D'un pionnier de la lutte contre le racisme à un autre : Andrew Young se souvient de Ralph Bunche

25 août 2021

Andrew Young, le premier ambassadeur afro-américain auprès des Nations Unies, a gagné sa place dans l'histoire, mais il reconnaît qu'un autre pionnier afro-américain, Ralph Bunche, a été son inspiration. Décédé il y a 50 ans, Ralph Bunche a été la première personne d'origine africaine à recevoir le prix Nobel de la paix et a joué un rôle majeur dans les débuts de l'ONU.

S'adressant à ONU Info en juillet 2020, Andrew Young a raconté ses souvenirs de M. Bunche, et a expliqué pourquoi son influence continue de se faire sentir, à l'ONU et dans la lutte plus large contre le racisme.

L'ambassadeur Andrew Young des États-Unis, président du Conseil de sécurité, est vu en train de rappeler à l'ordre une réunion sur l'Afrique du Sud (mars 1977).
Photo ONU/Yutaka Nagata
L'ambassadeur Andrew Young des États-Unis, président du Conseil de sécurité, est vu en train de rappeler à l'ordre une réunion sur l'Afrique du Sud (mars 1977).

« Ralph Bunche était l'un des héros de mon enfance. Je le considérais comme mon père, car il avait déjà fait tout ce que j'essayais de faire, 40 ans plus tôt !

Ralph a quitté l'université Howard [l'une des plus importantes universités noires historiques aux Etats-Unis] en 1939 pour faire le tour de l'Afrique et développer les renseignements militaires sur le continent, dans le cadre de l'effort de guerre américain.

Il s'est rendu en bateau au Maroc, en Tunisie et en Égypte, puis a traversé le canal de Suez jusqu'au Kenya et à l'Afrique du Sud, et il était la seule personne de l'armée américaine à connaître réellement le continent, en termes de renseignements militaires. Une grande partie des doctrines des Nations Unies sur la décolonisation, le maintien de la paix, l'immigration, les réfugiés et l'asile proviennent, je crois, des études qu'il a réalisées pendant cette période.

Martin Luther King et Mme King sont accueillis par le diplomate américain Ralph Bunche aux Nations Unies en 1964.
Photo ONU
Martin Luther King et Mme King sont accueillis par le diplomate américain Ralph Bunche aux Nations Unies en 1964.

Un citoyen américain qui marche pour la liberté

À l'époque des droits civiques, et même s'il était un haut fonctionnaire des Nations Unies et qu'il n'était pas directement impliqué avec Martin Luther King, il n'a pas hésité à conseiller et à encourager ce dernier.

Il est même venu marcher avec le Dr. King à Selma [scène des marches pour les droits civiques de 1965 par des activistes non-violents, dénonçant la répression de leur droit constitutionnel de vote], montrant qu'en plus d'être un universitaire de renommée internationale, il gardait un lien direct avec la communauté noire et les dirigeants des droits civiques : il n'est pas venu en tant que fonctionnaire des Nations Unies, il voulait être là simplement en tant que citoyen américain, marchant pour la liberté dans son pays.

Lorsque j'ai rencontré M. Bunche aux Nations Unies [en 1967, alors qu'il accompagnait Martin Luther King], il m'a dit qu'il ne voulait pas critiquer le Dr King pour sa position sur le Viet Nam, avec laquelle il était d'accord [Martin Luther King s'opposait avec force à l'implication des États-Unis dans la guerre du Viet Nam], mais qu'il détestait voir le Dr King engagé à la fois dans le mouvement pour les droits civiques et dans le mouvement pour la paix, car cela le laissait trop exposé.

Le Dr King répond qu'il ne veut pas être impliqué, mais qu'il n'a pas le choix : « Je ne veux pas être impliqué dans cette affaire, mais je ne peux pas la fuir. Je ne peux pas isoler ma conscience. Je ne peux pas être pour la non-violence entre les races et les classes dans le monde et approuver la violence dans les conflits internationaux ».

Cette réunion a eu lieu un an jour pour jour avant l'assassinat du Dr King. C'est presque comme si M. Bunche prédisait que la variété des rôles joués par le Dr. King n'était pas judicieuse, et qu'il lui conseillait de ralentir un peu et de durer un peu plus longtemps.

Maître des voies détournées

Ralph Bunche a toujours été très rationnel et logique, et il a résisté à toutes sortes de politiques émotionnelles et de colère qui pouvaient exister entre les races, ou entre les mondes développés et moins développés.

Il était un maître médiateur, avec un esprit froid, logique et analytique, qu'il appliquait à des sujets volatils et émotionnels. Il ne croyait pas au secret, mais il pensait que la diplomatie dépendait d'un certain niveau de confiance privée : il y a un jeu d'arrière-cour constamment en cours à l'ONU

Cet article fait partie d'une série de reportages publiés dans le cadre des commémorations entourant le vingtième anniversaire de la Déclaration de Durban des Nations Unies, considérée comme une étape importante dans la lutte mondiale contre le racisme.

Ralph Bunche (à gauche) avec le Secrétaire général Trygvie Lie
Ralph Bunche (à gauche) avec le Secrétaire général Trygvie Lie

Ralph Bunche, un homme de paix

Les réalisations de Ralph Bunche sont difficiles à surestimer. À une époque d'inégalités raciales prononcées aux États-Unis, il est devenu le premier Afro-Américain à obtenir un doctorat d'une université américaine dans les années 1930. Après avoir servi son pays pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le renseignement militaire, il a travaillé sur deux des documents fondateurs des Nations Unies : la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme.

M. Bunche est ensuite devenu Secrétaire général adjoint de l'ONU, soutenant les efforts des peuples colonisés pour obtenir la liberté et l'indépendance au sein du Conseil de tutelle, et servant de médiateur pour l'armistice de 1949 entre Israël et les pays arabes voisins, ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 1950.

Ralph Bunche a été l'architecte et ensuite le directeur des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, et il a personnellement dirigé la plus importante et la plus difficile d'entre elles, l'opération des Nations Unies au Congo en 1960.

Bien que M. Bunche ait quitté l'ONU lorsque Andrew Young est devenu le premier ambassadeur afro-américain des États-Unis en 1977, les deux hommes s'étaient déjà rencontrés dans les années 1960. M. Young avait accompagné le Dr Martin Luther King lors de sa visite au siège de l'ONU en 1967, au plus fort du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.