Libye : l’ONU dénonce la souffrance des migrants et veut une enquête indépendante sur les allégations de meurtres

12 octobre 2021

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a tiré mardi la sonnette d’alarme sur le traitement des migrants qui sont renvoyés de force dans des centres de détention en Libye où ils sont la cible de violences et de mauvais traitements. 

Selon l’ONU, au moins cinq migrants et demandeurs d’asile ont été tués la semaine dernière lors d’une série d’incidents majeurs dans différents centres de détention.

Les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet veulent l’ouverture rapide d’enquêtes approfondies, impartiales et indépendantes sur les allégations d’usage inutile et disproportionné de la force, y compris les allégations d’assassinats par les forces de sécurité et les groupes armés affiliés. 

Si le Haut-Commissariat a pris acte de la promesse du gouvernement libyen de libérer certains des migrants détenus dans le centre de détention d’Al-Mabani, il rappelle toutefois qu’ils n’auraient pas dû être détenus. 

Hausse sensible des raids musclés visant les migrants et les réfugiés

L’ONU demande également aux autorités libyennes de libérer tous les migrants et demandeurs d’asile détenus arbitrairement, de cesser les raids sur leurs campements, de cesser de les expulser et de cesser de les criminaliser. « Nous encourageons les autorités à réformer la législation afin de dépénaliser l’entrée, le séjour et la sortie irréguliers des personnes », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Les services de Mme Bachelet se sont dit vivement préoccupés par « la souffrance continue des migrants et des demandeurs d’asile en Libye, qui subissent quotidiennement une myriade de violations et d’abus de la part d’acteurs étatiques et non étatiques ». Ils indiquent avoir constaté récemment, une hausse sensible des opérations de sécurité musclées et des raids visant les migrants et les demandeurs d’asile. 

Ces opérations se sont traduites aussi par des expulsions de personnes vers des pays d’Afrique subsaharienne sans procédure régulière, en violation du principe de non-refoulement et de l’interdiction des expulsions collectives. Elles ont surtout entraîné « des meurtres et des blessures graves, une augmentation des détentions dans des conditions épouvantables ». 

Des morts et blessés lors des tentatives d’évasion des centres de détention 

A ce sujet, une série d’incidents majeurs s’est produite la semaine dernière. Ainsi, le 6 octobre dernier, 500 migrants ont réussi à s’échapper du centre de Gheriyan. Ils ont été poursuivis par des gardes qui ont ouvert le feu en tirant à balles réelles. Selon les informations préliminaires du Haut-Commissariat, au moins quatre personnes ont été tuées par balle, et de nombreuses autres blessées.

Deux jours plus tard, le 8 octobre, une autre évasion massive a eu lieu du centre d’Al-Mabani. Une fois encore, les migrants ont été poursuivis par des agents de sécurité qui leur ont tiré dessus, blessant et tuant un nombre indéterminé de personnes.

Ces incidents regrettables ont commencé dès le 1er octobre, lorsque le personnel du ministère de l’Intérieur a fait une descente dans un campement informel à Gergaresh. Dans ce site, situé à environ 12 kilomètres à l’ouest de la capitale, Tripoli, vivent des centaines de migrants et de demandeurs d’asile, y compris des personnes enregistrées auprès de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en attendant l’achèvement de leurs procédures de réinstallation. 

Des enfants migrants à l'extérieur d'un centre de détention à Tripoli, en Libye (archives).
UNICEF/Romenzi
Des enfants migrants à l'extérieur d'un centre de détention à Tripoli, en Libye (archives).

Des personnes criminalisées du seul fait de leur statut migratoire

Selon l’ONU, des femmes, des enfants et des hommes ont été arrêtés et menottés. Les forces de sécurité ont fait usage d’une force inutile et disproportionnée pour les détenir, notamment en tirant et en frappant ceux qui résistaient ou tentaient de s’enfuir. En conséquence, au moins une personne est morte, cinq ont été blessées et plus de 4.000 ont été arrêtées. 

« Cette série d’événements horribles survenus sur une période de huit jours n’est que le dernier exemple en date de la situation précaire, parfois mortelle, à laquelle sont confrontés les migrants et les demandeurs d’asile en Libye », a détaillé Mme Hurtado. Ils sont criminalisés du seul fait de leur statut migratoire, sont régulièrement détenus dans des conditions abominables, font fréquemment l’objet d’extorsions et d’abus et, dans certains cas, sont tués. 

Ces informations interviennent presque deux semaines après la publication d’un rapport de la Mission d’enquête indépendante sur la Libye, qui a conclu que les violations généralisées et systématiques subies par les migrants dans le pays pourraient constituer des crimes contre l’humanité. Dans ces conditions, l’ONU invite Tripoli à cesser les expulsions forcées et les reconduites à la frontière de migrants qui ne respectent pas leur droit à une procédure régulière, et qui sont en violation du principe de non-refoulement et de l’interdiction des expulsions collectives.

Réunion de la Commission militaire mixte libyenne à Genève (photo d'archives).
Photo ONU/Violaine Martiin
Réunion de la Commission militaire mixte libyenne à Genève (photo d'archives).

Plan d’action pour expulser les mercenaires du pays

De son coté le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est félicité de l'accord conclu à Genève, le 8 octobre, par la Commission militaire mixte libyenne (5+5) sur un plan d'action global pour le processus graduel, équilibré et séquencé de retrait des mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères du territoire libyen. 

Le plan d'action est une pierre angulaire de la mise en œuvre de l'accord de cessez-le-feu d'octobre 2020, a-t-il indiqué.

La Commission militaire mixte libyenne comprend 5 membres du gouvernement libyen légitime et 5 autres membres de la milice du général Khalifa Haftar et travaille à la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu signé le 23 octobre dernier.

Le Secrétaire général de l'ONU a salué l'unité de vues qui prévaut au sein de la CMM 5+5 et a appelé tous les acteurs libyens et internationaux à œuvrer à la mise en œuvre de ce plan d'action. Il est convaincu que le déploiement d'une première équipe d'observateurs du cessez-le-feu des Nations Unies contribuera à créer les conditions d'une mise en œuvre réussie du plan d'action.

 

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