Yémen : le conflit s'éternise et il n'y a pas de solution miracle, estime l'envoyé de l'ONU

10 septembre 2021

Les complexités de la guerre qui dure depuis des années au Yémen « se multiplient à mesure que le conflit s'éternise », a déclaré vendredi au Conseil de sécurité le nouvel émissaire de l'ONU pour ce pays, ajoutant qu'il ne se faisait « aucune illusion sur la difficulté de la tâche » à accomplir.

« Permettre la reprise d'un processus de transition politique pacifique, inclusif, ordonné et dirigé par le Yémen, qui réponde aux demandes et aspirations légitimes du peuple yéménite, tel que mandaté par ce Conseil, ne sera pas facile. Il n'y a pas de victoire rapide », a déclaré l'Envoyé spécial Hans Grundberg lors de son briefing inaugural.

Une situation « vertigineuse »

Il a dressé un sombre tableau de six années de conflit armé ininterrompu au cours desquelles des milliers de civils ont été tués, déplacés et appauvris, tandis que la violence sexiste a connu une forte augmentation.

« De la violence incessante aux pénuries de carburant et d'électricité en passant par la flambée des prix des denrées alimentaires, chaque détail de la vie quotidienne au Yémen est lié d'une manière ou d'une autre à des questions politiques difficiles qui exigent une résolution globale », a-t-il déclaré.

Les institutions de l'État se sont disloquées, a-t-il poursuivi, entravant l'économie et laissant les citoyens et les entreprises « naviguer dans des exigences administratives vertigineuses et souvent contradictoires » et « la guerre économique [...] a des conséquences dévastatrices à long terme ».

« Les Yéménites de tout le pays vivent avec de sévères limitations de leur liberté de mouvement et de la circulation des biens essentiels en raison des combats en cours, des postes de contrôle, des restrictions routières, portuaires et aéroportuaires ».

Des enfants devant une maison endommagée par une frappe aérienne dans la vieille ville de Sana'a, au Yémen (photo d'archives).
© UNICEF/Alessio Romenzi
Des enfants devant une maison endommagée par une frappe aérienne dans la vieille ville de Sana'a, au Yémen (photo d'archives).

Voix du sud

L'épicentre de la confrontation militaire s'est déplacé, avec des embrasements violents réguliers dans les gouvernorats du sud, accompagnés d'une détérioration de l'économie et des services locaux, a déclaré le haut fonctionnaire.

« L'impact du conflit sur la diversité des griefs et des demandes dans les gouvernorats du sud ne peut être ignoré », a-t-il ajouté. « La paix au Yémen ne sera pas maintenue à long terme si les voix du sud ne jouent pas un rôle dans son élaboration de manière responsable ».

En outre, le conflit s'étend au-delà des frontières, menaçant la sécurité régionale et les voies navigables internationales, et vise notamment les civils et les infrastructures à l'intérieur de l'Arabie saoudite.

« Les combats doivent cesser, la violence doit prendre fin », a-t-il souligné, avant de souligner qu’ « un Yémen pacifique et stable est essentiel pour la stabilité de l'ensemble de la région ».

Un enfant déplacé lave des ustensiles de cuisine dans un camp au Yémen.
© UNICEF/Gabreez
Un enfant déplacé lave des ustensiles de cuisine dans un camp au Yémen.

Perspectives d'avenir

L'ONU encourageant une approche inclusive, M. Grundberg a fait part aux ambassadeurs de son intention d'identifier ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné dans les efforts diplomatiques précédents, et d'écouter autant de Yéménites que possible.

« La voie à suivre doit être guidée par les aspirations du peuple yéménite », a-t-il souligné.

Tout en reconnaissant que « nous sommes clairement loin » d'une paix durable qui protège les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, l'Envoyé spécial a promis de « ne ménager aucun effort » pour tenter de réunir les acteurs au-delà des lignes de conflit, de toutes les perspectives politiques et de toutes les régions du pays, afin de trouver un terrain d'entente et de résoudre les différends de manière pacifique.

« Nous avons tous une responsabilité partagée, à nos différents titres, pour mettre fin au conflit au Yémen », a-t-il attesté.

M. Grundberg a informé le Conseil de ses prochains déplacements à Riyad pour rencontrer le Président Hadi et les membres du gouvernement reconnu par la communauté internationale, ainsi que les dirigeants d'Ansar Allah (Houthis), les acteurs politiques de tout le Yémen et les dirigeants régionaux à Riyad, à Mascate, à Abu Dhabi, au Koweït, à Téhéran et au Caire.

« Mon bureau et moi-même sommes prêts à passer autant de temps que possible au Yémen et avec les Yéménites », a-t-il déclaré, ajoutant que, chaque mois, il « réfléchirait franchement et ouvertement à ces discussions » tout en informant les ambassadeurs et solliciterait leur « soutien tangible et coordonné » pour faire avancer son mandat.

Cibler les femmes

De son côté, la cheffe adjointe des affaires humanitaires de l'ONU, Ghada Eltahir Mudawi, a souligné les droits négligés - pour ne pas dire complètement ignorés - des femmes et des filles yéménites.

« Dans tout le pays, la violence sexiste est endémique. Les mariages et les grossesses précoces, y compris celles des enfants, sont monnaie courante. Les femmes et les filles sont souvent les dernières à manger, à consulter un médecin ou à aller à l'école », a-t-elle déclaré.

Et malgré leur « extraordinaire résilience », des millions de personnes sont forcées de sombrer encore plus dans le désespoir.

Dans le même temps, la représentante de la société civile Entesar Al-Qadhi, Directrice exécutive de la Fondation des filles de Marib pour le développement, a appelé le nouvel envoyé spécial à veiller à ce que le processus de paix inclue la « participation pleine et égale » de diverses femmes dans tout le pays.

 

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