« Ne choisissez pas l'extinction », déclare un dinosaure aux dirigeants mondiaux

27 octobre 2021

Pour la première fois à l'ONU, un dinosaure féroce et bavard fait irruption dans l'emblématique salle de l'Assemblée générale au siège de l'ONU à New York, avec un avertissement spécial pour tous les diplomates qui pensent encore que l'action climatique est pour les oiseaux.

« Au moins, nous avions un astéroïde », prévient la créature, se référant à la théorie populaire expliquant l'extinction des dinosaures il y a 70 millions d'années. « Quelle est votre excuse? »

Ce n'est pas une tranche de la vraie vie bien sûr, mais la scène clé générée par ordinateur d'un nouveau court métrage diffusé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), dans le cadre de sa campagne « Ne choisissez pas l'extinction ».

Le dinosaure dit alors au public de diplomates abasourdis qu'« il est temps que les humains arrêtent de se trouver des excuses et commencent à faire des changements » pour faire face à la crise climatique.

Il s'agit du tout premier film réalisé dans la salle de l'Assemblée générale à l'aide d'images générées par ordinateur. Il inclut des célébrités mondiales prêtant leur voix au dinosaure dans de nombreuses langues, dont les acteurs Eiza González (espagnol), Nikolaj Coster-Waldau (danois) , et Aïssa Maïga (français)

 

423 milliards de dollars par an de subventions aux combustibles fossiles

Une étude du PNUD publiée montre que le monde dépense 423 milliards de dollars par an uniquement pour subventionner les combustibles fossiles, suffisamment pour couvrir la vaccination contre la Covid-19 pour chaque personne dans le monde ou trois fois le montant annuel nécessaire pour éradiquer l'extrême pauvreté mondiale.

« Pensez à toutes les autres choses que vous pourriez faire avec cet argent. Partout dans le monde, les gens vivent dans la pauvreté. Ne pensez-vous pas qu'il serait plus logique de les aider que de… payer pour la disparition de toute votre espèce ? » dit le dinosaure.

Le PNUD note que ce montant de 423 milliards de dollars est quatre fois supérieur à celui qui est demandé pour aider les pays pauvres à lutter contre la crise climatique, l'un des points de friction de la conférence mondiale sur le climat, la COP26, qui s’ouvre dans quelques jours à Glasgow.

« La pandémie de Covid-19 a mis à nu des aspects désuets de l'économie mondiale. Il s'agit notamment du fait que le monde continue de dépenser des milliards de dollars en subventions aux combustibles fossiles, alors que des centaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté et que la crise climatique s'accélère. Dans ce contexte, nous devons nous demander si les subventions aux combustibles fossiles constituent une utilisation rationnelle de l'argent public », a déclaré Achim Steiner, Administrateur du PNUD.

Frankie le dinosaure dans la salle de l'Assemblée générale des Nations Unies.
PNUD
Frankie le dinosaure dans la salle de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Des aides inefficaces et inéquitables

Les aides aux combustibles fossiles sont à la fois inefficaces et inéquitables. Dans les pays en développement, environ la moitié des ressources publiques allouées à la consommation de combustibles fossiles profite aux 20% les plus riches de la population, selon le Fonds monétaire international (FMI).

« La question des subventions aux combustibles fossiles est un sujet délicat politiquement, mais les faits montrent qu’une réforme est non seulement nécessaire, mais également qu’elle pourrait bénéficier aux plus pauvres, créer des emplois et protéger la planète, à condition d’être correctement menée », a indiqué George Gray Molina, économiste en chef du Bureau de l'appui aux politiques et aux programmes du PNUD et co-auteur de l’étude.

Le rapport, publié avant les réunions à venir du G20 et de la COP26, est lancé dans le contexte d'une reconnaissance grandissante de la nécessité de réformer les subventions aux combustibles fossiles, par les économistes et les décideurs, ainsi que par le FMI et la Banque mondiale. Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a également lancé un appel pressant en faveur d’une telle réforme.

Le principal responsable de l'urgence climatique est le secteur de l’énergie, qui est à l'origine de 73% des émissions de gaz à effet de serre anthropiques. La réforme des subventions aux combustibles fossiles contribuerait à réduire les émissions de CO2 et serait bénéfique pour la santé et le bien-être des populations. Elle constitue un premier pas vers une juste tarification de l'énergie, qui reflète le coût « réel » et complet de l'utilisation des combustibles fossiles pour la société et l'environnement.

Cependant, l'analyse du PNUD montre qu’une réforme des subventions aux combustibles fossiles peut également être injuste et préjudiciable pour les ménages et la société si elle est mal conçue. Si les aides aux combustibles fossiles ont tendance à être un outil inégalitaire – les avantages reviennent essentiellement aux riches – ces subventions représentent également une part importante des revenus des populations pauvres qui, autrement, devraient être consacrées à la consommation d'énergie.

La suppression des subventions aux combustibles fossiles pourrait donc facilement devenir un facteur de paupérisation monétaire et énergétique. Cela contribue à complexifier la réforme des combustibles fossiles et constitue un obstacle majeur à la transition vers des sources d'énergie propres et renouvelables.

Dans cette optique, l’étude du PNUD plaide pour une réponse progressive et graduelle aux réformes. Elle comprend l'analyse d'exemples de réussite recueillis dans plusieurs pays de différentes régions et propose une « boîte à outils » à l’intention des décideurs pour faciliter les réformes des subventions aux combustibles fossiles et des prix de l'énergie. Cette boîte à outils permet une approche progressive, juste et équitable, qui comprend des mécanismes de protection des revenus et de compensation en faveur des groupes les moins favorisés.

 

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