Témoignage : « allaiter, c'est l'impression de donner le meilleur à mon bébé »

4 août 2021

Chaque année, l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance et ses partenaires collaborent pour promouvoir l’importance des politiques favorables à la famille afin de permettre l’allaitement maternel et d’aider les parents à prendre soin de leurs enfants et à créer des liens avec eux dès le plus jeune âge, lorsque cela compte le plus.

Emilie Hamel est originaire de la France. Elle est installée depuis l’an 2000 au Canada et habite à Montréal avec son mari québécois et sa fille Mia âgée d’un an et demi. 

Elle allaite sa fille depuis sa naissance et pratique l’allaitement non écourté. Même si ce n'est pas toujours facile, surtout au début, elle a expliqué à ONU Info qu’elle le poursuit avec beaucoup de plaisir. Pour elle, « cela vaut tous les petits inconvénients du début et tous les inconforts. Ça en vaut tellement la peine, c'est magique en fait », dit-elle. Témoignage. 

ONU Info : Vous avez eu votre enfant juste au début de la pandémie. Avez-vous continué à allaiter pendant toute cette période ? 

Émilie Hamel : Alors oui, effectivement. Quelques semaines après sa naissance, le Québec est tombé en confinement. Et curieusement, ça m'a un petit peu aidé à cette mise en place, en quelque sorte parce que je n’avais rien d’autre à faire. C'était plutôt facile en fait, de mettre mon bébé au sein régulièrement. Petit à petit, la production de lait se mettait en place ; et bon, le seul inconvénient c'est que je n'avais pas toujours le soutien désiré puisque on était confiné chez nous, on pouvait recevoir personne. Donc pour obtenir de l'aide c'était plus difficile. Mais je me souviens de consultations sur Zoom avec la caméra d'un côté et le bébé dans les bras en train de régler la position. Alors finalement, on a réussi à s'ajuster comme ça. C'est sûr que ce n’est pas nécessairement évident et beaucoup d'obstacles se sont présentés avec l'absence des salles d'allaitement, les fermetures, tout était fermé. Au début, on pouvait aller nulle part et ensuite on était bien obligé d'aller allaiter dans la voiture par exemple, parce qu'il n’y avait pas d'autre endroit pour s'asseoir. C’est vrai que ça a causé un certain défi pour un premier allaitement. Les conditions n'étaient pas toutes réunies pour un succès.

Les femmes qui allaitent restent discrètes lorsqu'elles le font dans des endroits publics.
@Vincent Cardinal
Les femmes qui allaitent restent discrètes lorsqu'elles le font dans des endroits publics.

ONU Info : Et au début avec cette pandémie, est-ce que vous avez été réticente, est-ce que vous avez eu peur justement d'attraper la Covid, est ce que vous avez peur de le  passer à votre fille ? Est-ce que vous avez eu de la réticence ou pas ? 

Émilie Hamel : En fait, j'étais tellement concentrée à continuer mon allaitement, à ne pas lâcher que ces questions-là restaient très en arrière-plan et vraiment je n’avais pas peur nécessairement de transmettre la Covid. Je craignais un peu de l'attraper étant donné que on ne savait pas comment ça se transmettait. C’était dans le temps où on nettoyait notre épicerie à chaque fois que l’on faisait nos courses. On lavait tout, on se changeait, on se lavait. J'avais peur d'amener ma fille faire les commissions. C’était plus que j'avais peur de moi de l'attraper ou que l'entourage l’attrape. Mais par contre le fait d’allaiter, je trouvais que c'était un bénéfice en fait pour ma petite parce que j'avais l'impression que je lui donnais le meilleur et en quelque sorte je la protégeais. Et c'est ce que les études ont confirmé par la suite. Donc ça m'a finalement conforté dans le fait que c'était bien de l’allaiter et de continuer comme ça.

ONU Info :  Vous parliez justement de cette période de confinement, où vous vous retrouviez toute seule. Ça vous a peut-être aussi aidé d'avoir ce lien avec votre fille, n'est-ce pas ? 

Émilie Hamel : Oui, complètement. En fait, c'est vraiment ce qui s'est passé. On avait peu d'interruptions. On n'avait pas de visite, on avait nulle part où aller, donc c'était facile comme ça d'avoir un horaire, d’établir l’horaire des tétées. Donc en fait quelque part, ça permettait de poursuivre dans de meilleures conditions que si on avait été tout le temps dérangé par les visites. La famille ou les amis veulent bien faire et veulent venir visiter le bébé. Mais parfois, ça peut nuire à l'allaitement. On ne sent pas toujours à l'aise au début, on ne sait pas bien comment se placer, on ne veut pas trop se montrer ou devoir se cacher peut-être. Je n’ai pas eu ce problème-là. Je pouvais me promener dans la maison comme je voulais. 

Emilie allaite sa fille dans un restaurant au Canada
@Vincent Cardinal
Emilie allaite sa fille dans un restaurant au Canada

ONU Info : Vous parliez que vous alliez dans votre voiture pour pouvoir allaiter. Trouvez-vous que c'est difficile maintenant d'allaiter en public ? Ou recevez-vous des remarques quelquefois quand vous allaitez en public ? 

Émilie Hamel : Je n'ai pas souffert de ça personnellement. Peut-être que j'ai été chanceuse ou peut être que je m'assure quand même une certaine discrétion. Je fais tout de même attention de me mettre dans un coin un petit peu plus reculé où je fais un petit peu attention, justement parce que certaines personnes peuvent être dérangées. Mais je n’ai pas personnellement souffert de ça. Et puis j'ai pris le parti que je nourris mon enfant. Alors je lui donne ce dont il a besoin. Si j’avais à lui donner un biberon, personne ne dirait rien. Alors moi c'est la même chose, je donne à manger à mon enfant, je réponds à sa faim, alors voilà la façon. Mais c'est sûr que je sais que dans mon entourage, plusieurs autres femmes ont subi des remarques, ont été interdites même d'aller manger dans certains restaurants. On leur disait de quitter ou on leur donnait une table complètement reculée. Ou certaines personnes se sont fait dire d’aller dans les toilettes. Et quand on voit la propreté de certaines toilettes, on n’irait pas manger là et d’autant plus faire manger son enfant dans des toilettes sales. 

ONU Info : Est-ce que vous pensez qu’il y a suffisamment d'espace pour les femmes qui allaitent dans les endroits publics ou est ce qu’il y a mieux à faire ?

Émilie Hamel : Oui, définitivement. Et pourtant, encore une fois, je considère que on est quand même assez chanceux en général, dans les grandes villes au Québec et au Canada. On a certaines facilités mais il y a encore du travail à faire. Et bien souvent, oui, on se retrouve à aller dans les toilettes, se réfugier dans sa voiture pour allaiter parce qu'il n'y a pas d'endroit pour ça. Il faut chercher loin ou c'est fermé, ou il n’y a pas d’accès, ou il faut une clé, on ne sait pas à qui demander, c'est compliqué. 

Allaiter pour les femmes dans un endroit public peut être difficile
@Vincent Cardinal
Allaiter pour les femmes dans un endroit public peut être difficile

ONU Info :  Qu'est-ce qui est le plus beau pour vous dans l'allaitement ? 

Émilie Hamel : C'est l'impression de donner le meilleur à mon bébé, de donner le lait le plus adapté qui est personnalisé spécifiquement pour elle, qui est adapté à tout moment, qui en même temps, pas seulement nourrissant mais aussi réconfortant. Ce petit moment que l’on a là, c'est un câlin, c'est de l'amour, c'est toute la tendresse qu'on partage. Souvent après une journée passée, maintenant elle va à la garderie, et après cette journée séparée, c'est toujours un bon moment tendre. Partager ensemble avec la tétée des retrouvailles. Donc en fait, c'est très riche l’allaitement. Mais pour moi, c'est ça vaut tous les petits inconvénients du début et tous les inconforts, ça vaut tellement la peine, c'est magique en fait. 

Ce petit moment que l’on a là, c'est un câlin, c'est de l'amour, c'est toute la tendresse qu'on partage.

ONU Info : Et justement, que diriez-vous aux mères qui ont des craintes d'allaiter ? 

Émilie Hamel : Je dirais, c’est normal. C'est normal en fait. On pense que c'est naturel. Oui, c'est naturel, mais ce n’est pas nécessairement instinctif et ça s'apprend. On apprend, notre bébé apprend aussi. En fait, c'est un apprentissage à deux, parfois à trois ou plus car les mamans peuvent avoir plus d'un bébé. Alors c'est toute une mise en place et un apprentissage à faire. Donc dans mon cœur, ce qui m'avait aidé, c'était de me faire accompagner, de trouver soit une Marraine d’allaitement, ou Consultante IBCLC, ou des ressources communautaires. Et il en existe même en contexte de pandémie. Ça peut être à distance aussi, il y a moyen de trouver de l'aide. D'être bien accompagnée aussi d’un partenaire parce que ça aussi c'est important d'être soutenue. On peut tenter d'être découragée, d'avoir du soutien c'est sûr que c'est important. Donc de ne pas avoir peur de demander de l'aide, d'aller chercher du soutien. En tout cas dans mon cœur, c'est ce qui m'a aidé et c'est sûr que ça m'a permis de continuer aussi longtemps, de passer par-dessus les obstacles du début. Au début mon enfant avait un problème de frein restrictif. Donc il a fallu opérer. Alors, j'ai su, grâce à une conseillère en allaitement justement que c'est quelque chose qui pouvait se faire. Et ça a vraiment aidé. C'était le jour et la nuit.

ONU Info : Et vous avez pu continuer justement à l'allaiter pendant toute cette période ?

Émilie Hamel : Oui et sans douleur, parce que les douleurs étaient horribles. Après c'est le sentiment de plus avoir assez de lait. Donc là, je suis allée encore une fois demander de l'aide et finalement ce n’est pas parce que je n’avais pas assez de lait, mais c'était simplement une poussée de croissance. C'est toutes sortes de choses, toutes sortes de bouleversements hormonaux qui ont lieu. Et en allant chercher justement cette aide-là, j'ai pu mettre en place des petits changements qui ont fait en sorte que j'ai pu continuer. Vraiment, il ne faut pas hésiter. 

ONU Info : Ça vaut tous les obstacles, n’est-ce pas ? 

Émilie Hamel : Oui, ça vaut tellement la peine au final, c’est tout bénéfice. 

ONU Info : Et  vous pensez continuer à allaiter le plus longtemps possible, si vous pouvez ? 

Emilie Hamel : Alors si possible, oui. En fait, j'ai toujours en tête les recommandations de l'OMS qui disent jusqu’à deux ans et plus. Alors si je peux me rendre jusqu’ à deux ans en fait, je vais voir aussi si ma fille est toujours intéressée. Mais tant que ça fonctionne toujours pour elle et pour moi, Il n’y a pas d’obstacles à continuer. Et puis même après le retour au travail, et là aussi grâce au télétravail, j'ai pu continuer à maintenir l’allaitement. Maintenant, ce n’est plus nécessaire à son alimentation. Mais on est plus au niveau du réconfort, mais ça fonctionne toujours.

ONU Info : Garder ce moment magique, n'est-ce pas ? 

Émilie Hamel : Oui, absolument. 

ONU Info : Émilie Hamel, Merci beaucoup pour cette interview et bonne semaine de l'allaitement et bonne continuation. 

Émilie Hamel : Merci Florence. Bonne semaine de l'allaitement.
 

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.