Une vie consacrée aux droits des autochtones au Brésil 

20 septembre 2021

Depuis près de 30 ans, la militante brésilienne Joenia Wapixana se bat pour les droits fonciers des autochtones et contre la "discrimination institutionnalisée" au Brésil.  

Dans un entretien accordé à ONU Info, à l'occasion du 20e anniversaire de la Déclaration et du Programme d'action de Durban, elle affirme qu'il est temps de consacrer davantage de ressources à ce combat.   

« Je m'appelle Joenia, je suis membre de la tribu autochtone Wapixana.  

Ma deuxième éducation, comme je le dis toujours, a été le mouvement autochtone, le travail avec les organisations autochtones. Et, surtout, la lutte pour les droits collectifs des communautés.  

La société doit comprendre que la discrimination à l'égard des autochtones a toujours existé au Brésil. Il y a une discrimination à l'encontre des autochtones qui ne sont pas reconnus ou même respectés.  

Vous pouvez consulter les données disponibles sur la discrimination. La plupart d'entre elles ne concernent que la population d'origine africaine, mais pas les autochtones. Il n'existe pas de données à ce sujet. La plupart des études n'abordent pas la question de la discrimination [à l'égard des peuples autochtones]. 

 

Ainsi, lorsque vous voyez quelqu'un, comme un ministre, dire que les autochtones ne peuvent pas porter de Nike (tennis) parce que cela entrerait en conflit avec les coutumes autochtones ; ou critiquer une femme autochtone qui utilise un iPhone, comme si cela lui enlevait son identité autochtone ; ou ne pas reconnaître les droits des peuples autochtones en tant que citoyens brésiliens, il s'agit d'une sorte de discrimination institutionnalisée.  

Je pense que lorsqu'une personne a été victime de discrimination raciale, ou souffre de racisme, il est nécessaire de la protéger avec toute la mesure de la loi. Il faut signaler l'incident, même si rien n'en ressort. Il est important pour nous de créer une trace de cette phase que nous traversons.  

La Conférence devrait également tenir des discussions sur l'inclusion des peuples autochtones dans le débat sur les politiques publiques, car il est essentiel d'inclure dans la lutte les besoins spécifiques des différents groupes.  

Joenia Wapixana  

Diplômée en droit de l'Université fédérale de Roraima, Mme Wapixana défend les intérêts des communautés autochtones de l'Amazonie brésilienne depuis les années 1990.   

En 2018, au terme d'une longue campagne, financée à la base par un financement participatif (crowdfunding), elle est devenue la première femme autochtone élue au parlement fédéral brésilien. La même année, elle reçoit un prix des Nations Unies pour les droits de l'homme, une récompense très médiatisée dont les précédents lauréats sont Eleanor Roosevelt, Martin Luther King et Nelson Mandela.  

Après avoir porté le litige foncier "Raposa Serra do Sol" devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme, Wapixana est devenue la première avocate autochtone à plaider et à gagner un procès devant la Cour suprême du Brésil.  

Des ressources, et pas seulement des lois, doivent être mises à disposition. Parce qu'à partir du moment où vous reconnaissez le problème, mais que vous n'avez pas la structure en place pour le résoudre avec les ressources financières pour mettre en œuvre [la politique], vous finirez par souffrir de la même discrimination, et être dans la même situation que lors de la première conférence.  

Cet article fait partie d'une série de reportages multimédias publiés dans le cadre des commémorations entourant le vingtième anniversaire de la déclaration de Durban des Nations Unies, considérée comme une étape importante dans la lutte mondiale contre le racisme.  

 

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