Afghanistan : la cheffe des droits de l'homme de l'ONU condamne les abus alors que l'avancée des Talibans se poursuit

10 août 2021

Des informations inquiétantes faisant état de violences commises par les Talibans à l'encontre des communautés qu'ils contrôlent désormais en Afghanistan ont été condamnées par la cheffe des droits de l'homme des Nations Unies, Michelle Bachelet, qui s'est prononcée mardi en faveur d'une reprise des négociations de paix à Doha.

La Haut-Commissaire aux droits de l'homme a déclaré dans un communiqué que la peur et l'effroi régnaient dans tout l'Afghanistan, ce qui a poussé les gens à fuir leurs maisons.

Des femmes ont été fouettées et tuées dans les zones envahies par les extrémistes, tandis que des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme ont également été attaqués et tués, a indiqué Mme Bachelet.

L'aggravation du conflit dans le nord de l'Afghanistan a forcé des milliers de personnes à fuir leurs domiciles et à vivre dans des camps temporaires.
© UNHCR/Edris Lutfi
L'aggravation du conflit dans le nord de l'Afghanistan a forcé des milliers de personnes à fuir leurs domiciles et à vivre dans des camps temporaires.

Crimes de guerre

Des rapports faisant état de violations qui « pourraient s'apparenter à des crimes de guerre et à des crimes contre l'humanité » sont apparus, notamment des « rapports profondément troublants » faisant état de l'exécution sommaire de troupes gouvernementales qui se sont rendues. Depuis le 9 juillet, dans quatre villes seulement - Lashkar Gah, Kandahar, Herat et Kunduz - au moins 183 civils ont été tués et 1.181 blessés, dont des enfants.

Lundi, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a fait état d'une escalade rapide des violations commises à l'encontre des enfants en Afghanistan, après la mort de 27 enfants dans le pays au cours des 72 dernières heures, et 136 qui ont été blessés. Mais « le chiffre réel pourrait être beaucoup plus élevé », car « il ne s'agit que des pertes civiles que nous avons réussi à documenter », a déclaré Mme Bachelet.

Avant même les dernières offensives militaires des Talibans sur les centres urbains, les Nations Unies avaient déjà constaté une forte augmentation du nombre de victimes civiles.

Les militants, évincés dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, sont désormais en mesure d'avancer depuis différentes directions vers Mazar-i-Sharif, la plus grande ville du nord, selon les dernières informations.

À ce jour, les Talibans ont envahi 192 centres administratifs de district en Afghanistan, attaqué les capitales provinciales et auraient pris le contrôle d'au moins six capitales provinciales dans les provinces de Nimroz, Jawzjan, Kunduz, Takhar et Sar-e-Pul.

Vivre dans la peur et l'effroi

À Genève, Ravina Shamdasani, porte-parole de la Haut-Commissaire Bachelet, a déclaré que les gens craignaient « à juste titre » que les Talibans n'effacent les acquis en matière de droits humains des deux dernières décennies, alors que les forces américaines et internationales achèvent leur retrait d'Afghanistan.

Réitérant la condamnation par la Haut-Commissaire des violences par les Talibans à l'encontre des communautés, notamment des femmes, des défenseurs des droits humains et des journalistes, elle a déclaré aux correspondants que « des femmes sont déjà tuées et abattues pour avoir enfreint les règles », tandis que « certaines stations de radio ont cessé d'émettre ».

Dans la province de Balkh, « une militante des droits des femmes a été abattue pour avoir enfreint les règles », a ajouté Mme Shamdasani. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a également reçu des informations faisant état « d'exécutions sommaires, d'attaques contre des responsables gouvernementaux et des membres de leur famille, de la destruction de maisons, d'écoles et de cliniques et de la pose d'un grand nombre d'engins explosifs improvisés », dans les zones déjà prises par les Talibans et dans les zones contestées, a-t-elle indiqué.

Une mère et son enfant ont fui les combats à Lashkargah et vivent désormais dans un camp de déplacés à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan.
© UNICEF Afghanistan
Une mère et son enfant ont fui les combats à Lashkargah et vivent désormais dans un camp de déplacés à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan.

La moitié de la population en danger

Mardi, le chef de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a également exprimé son inquiétude quant à l'impact du conflit sur les populations déplacées et les personnes en déplacement, y compris les rapatriés.

Avec plus de 5 millions de personnes déjà déplacées à l'intérieur du pays - plus de 359.000 depuis le début de l'année et un nombre record de rapatriés sans papiers - quelque 680.000 Afghans sont rentrés au pays au cours des sept premiers mois de cette année, selon l'équipe de surveillance des frontières de la Direction des réfugiés et du rapatriement (DRR).

Le Directeur général de l'OIM, António Vitorino, a déclaré qu'en plus du fait que le pays est « en proie à une troisième vague de Covid-19 et à une grave sécheresse », près de la moitié de la population afghane a besoin d'une aide d'urgence, et les besoins devraient augmenter.

Insistant sur l'accès sans entrave du personnel et des prestataires de services, « toutes les parties au conflit et les pays voisins » doivent faire « tout ce qui est en leur pouvoir pour que les points de passage frontaliers restent ouverts et que les travailleurs humanitaires puissent accéder aux populations vulnérables dans les zones frontalières », a déclaré M. Vitorino.

Des familles en fuite

Des appels à la retenue ont également été lancés par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a exhorté la communauté internationale à mieux protéger les civils et les infrastructures vitales, telles que les hôpitaux, contre les attaques et à contribuer à prévenir les dommages collatéraux causés par les combats dans les zones peuplées.

Depuis le 1er août, l'organisation a traité 4.042 patients blessés par armes dans 15 établissements de santé soutenus par le CICR, et près de 13.000 patients pour le seul mois de juillet, alors que les services médicaux du CICR ont été fortement sollicités en raison des dégâts et du manque de personnel.

« Nous constatons que des maisons sont détruites, que le personnel médical et les patients courent des risques considérables et que les hôpitaux, les infrastructures d'électricité et d'eau sont endommagés », a déclaré Eloi Fillion, chef de la délégation du CICR en Afghanistan, dans un communiqué.

« L'utilisation d'armes explosives dans les villes a un impact indiscriminé sur la population. De nombreuses familles n'ont d'autre choix que de fuir à la recherche d'un endroit plus sûr. Cela doit cesser », a-t-il ajouté.

Selon le CICR, l'électricité est coupée dans plusieurs villes contestées et les systèmes d'approvisionnement en eau sont à peine opérationnels dans certains endroits. De nombreuses familles tentent de partir mais ne trouvent pas de moyens de transport pour s'échapper ou n'ont tout simplement pas les moyens financiers.

 

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