activement avec le ministère de la Santé et d'autres partenaires à cet égard. 

Un leadership national pour la réponse

Tout cela s'est déroulé sous la direction énergique des autorités haïtiennes ainsi que des autorités et partenaires locaux, dans un contexte de logistique difficile, d'insécurité et de problèmes d'accès.

L'un des principaux enseignements tirés du tremblement de terre encore plus dévastateur de 2010 en Haïti était la nécessité de soutenir et de respecter le leadership national, les dispositifs de coordination nationaux et les institutions locales, de s'appuyer sur les capacités, l'expertise et les connaissances d'Haïti afin d'assurer un changement durable.

L'accent a également été mis sur le soutien à l'économie locale et la cohérence entre la réponse d'urgence à court terme et les solutions à plus long terme.

Évaluation des besoins post-catastrophe

Le gouvernement a lancé une évaluation des besoins post-catastrophe immédiatement après le tremblement de terre, avec le soutien collectif de l'ONU (avec le PNUD comme chef de file technique) et d'autres partenaires, en particulier l'Union européenne, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement. 

On estime que l'effort de reconstruction et de redressement en Haïti coûtera environ 2 milliards de dollars.
IOM/Monica Chiriac
On estime que l'effort de reconstruction et de redressement en Haïti coûtera environ 2 milliards de dollars.

Le plan de redressement, qui coûtera environ 2 milliards de dollars, sera présenté lors d'une conférence internationale convoquée par le gouvernement, avec le soutien des Nations Unies, prévue à la mi-décembre.
L'événement permettra de sensibiliser et de mobiliser des ressources pour la phase de redressement et de reconstruction.  On espère que les donateurs internationaux se réuniront pour soutenir et défendre le développement à long terme d'Haïti.

Coalition

Parallèlement au travail d'intervention d'urgence et de développement d'urgence, l'équipe intégrée des Nations Unies en Haïti (équipe pays et mission politique des Nations Unies) cherche à concentrer ses ressources politiques et programmatiques collectives sur certaines des causes structurelles clés de l'instabilité et des déficits de développement et de gouvernance, notamment la lutte contre la corruption, l'impunité et la transformation et la modernisation de l'économie. 

Elle cherche également à soutenir l'opérationnalisation des politiques publiques qui bénéficient aux plus vulnérables, par exemple dans les domaines de la protection sociale, de la sécurité alimentaire et de la réduction des risques de catastrophes. C'est ainsi que l'on peut faire progresser le lien entre les efforts humanitaires, de développement et de paix.

Si nous ne relevons pas ces défis ensemble et n'investissons pas dans le redressement, la reconstruction, le développement durable et le traitement des causes profondes, il sera plus difficile pour Haïti de sortir de ce cycle de crises humanitaires et d'instabilité. 

Sans ce soutien, le peuple haïtien continuera à souffrir et cette crise deviendra une crise oubliée par le monde.

 

Coordinateur résident des Nations Unies
- Le Coordinateur résident des Nations Unies est le représentant le plus haut placé du système de développement des Nations Unies au niveau national.
- Dans cette série occasionnelle, ONU Info invite les Coordinateurs résidents à bloguer sur des questions importantes pour les Nations Unies et le pays dans lequel ils travaillent.