Haïti fait face à des élections bloquées, une recrudescence des enlèvements et une insécurité galopante

4 octobre 2021

Haïti traverse actuellement « l'une des périodes les plus difficiles de son histoire récente », a déclaré lundi la cheffe du bureau des Nations Unies dans le pays devant le Conseil de sécurité.

Encore sous le choc de l'assassinat du Président Jovenel Moïse, le 7 juillet, le pays a été paralysé le 14 août par un séisme meurtrier de magnitude 7,2 qui a touché plus de 800 000 personnes dans sa péninsule du sud-ouest.

Helen La Lime, Représentante spéciale et cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), a déclaré que les élections nationales et locales « tant attendues » ont été à nouveau reportées, tandis que « l'insécurité est devenue endémique à Port-au-Prince, où les enlèvements sont à nouveau en hausse et où les gangs ont étendu leur contrôle sur de larges pans de la ville ».

Elle a également noté le récent retour forcé de milliers de migrants haïtiens depuis la frontière américano-mexicaine, dont beaucoup avaient simplement « cherché de meilleures conditions de vie dans les pays voisins ».

Trouver un terrain d'entente

Alors que les crises apparemment sans fin du pays ont poussé la résilience du peuple haïtien au bord du gouffre, il y a quelques bonnes nouvelles, a déclaré Mme La Lime.

Dans un pas positif vers la relance des institutions démocratiques, des politiciens de tous bords, y compris d'anciens groupes de l'opposition et de la coalition au pouvoir, ont conclu un accord le 11 septembre pour former un nouveau Conseil électoral provisoire, en vue d'organiser des élections au plus tard au second semestre 2022.

Les Haïtiens touchés par le récent tremblement de terre aux Cayes reçoivent une assistance humanitaire.
© PAM/Alexis Masciarelli
Les Haïtiens touchés par le récent tremblement de terre aux Cayes reçoivent une assistance humanitaire.

Et un large consensus national souhaite réformer la constitution haïtienne de 1987, une charte largement considérée comme contribuant à l'instabilité politique et institutionnelle récurrente.

« On ne peut qu'espérer que les leaders politiques et de la société civile haïtienne continueront à travailler ensemble pour trouver un terrain d'entente autour d'un projet commun qui contribuera à favoriser un climat plus apaisé dans lequel des actions décisives pourront être prises et des réformes essentielles promulguées », a déclaré la cheffe du BINUH.

Le voile de l'impunité

Entre-temps, la sécurité doit être rétablie, en particulier dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, car une augmentation significative et soudaine de la violence des gangs a provoqué le déplacement de quelque 19 000 personnes des communes de Cité-Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas et du quartier de Martissant à Port-au-Prince.

« Le contrôle que les gangs exercent autour des points d'entrée et de sortie stratégiques de la capitale a eu un impact négatif sur l'économie haïtienne et sur la circulation des personnes et des biens », a déclaré la fonctionnaire des Nations Unies.

Nous devons veiller à ce qu'Haïti ne devienne pas une crise oubliée - Helen La Lime, Représentante spéciale des Nations Unies

Cependant, une force de police surchargée et manquant de ressources ne peut pas endiguer la hausse de la criminalité sans être renforcée et accompagnée par des services gouvernementaux dans les quartiers appauvris.

« Le gouvernement doit mettre en œuvre une approche plus globale pour lutter contre la violence des gangs, dans le cadre de la stratégie nationale de réduction de la violence communautaire », a-t-elle déclaré.

Bien que les citoyens haïtiens aient unanimement condamné l'assassinat du Président Moïse et demandé une enquête approfondie, Mme La Lime a souligné que « les acteurs judiciaires doivent être autorisés à travailler de manière indépendante [...] avec l'assurance qu'ils seront protégés pendant qu'ils entreprennent la tâche délicate d'identifier et de poursuivre les auteurs de l'assassinat ».

Complexités humanitaires

Le tremblement de terre d'août a ajouté une nouvelle couche de complexité à une situation humanitaire déjà catastrophique. Au milieu des opérations de secours en cours, la Représentante spéciale a déclaré que le redressement rapide et la restauration des emplois doivent être soutenus dans les zones touchées.

« Nous devons veiller à ce qu'Haïti ne devienne pas une crise oubliée », a poursuivi la fonctionnaire des Nations Unies, en exhortant les États membres à contribuer à l'appel éclair de 187,3 millions de dollars lancé pour aider les personnes touchées par le tremblement de terre et au plan de réponse humanitaire de 235,6 millions de dollars pour la période 2021-2022.

Mme La Lime a souligné que, « grâce à une action urgente, déterminée et concertée », Haïti peut relever ses profonds défis structurels et ses déficits de gouvernance et de développement qui alimentent « l'instabilité, l'insécurité et les besoins humanitaires sans cesse croissants » du pays.

« Aux côtés des Nations Unies, l'ensemble de la communauté internationale doit continuer à se tenir résolument aux côtés du peuple haïtien et de son gouvernement alors qu'ils s'efforcent de forger une voie vers la stabilité, la sécurité et le développement durable », a-t-elle conclu.

Des enfants sont assis devant leur école, Notre Dame du Perpétuel Secours de Latibolière, détruite lors du tremblement de terre du 14 août en Haïti.
UNICEF/Jonathan Crickx
Des enfants sont assis devant leur école, Notre Dame du Perpétuel Secours de Latibolière, détruite lors du tremblement de terre du 14 août en Haïti.

Ouverture d'écoles

Actuellement, environ 70% des écoles du sud-ouest du pays sont encore endommagées ou détruites, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

« Je suis choqué de voir combien d'écoles sont rasées ou endommagées à cause du tremblement de terre », a déclaré Bruno Maes, Représentant de l'UNICEF en Haïti.

Dans le cadre d'une campagne de retour à l'école, environ 300.000 élèves reprennent progressivement les cours dans les trois départements touchés par le séisme, car « avec ou sans école, l'apprentissage et l'enseignement doivent continuer maintenant », a-t-il ajouté.

Si les classes restent fermées, l'UNICEF estime que plus de 230.000 enfants risquent d'être déscolarisés dans les départements du Grand Sud d'Haïti.

« Plus les enfants attendent, plus il sera difficile de les faire retourner à l'école », a prévenu M. Maes.

 

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