Myanmar : l’ONU appelle à une action urgente face au risque d’un véritable conflit civil

23 septembre 2021

« La situation des droits humains au Myanmar s’est détériorée de manière significative » ces derniers mois, a dénoncé jeudi Michelle Bachelet, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU, relevant l’urgence « d’agir pour éviter que la situation ne dégénère en un véritable conflit ».

Devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme a décrit en détail les abus généralisés commis par l’armée - la Tatmadaw - contre la population, dont certains pourraient constituer des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre. Or cette main de fer avec laquelle les militaires dirigent le Myanmar se heurte de plus en plus à « une résistance de larges segments de la société ».

Des armes de guerre continuent d’être déployées dans les villes pour réprimer l’opposition. Et récemment, Duwa Lashi, Président par intérim du Gouvernement d’unité nationale formé par des ex-députés en fuite opposés au coup d’État militaire, « a lancé de son côté un appel à un soulèvement armé contre les militaires dans tout le pays ».

1.100 personnes tuées par les forces de sécurité depuis le coup d’Etat

« Il n’y a aucun signe d’efforts de la part des autorités militaires pour mettre fin à ces violations ni pour mettre en œuvre les recommandations précédentes visant à lutter contre l’impunité et à réformer le secteur de la sécurité », a affirmé la Haut-Commissaire Michelle Bachelet.

Lorsque des manifestations pacifiques ont commencé dans tout le pays en février, les autorités militaires ont d’abord utilisé des armes moins meurtrières de façon inutile et disproportionnée et effectué des descentes dans les quartiers, créant ainsi une atmosphère de terreur. Mais la tactique a rapidement évolué vers des assassinats systématiques et ciblés et le recours à la force meurtrière, notamment à des fusils semi-automatiques et à des tireurs d’élite contre les manifestants.

Selon Mme Bachelet, « 1.100 personnes ont été tuées par les forces de sécurité depuis le coup d’Etat ». Plus de 8.000 personnes, y compris des enfants, ont été arrêtées depuis le 1er février dont 4.700 restent en détention.

Des informations crédibles font également état de mauvais traitements et des cas de torture subis lors d’interrogatoires. Plus de 120 détenus sont décédés en prison ces derniers mois, dont certains moins de 24 heures après leur arrestation.

L'instabiité politique continue au Myanmar.
Unsplash/Saw Wunna
L'instabiité politique continue au Myanmar.

Un mouvement de résistance armée de l’opposition face à la répression

Plus largement, l’armée a également utilisé, contre les manifestants, des armes conçues pour être employées dans des affrontements militaires. Le 9 avril dernier, les forces de sécurité de la ville de Bago, dans le centre du pays, ont tiré des lance-grenades et des obus d’artillerie sur des zones résidentielles où des manifestants avaient érigé des barrages routiers. Le bilan est d’au moins 82 morts.

De graves violations ont été commises - des droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne, de l’interdiction de la torture, du droit à un procès équitable, ainsi que des droits à la liberté d’expression et à la liberté de réunion pacifique.

Ces dernières semaines, les services de Mme Bachelet ont constaté une nouvelle intensification de l’activité militaire, ainsi qu’une résistance des groupes armés. En recourant largement à la force meurtrière et aux arrestations massives, les autorités militaires ont perpétré la grande majorité des violations des droits humains recensées depuis le coup d’État du 1er février.

Or le recours par l’armée à la force meurtrière contre les manifestants a incité certains opposants au coup d’État à prendre les armes, ce qui a entraîné des affrontements dans tout le pays.

Hausse des combats entre l’armée et les groupes armés ethniques

Énumérant la multiplication des affrontements armés entre opposants et militaires, qui ont pris le pouvoir en février, Mme Bachelet estime que « ces tendances inquiétantes suggèrent qu’une guerre civile plus étendue est possible ».

« J’en appelle une nouvelle fois à tous les acteurs armés de respectés les droits humains et de s’assurer que les civils et les infrastructures civiles soient protégées», a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, les combats entre l’armée et les groupes armés ethniques ont également augmenté de façon exponentielle depuis le coup d’État, entraînant le déplacement de milliers de personnes, notamment dans les États de Kayin, Shan et Kachin, où l’armée a mené des frappes aériennes et des barrages d’artillerie aveugles, tuant des civils.

« Les conséquences nationales sont terribles et tragiques - les conséquences régionales pourraient également être profondes », a mis en garde Mme Bachelet, invitant la communauté internationale à « redoubler d’efforts pour prévenir un conflit plus large avant qu’il ne soit trop tard ».

Un expert de l’ONU dénonce des « crimes de masse »

Comme Mme Bachelet, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar s’est inquiété mercredi de l’aggravation de la crise dans ce pays, avec notamment « la poursuite de la commission d’atroces crimes de masse et une escalade meurtrière du conflit armé ».  Les résultats sont catastrophiques, a affirmé au Conseil des droits de l’homme, Thomas H.  Andrews. 

Des villages entiers ont été attaqués par des frappes aériennes. Les enfants n’ont pas été épargnés. Au mois de juillet, [le bilan pour cette année était que] la junte avait tué au moins 75 enfants âgés de 14 mois à 17 ans. Ces enfants ont été heurtés par des véhicules conduits par la junte, abattus par les forces de la junte ou tués par des obus d’artillerie. D’autres enfants auraient été torturés, selon des informations crédibles parvenues au Rapporteur spécial.

Sur un autre plan, l’expert indépendant onusien note que la junte continue de nier l’existence de la minorité ethnique des Rohingyas en les privant de la citoyenneté, de la liberté de mouvement et d’autres droits fondamentaux. 

Les mêmes commandants qui ont commis d’atroces crimes de masse contre les Rohingyas en 2017 supervisent aujourd’hui la junte militaire, mettant en grave danger plus de 600.000 Rohingyas vivant au Myanmar, a souligné le Rapporteur spécial. 

 

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