Afghanistan : lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, Guterres appelle les Talibans à la retenue

16 août 2021

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence lundi matin pour discuter de la situation en Afghanistan, où les Talibans ont pris le pouvoir dimanche après l’effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l’étranger du Président Ashraf Ghani.

Les Talibans ont investi dimanche soir le palais présidentiel à Kaboul et des scènes de panique ont été observées à l’aéroport international de la capitale afghane, où des milliers de personnes cherchent à fuir.

« Le monde suit les événements en Afghanistan avec le cœur lourd et une profonde inquiétude quant à ce qui l'attend. Nous avons tous vu les images en temps réel. Le chaos, les troubles, l’incertitude, et la peur », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, devant les membres du Conseil de sécurité.

« En cette heure grave, j'exhorte toutes les parties, en particulier les Talibans, à faire preuve de la plus grande retenue pour protéger des vies et faire en sorte que les besoins humanitaires puissent être satisfaits », a-t-il ajouté.

Le chef de l’ONU a rappelé que le conflit avait forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leur foyer et que Kaboul avait connu un afflux massif de personnes déplacées.

Il a rappelé à toutes les parties leur obligation de protéger les civils et leur a demandé de fournir aux organisations humanitaires un accès sans entrave pour fournir des services et une aide rapidement. Il a aussi exhorté tous les pays à accepter d'accueillir des réfugiés afghans et à s'abstenir de toute expulsion.

Une vue de Kaboul, la capitale de l'Afghanistan.
Photo MANUA/Fardin Waezi
Une vue de Kaboul, la capitale de l'Afghanistan.

Appel à l’unité

Face à cette situation de crise en Afghanistan, le Secrétaire général a appelé la communauté internationale à l’unité et notamment « à parler d'une seule voix pour défendre les droits de l'homme » dans ce pays.

Le Secrétaire général a appelé les Taliban et toutes les parties à respecter et à protéger le droit international humanitaire et les droits et libertés de toutes les personnes.

Il s’est dit particulièrement préoccupé par « les récits de violations croissantes des droits humains des femmes et des filles d'Afghanistan qui craignent un retour aux jours les plus sombres ». « Il est essentiel que les droits durement acquis des femmes et des filles afghanes soient protégés », a-t-il ajouté.

Le chef de l’ONU a aussi demandé à la communauté internationale de faire en sorte que l'Afghanistan ne soit plus jamais utilisé comme plate-forme ou refuge pour les organisations terroristes.

« Je lance un appel au Conseil de sécurité — et à la communauté internationale dans son ensemble — pour qu'ils restent solidaires, travaillent ensemble et agissent ensemble — et utilisent tous les outils à leur disposition pour réprimer la menace terroriste mondiale en Afghanistan et garantir le respect des droits humains fondamentaux », a-t-il dit. « Peu importe qui détient le pouvoir, ces deux principes fondamentaux – dans lesquels notre monde a un intérêt si profond et constant – doivent être respectés ».

M. Guterres a rappelé que l’ONU est présente dans le pays et il s’est dit soulagé d'annoncer que, dans une large mesure, le personnel et les locaux des Nations Unies ont été respectés. « Nous continuons d'exhorter les Talibans à honorer l'intégrité de ces installations et l'inviolabilité des envoyés et locaux diplomatiques », a-t-il dit.

S’agissant de la crise humanitaire en Afghanistan qui affecte 18 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, il a estimé qu’il était vital que les services de base continuent d'être fournis.

« La présence des Nations Unies s'adaptera à la situation sécuritaire. Mais par-dessus tout, nous resterons et apporterons notre soutien au peuple afghan », a-t-il affirmé, appelant à la fin immédiate de la violence, au respect des droits de tous les Afghans et au respect par l'Afghanistan de tous les accords internationaux auxquels le pays est partie.

Le Conseil de sécurité réclame la mise en place d’un nouveau gouvernement inclusif

Dans une déclaration à la presse publiée lundi, les membres du Conseil de sécurité ont également appelé « à la cessation immédiate de toutes les hostilités et à la mise en place, par le biais de négociations inclusives, d'un nouveau gouvernement uni, inclusif et représentatif - y compris avec la participation pleine, égale et significative des femmes ».

Ils ont souligné qu'une fin durable du conflit en Afghanistan ne peut être obtenue que par « un règlement politique inclusif, juste, durable et réaliste qui respecte les droits humains, y compris pour les femmes, les enfants et les minorités ». 

Les membres du Conseil se sont déclarés « profondément préoccupés par le nombre de violations graves du droit international humanitaire et de violations des droits de l'homme signalées dans les communautés touchées par le conflit armé en cours à travers le pays, et ont souligné le besoin urgent et impératif de traduire les auteurs en justice ».

S’agissant de l’aide humanitaire, ils ont appelé à redoubler d'efforts. Ils ont demandé à toutes les parties de permettre un accès humanitaire immédiat, sûr et sans entrave aux organismes humanitaires des Nations Unies et aux autres acteurs humanitaires fournissant une assistance, afin de garantir que l'aide parvienne à tous ceux qui en ont besoin.

Enfin, les membres du Conseil de sécurité ont réaffirmé l'importance de la lutte contre le terrorisme en Afghanistan pour garantir que le territoire afghan ne soit pas utilisé pour menacer ou attaquer un autre pays.

 

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