Yémen : l'ONU alerte d'une situation épouvantable, de plus en plus désastreuse et désespérée

11 octobre 2021

Les Nations Unies ont averti lundi que la situation humanitaire au Yémen devient « de plus en plus désastreuse et désespérée ».

« La crise du Yémen n’est plus à la une de l’actualité mondiale. Mais après près de sept ans de conflit, la situation est épouvantable pour les Yéménites et pourrait encore empirer », a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève, le Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire des Nations Unies dans ce pays, David Gressly. 

L’escalade des combats, notamment dans le gouvernorat de Marib et ses environs, a ainsi entraîné de « nouveaux déplacements et des pertes de vies humaines ». Quatre millions de personnes ont été déplacées de chez elles vers d’autres régions du pays.

« Depuis mars, j’ai beaucoup voyagé par la route dans le nord et le sud du Yémen et j’ai pu constater les conséquences de la guerre », a-t-il ajouté.  

20 millions de personnes dans le besoin dont 5 millions proches de la famine

Les chiffres associés à cette crise sont stupéfiants. 

Seize millions de personnes au Yémen sont en situation d’insécurité alimentaire. Cinq millions de personnes sont à deux doigts de la famine. 

Selon l’ONU, plus de 20 millions de personnes ont besoin d’une assistance pour répondre aux besoins les plus élémentaires de la vie et d’une protection. 

Les Nations Unies alertent sur une « situation désespérée » avec « près de 400.000 enfants, qui courent un risque imminent de mourir de malnutrition ». 

Lors de ses visites sur le terrain, M. Gressly a été témoin de scènes avec des mères, avec des enfants apathiques souffrant de malnutrition aiguë sévère allongés à côté d’elles. 

« Lors de mes visites dans des endroits difficiles d’accès, les gens m’attrapent littéralement, le plus souvent des mères, pour me raconter des histoires déchirantes », a partagé le Coordonnateur humanitaire, ajoutant que « ces femmes ne peuvent pas nourrir leurs enfants ou obtenir les soins médicaux les plus élémentaires lorsqu’ils sont malades. Les femmes ne peuvent pas accéder à un établissement de santé pour mettre au monde un enfant ».

L’ONU fournit chaque mois une aide alimentaire à 13 millions de personnes 

Sur un autre plan, les conséquences de l’effondrement économique sont cruelles. 

« Sans emploi, les gens ne peuvent pas acheter de nourriture », a-t-il dit, relevant que les « familles ont faim ». « La dévastation et les preuves de l’effondrement économique sont partout », a insisté ce haut responsable onusien. 

Des écoles sont bombardées. Des usines et des systèmes électriques ne fonctionnent pas. Des systèmes d’approvisionnement en eau effondrés. 

Face à une telle situation « désastreuse », de nombreuses personnes au Yémen ne survivent que grâce à l’aide des organismes humanitaires. Ces derniers apportent leur aide dans les 333 districts du Yémen. L’ONU et ses partenaires apportent ainsi une aide alimentaire et nutritionnelle à 13 millions de personnes par mois. 

Lorsque des personnes désespérées à Marib risquaient d’être coupées de l’aide régulière, l’ONU a également pu établir un couloir aérien en mars dernier. 

« D’ici décembre, nous achèverons l’évaluation la plus complète des besoins jamais entreprise au Yémen afin d’orienter notre programmation dans le nord et le sud », a dit M. Gressly.

L’appels de fonds humanitaire financé à moitié

Cette réponse humanitaire pourrait être menacée par le manque de fonds. 

« Notre défi est que nous sommes toujours sur le point de basculer dans le rouge sur les comptes, et que nous ne sommes jamais certains que les fonds seront suffisants pour poursuivre le travail », a alerté le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies.  

Cela signifie que les rations alimentaires et autres aides vitales sont souvent réduites ou supprimées au cours de l’année, avec des conséquences très réelles pour les familles qui luttent pour leur survie.

M. Gressly, qui est cette semaine à Genève pour plaider en faveur d’une attention particulière à ce conflit qui dure depuis sept ans, a déclaré que la collecte de fonds de 2021 a dépassé celle de l’année dernière. L’appel de fonds de près de 4 milliards de dollars a été pratiquement financé de moitié, avec toutefois un déficit de 1,7 milliard de dollars. 

Le combat des humanitaires pour éviter le scénario de la famine

A noter que l’appel de l’année dernière a été financé à hauteur de 60 %. 

« Si les donateurs respectent leurs engagements, nous devrions être en mesure de maintenir l’aide alimentaire et nutritionnelle jusqu’à la fin de l’année et d’éviter d’horribles scénarios de famine, du moins temporairement », a plaidé M. Gressly, relevant que « sans l’aide humanitaire, la marche vers la famine reprendra rapidement au Yémen ». 

Deuxièmement, l’ONU veut de toute urgence débloquer l’économie, en aidant à rétablir certaines entreprises et certains moyens de subsistance. 

« Nous devons trouver des moyens de faire parvenir les salaires aux fonctionnaires, tant au nord qu’au sud », a dit M. Gressly.

Troisièmement, l’ONU entend soutenir fermement un processus politique inclusif qui conduise à une résolution pacifique de la crise. D’autant que la plus grande crainte de la communauté humanitaire est que ce conflit perdure pendant des années. 

Selon l’ONU, il en résulterait « une génération de jeunes gens qui grandiraient en ne connaissant que la guerre et une perte critique de capital humain, qui est bien plus difficile à reconstruire que des infrastructures détruites ».

 

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