Syrie : l’aggravation de la violence rend tout retour des réfugiés dangereux - Commission d’enquête de l’ONU

14 septembre 2021

La Syrie n’est toujours pas sûre pour un retour des réfugiés, une décennie après le début du conflit, ont déclaré mardi des enquêteurs de l’ONU.

Dans un nouveau rapport documentant une aggravation de la violence et des violations des droits humains, la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie s’est alarmée de la recrudescence des combats. Pour les enquêteurs onusiens, le pays n’est pas encore adapté pour un retour des réfugiés dans la sécurité et la dignité.

Après dix ans de violences, « les parties au conflit continuent de perpétrer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », estime le Président de la Commission d’enquête, Paulo Sergio Pinheiro. « La guerre se poursuit, et il est difficile pour les civils syriens de trouver la sécurité ou un refuge dans ce pays déchiré par la guerre », a-t-il mis en garde, lors d’une conférence de presse à Genève.

Dans ce nouveau rapport qui porte de juillet 2020 à juin dernier, la Commission a déploré l’extension d’affrontements dans trois régions. Même si « le niveau de raids aériens et de bombardements » a diminué plus largement dans le pays.

Des combats jamais vus dans le sud-ouest de la Syrie depuis la signature d’accord en 2018

En effet, les combats et les violences se sont intensifiés ces derniers mois, tant dans le nord-ouest que dans le nord-est et le sud du pays. L’accalmie des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie, provoquée par l’accord de cessez-le-feu conclu en mars 2020 entre la Russie et la Turquie, a commencé à « s’effilocher avec les bombardements aériens et les tirs d’obus ».

Des installations médicales, comme l’hôpital d’Atarib, des marchés et des zones résidentielles ont été frappés par des attaques aériennes et terrestres, souvent de manière indiscriminée, faisant de nombreuses victimes civiles. Les indications recoupées tendent à mettre en cause les forces progouvernementales, responsables d’un possible crime de guerre pour avoir ciblé cette infrastructure médicale.

Pendant ce temps, le sud-ouest de la Syrie a connu des combats jamais vus depuis avant l’accord de 2018 négocié par la Russie entre le gouvernement syrien et les groupes d’opposition armés. Trois ans après les mois de violences dans la Ghouta orientale, les parties recourent à nouveau à des sièges de plusieurs villes, déplore aussi un membre de la commission.

Une autre tragédie se déroule sous nos yeux à Deraa Al-Balad

Par exemple dans la ville de Deraa Al-Balad, berceau du soulèvement en 2011, les forces progouvernementales ont imposé un siège caractérisé par des tirs d’artillerie lourde. Ce qui a laissé des dizaines de milliers de civils piégés à l’intérieur sans accès suffisant à la nourriture ni aux soins de santé, obligeant des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à fuir.

« De manière choquante, les derniers mois ont vu le retour des sièges et des tactiques de type siège, dans les gouvernorats de Deraa, Quineitra et Rif Damas. Trois ans après les souffrances que la Commission a documentées dans la Ghouta orientale, une autre tragédie se déroule sous nos yeux à Deraa Al-Balad », a affirmé l’autre membre de la Commission, Hanny Megally.

Plus largement, les enquêteurs indépendants onusiens continuent de constater des cas de torture et de violences sexuelles dans les prisons progouvernementales, des détentions arbitraires ou encore des disparitions forcées.

Mais les groupes non étatiques sont aussi épinglés pour de possibles crimes de guerre. Des engins improvisés dans des véhicules ont fait de nombreuses victimes dans plusieurs villes. Près de 250 civils ont été tués dans quelques-unes de ces attaques.

Aucune volonté d’unir le pays ou de rechercher la réconciliation

De plus, la situation sécuritaire s’est également détériorée dans certaines zones sous le contrôle des combattants kurdes, les Forces démocratique syriennes (FDS). Les attaques des vestiges de Daech se multiplient, mais aussi les conflits avec les forces turques et la montée du mécontentement, en particulier dans les zones à population arabe.

Les FDS ont continué à détenir plus de 10.000 anciens combattants présumés de Daech dans des établissements pénitentiaires à travers l’est de la Syrie depuis au moins 2019. Parmi eux se trouvent environ 750 garçons, détenus dans au moins dix établissements pénitentiaires.

Plus globalement, alors que le Président Assad entame son quatrième mandat - contrôlant environ 70% du territoire - il ne semble pas y avoir de volonté d’unir le pays ou de rechercher la réconciliation. Au contraire, les incidents de détention arbitraire et au secret par les forces gouvernementales se poursuivent sans relâche.

 

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