Le HCR dénonce le refoulement de réfugiés et l’externalisation des procédures d’asile

4 octobre 2021

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a dénoncé, lundi, le refoulement de réfugiés haïtiens dans les Amériques et l’externalisation des procédures d’asile dans certains pays européens.

« Le rejet sans discernement des personnes qui franchissent les frontières, y compris pour des raisons de santé publique ou de sécurité, est incompatible avec la Convention de 1951 sur les réfugiés et les normes internationales », a fustigé Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à l’ouverture à Genève de la 72ème session du Comité exécutif du HCR (Excom).

« Ne vous méprenez pas. Je suis conscient que les [mouvements mixtes] sont des phénomènes très complexes (nous le voyons directement dans des endroits comme la Libye ou l’Amérique centrale) et que les États peuvent - et doivent - gérer leurs frontières », a-t-il ajouté.

Le chef de l’agence onusienne fait ainsi référence au sort des migrants et réfugiés dans les côtes libyennes ou à ces images montrant en septembre dernier, des milliers d’Haïtiens en quête d’un abri précaire sous les ponts autoroutiers de Del Rio au Texas. Pour le HCR, au lieu de donner refuge à ceux qui fuient des guerres dont ils ne sont pas responsables, on a assisté - dans certaines parties du monde – « à un rejet ».

Le HCR prévient de graves conséquences pour les réfugiés, y compris ceux sur cette photo au Liban, en raison du manque de financement pour les vaccinations contre la Covid-19.
© UNHCR/Diego Ibarra Sánchez
Le HCR prévient de graves conséquences pour les réfugiés, y compris ceux sur cette photo au Liban, en raison du manque de financement pour les vaccinations contre la Covid-19.

Des tendances inquiétantes mettant en danger des vies innocentes

Celui-ci se matérialise « sous la forme de murs et de refoulements violents, le refus de pays puissants de secourir des personnes en mer ». Ce rejet se manifeste également « dans des lois de plus en plus restrictives ; dans davantage de détention, y compris d’enfants ; et surtout dans une rhétorique xénophobe dangereuse ».

M. Grandi s’est d’ailleurs inquiété de ces propositions visant à « externaliser ou à sous-traiter les obligations en matière d’asile à d’autres pays ». Ce qui constitue une violation fondamentale des engagements de base en matière de partage des responsabilités.

Dans le même temps, les organismes humanitaires observent « d’autres tendances inquiétantes qui mettent en danger des vies innocentes, notamment des cas où les États encouragent les réfugiés et les migrants à se déplacer vers d’autres pays par des moyens dangereux à des fins purement politiques, sans rapport avec leur besoin de protection ».

Des Ivoiriens vivant dans des camps de réfugiés au Libéria depuis plusieurs années. (archive)
© HCR/David Azia
Des Ivoiriens vivant dans des camps de réfugiés au Libéria depuis plusieurs années. (archive)

Des frontières bien gérées et l’accès à l’asile ne sont pas incompatibles

Plus largement, le HCR estime que des frontières bien gérées et l’accès à l’asile ne sont pas incompatibles, bien au contraire. « Une bonne gestion n’empêche pas les demandes d’asile d’être entendues dans le cadre d’un système équitable et rapide, ni les personnes ayant besoin d’une protection internationale d’être admises et aidées », a fait valoir M. Grandi.

Cette 72ème session du Comité exécutif du HCR intervient dans « une période difficile » au cours de laquelle « de multiples crises éclatent ou s’aggravent chaque jour ». Et pour le Chef du HCR, les conflits restent toujours le plus grand problème. D’autant que « l’incapacité à faire la paix et à trouver des solutions aggrave le sort des personnes déplacées ».

A ce sujet, M. Grandi s’est penché sur « les récents développements en Afghanistan, qui ont créé de nouveaux défis ». A ce sujet, il a insisté sur le fait que « l’aide humanitaire inconditionnelle et à grande échelle doit être mobilisée maintenant, immédiatement ».

Une fillette de sept ans avec sa petite soeur dans un camp de déplacés à Kandahar, en Afghanistan.
© UNICEF Afghanistan
Une fillette de sept ans avec sa petite soeur dans un camp de déplacés à Kandahar, en Afghanistan.

Éviter une autre crise massive de réfugiés afghans

Mais dans l’intervalle, des solutions doivent être trouvées rapidement pour éviter une implosion des services publics et de l’économie, tout en s’engageant de manière constructive avec les talibans sur les questions clés des droits, y compris les droits des femmes et des minorités.

Car « si ces solutions ne sont pas mises en œuvre de toute urgence - et nous parlons de quelques semaines, pas beaucoup plus - la crise s’aggravera », a-t-il averti.

« Bien que je sois toujours très prudent lorsque je fais des prédictions concernant les mouvements de population, je pense qu’une telle détérioration provoquera presque inévitablement d’importants déplacements internes et éventuellement externes », s’est-il empressé de préciser.

En attendant, il a partagé « la profonde inquiétude des pays voisins de Kaboul, notamment l’Iran et le Pakistan, dont l’hospitalité envers des générations d’Afghans a atteint ses limites après plus de quatre décennies, et de pays plus éloignés, notamment la Turquie, qui accueille déjà plus de 300.000 réfugiés afghans en plus de plus de 3,5 millions de réfugiés syriens ».

Pour l’agence onusienne, tout doit être fait pour éviter « qu’une autre crise massive de réfugiés afghans ne se produise ». Il s’agit aussi de veiller à ce que les pays voisins de l’Afghanistan reçoivent davantage d’aide internationale afin de renforcer leurs réponses et leur préparation.

Sahel : des femmes déplacées préparent de la nourriture dans un camp informel à Bagoundié, au Mali.
© OCHA/Michele Cattani
Sahel : des femmes déplacées préparent de la nourriture dans un camp informel à Bagoundié, au Mali.

Les défis des conflits au Sahel et au Tigré

Sur le continent africain, deux autres exemples montrent comment les conflits non résolus amplifient les situations de déplacement forcé et mettent au défi la capacité des organisations humanitaires. « Si les liens complexes entre le développement, la bonne gouvernance, l’action climatique et la sécurité ne sont pas abordés simultanément, parallèlement à une augmentation de l’aide humanitaire, les populations du Sahel central continueront à subir les dures conséquences d’une crise croissante, notamment les déplacements forcés », a-t-il dit.

S’agissant de la Corne de l’Afrique, le HCR note que si les parties au conflit en Éthiopie n’abandonnent pas « une confrontation militaire inutile et dévastatrice au profit de négociations politiques, la crise humanitaire au Tigré et dans d’autres régions deviendra incontrôlable ». Cela aura pour conséquences, davantage de déplacements forcés à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dans un contexte où le personnel humanitaire est confronté à « des obstacles croissants et à des difficultés inacceptables, comme le prouvent les récentes expulsions » de membres du personnel de l’ONU.

« Ailleurs, l’absence de solutions piège les civils dans le conflit, dans des situations désespérées que l’aide humanitaire peut soulager mais pas résoudre, comme au Yémen ou dans les provinces orientales de la République démocratique du Congo », a conclu le chef de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés.

 

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