Un pétrolier abandonné au large du Yémen pose toujours un grave risque de marée noire en mer Rouge

3 juin 2021

Le pétrolier abandonné depuis six ans au large du port yéménite d’Hodeïda, en mer Rouge, continue de poser un grave risque de marée noire, qui augmente avec chaque jour qui passe, a prévenu jeudi la cheffe de l’agence des Nations Unies pour l’environnement devant le Conseil de sécurité.

Ce pétrolier, le SAFER, contient une cargaison de 1,1 million de barils de brut, ce qui fait craindre une catastrophe environnementale et humanitaire s’il sombre.

« Même si tous les efforts sont déployés par tous les organismes et partenaires des Nations Unies, le risque demeure et la situation va empirer à mesure que les retards s'accumulent. Même si les activités d'intervention devaient être lancées immédiatement après une marée noire et que l'accès était autorisé, il faudrait des années pour que les écosystèmes et les économies se rétablissent », a prévenu la Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen, lors d’une réunion du Conseil consacrée à ce sujet.

La zone est actuellement sous l’autorité de facto des rebelles d’Ansar Allah, appelés aussi les Houthis. Un accord a été convenu en novembre 2020 avec Ansar Allah sur une évaluation des risques posés par le pétrolier mais « la mise en oeuvre de l’accord a rencontré des obstacles politiques et logistiques », a précisé Mme Andersen, notant que la mission d’expertise prévue n’a toujours pas été déployée. 

« En conséquence, nous ne connaissons toujours pas l'état exact du navire, ni quelle serait la meilleure solution pour traiter 1,1 million de barils de brut dans un pétrolier vieillissant situé dans une zone écologiquement sensible de la mer Rouge », a-t-elle ajouté.

Le port d'Hodeïda, au Yémen (photo d'archives).
© UNICEF
Le port d'Hodeïda, au Yémen (photo d'archives).

L’ONU et des partenaires se préparent au risque de marée noire

En attendant, le système des Nations Unies travaille en parallèle pour soutenir une réponse en cas de marée noire.

La cheffe du PNUE a ainsi indiqué que l'Organisation régionale pour la conservation de la mer Rouge et du golfe d'Aden (PERSGA), avec le soutien du PNUE et de l'Organisation maritime internationale (OMI), a élaboré un plan d'urgence régional.

L'OMI a également récemment passé un contrat avec une société privée, Oil Spill Response Limited, pour mettre à jour les « scénarios » en cas de déversement d'hydrocarbures.

Un comité de coordination a aussi été créé pour coordonner l'assistance régionale et internationale en cas de marée noire avec pour objectif principal d'aider le ou les pays touchés à atténuer les dommages causés par une éventuelle marée noire.

La cheffe du PNUE a rappelé que les effets d'une marée noire risquent d’être énormes et d’entraîner une catastrophe environnementale et humanitaire.

Le déversement d'hydrocabures pourrait forcer la fermeture du port vital d’Hodeïda, limitant les importations de nourriture et de carburant pendant deux à trois semaines, et bloquer 50% des zones de pêche, « avec un coût économique estimé à environ 350 millions de dollars sur cinq ans », a-t-elle déclaré.

Une marée noire ou une explosion dans la mer Rouge aurait également un impact environnemental grave et durable sur les écosystèmes qui fournissent les services essentiels qui sous-tendent les moyens de subsistance de toutes les communautés de la région, a-t-elle ajouté. 

La mer Rouge abrite une multitude d'espèces, notamment des mammifères marins, des tortues de mer et des oiseaux de mer, et constitue la base d'une grande partie de la biodiversité unique de la région. 25% du littoral yéménite est recouvert de récifs coralliens qui seraient gravement impactés.

« Bien que la côte ouest du Yémen risque d’être la plus touchée, tout déversement de pétrole aurait également un impact négatif sur les pays voisins de la mer Rouge. En outre, cela pourrait également avoir un impact sur le mouvement des plus de 20.000 navires qui traversent la mer Rouge chaque année, paralysant potentiellement l'une des routes commerciales les plus fréquentées au monde », a dit Mme Andersen.

La mission d’expertise prête à être déployée

Au nom du chef de l’humanitaire de l’ONU Mark Lowcock, la Directrice de la Division des opérations et du plaidoyer du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Reena Ghelani, a indiqué pour sa part que la raison pour laquelle la mission d’expertise n’a toujours pas été déployée est parce que les autorités d'Ansar Allah, « tout en acceptant toujours le principe d’une mission, sont réticentes à fournir les assurances concrètes nécessaires ».

« Le principal point d'achoppement semble être ce que fera exactement la mission de l'ONU », a-t-elle ajouté.

La responsable d’OCHA a rappelé que le pétrolier était « un site dangereux » qui n'a eu pratiquement aucun entretien depuis plus de six ans. « Comme l'ONU n'a jamais été autorisée à visiter le site, nous ne savons pas exactement quelles sont les conditions à bord », a-t-elle ajouté. « Cela signifie qu'il est impossible de dire à l'avance exactement quelles activités peuvent être effectuées en toute sécurité ».

L’objectif principal de la mission de l'ONU a toujours été d'évaluer l'état du navire, a-t-elle ajouté, précisant que l'équipe d'experts de l'ONU restait prête à être déployée.

 

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