Afghanistan : les journalistes menacés de persécution ont besoin d'une protection urgente (experts)

3 septembre 2021

Un groupe de huit experts des droits de l'homme des Nations Unies* a appelé vendredi tous les États à fournir une protection urgente aux journalistes et travailleurs des médias afghans qui craignent pour leur vie et cherchent la sécurité à l'étranger.

« Les journalistes et les travailleurs des médias, en particulier les femmes, sont confrontés à des risques accrus depuis la prise de pouvoir politique par les Talibans en Afghanistan », ont déclaré les experts.

« Tous les gouvernements doivent prendre des mesures fortes et rapides pour protéger les journalistes afghans qui risquent d'être persécutés, notamment en accélérant la délivrance des visas, en aidant à l'évacuation et en maintenant leurs frontières ouvertes pour ceux qui souhaitent quitter l'Afghanistan », ont-ils souligné.

Rappelant les différentes résolutions sur la sécurité des journalistes adoptées par le Conseil des droits de l'homme ces dernières années, les experts de l'ONU ont appelé le Conseil à respecter son propre engagement et à faire davantage pour répondre à la menace croissante qui pèse sur la sécurité des journalistes dans le pays.

« Les rapports faisant état d'assassinats ciblés de journalistes et de membres de leur famille, de raids à domicile, de menaces et d'intimidations dans les zones contrôlées par les Talibans ont fortement augmenté ces derniers mois. Cela se produit dans un contexte où l'Afghanistan est déjà considéré comme l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes », ont indiqué les experts.

« Le Conseil devrait envisager la mise en place d'un mécanisme d'enquête et de suivi afin de rendre compte de toutes les violations des droits de l'homme qui ont eu lieu, y compris les attaques, les représailles et les violences contre les journalistes et les travailleurs des médias. L'obligation de rendre compte des violations des droits de l'homme est essentielle non seulement pour la justice individuelle mais aussi pour la prévention de futures violations », ont fait valoir les huit experts.

Une peinture murale sur un mur anti-explosion dans le centre-ville de Kaboul commémore les journalistes tués en Afghanistan en 2016.
UNAMA/Fardin Waezi
Une peinture murale sur un mur anti-explosion dans le centre-ville de Kaboul commémore les journalistes tués en Afghanistan en 2016.

Préserver les gains acquis pour la liberté des médias

Soulignant le rôle crucial de prévention du Conseil des droits de l'homme, ils ont appelé le Conseil et tous les États à faire tout leur possible pour préserver les gains durement acquis pour la liberté des médias, y compris pour les femmes journalistes et les travailleurs des médias.

« La résolution du Conseil de la semaine dernière sur les droits de l'homme en Afghanistan ne tient pas compte des risques spécifiques auxquels sont confrontés les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme dans le pays », ont-ils déclaré.

Les experts se disent profondément préoccupés par les menaces et les violations systématiques des droits humains auxquelles sont confrontées les femmes journalistes, car elles peuvent être prises pour cible parce qu'elles travaillent dans les médias ou simplement parce qu'elles sont des femmes dans la vie publique.

« La sécurité des journalistes, femmes et hommes confondus, des défenseurs des droits de l'homme et des militants de l'égalité des sexes doit être une considération essentielle de leur engagement sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan. Il est impératif pour tous les États de se tenir fermement aux côtés du peuple afghan », ont fait valoir les experts.

*Les experts : Irene Khan, Rapporteure spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'expression ; Fionnuala Ní Aoláin, Rapporteure spéciale sur la promotion et la protection des droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme ; Clément Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association ; et le Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes. Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes : Melissa Upreti (Présidente), Dorothy Estrada-Tanck (Vice-présidente), Elizabeth Broderick, Ivana Radačić, et Meskerem Geset Techane.

NOTE :

Les rapporteurs spéciaux et les groupes de travail font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, qui constituent le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations unies, sont le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance du Conseil qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.

 

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