En Syrie, les civils continuent de subir « la même souffrance, mois après mois »

26 mai 2021

Deux hauts responsables de l’ONU ont sollicité, mercredi, l’appui du Conseil de sécurité des Nations Unies pour mettre fin à la souffrance des Syriens et permettre à l’aide humanitaire d’entrer dans le pays.

L’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, a alerté les membres du Conseil sur la « grave situation des Syriens ordinaires » qui continuent de subir les déplacements, les détentions et les enlèvements sur fond de poursuites du conflit violent, du terrorisme et des violations des droits de l’homme.

« Nous voyons la même souffrance et le même schéma d'événements et de dynamiques mois après mois - un schéma qui, je le crains, n'entraîne lentement les Syriens vers un abîme encore plus profond », a-t-il dit.

Si « la situation militaire est relativement calme dans certaines régions », M. Perdersen a noté que « les signes d'un conflit instantané sont abondants ».

Pour l’Envoyé spécial, les solutions restent pourtant inchangées. « Ce qu'il faut, c'est une solution politique dirigée et détenue par les Syriens, facilitée par les Nations Unies et appuyée par une diplomatie internationale constructive », a-t-il dit. Il a appelé à travailler sur un cessez-le-feu national durable, à combattre les groupes terroristes identifiés comme tels par le Conseil de sécurité, à progresser sur la question des personnes détenues, kidnappées et disparus, inclure un large éventail de la société syrienne, notamment les femmes. 

Une élection présidentielle se déroule, ce mercredi, en Syrie dans le cadre de la Constitution actuelle. « Comme indiqué précédemment, cela ne fait pas partie du processus politique appelé dans la résolution 2254 », a rappelé M. Pedersen, précisant que « l'ONU n'est pas impliquée dans cette élection et n'a aucun mandat » en la matière. « Les Nations Unies continuent de souligner l'importance d'une solution politique négociée en Syrie pour mettre en œuvre la résolution 2254. Cela reste la seule voie durable pour mettre fin au conflit et aux souffrances du peuple syrien », a-t-il souligné.

Selon l’Envoyé spécial, les grandes lignes d'une solution politique au conflit syrien sont bien comprises par les principales parties prenantes, mais aucune n'est disposée à faire le premier pas. « Si nous continuons ainsi, si les principaux acteurs sont plus investis dans la gestion des conflits que dans la résolution des conflits, je crains que la Syrie ne devienne un autre conflit prolongé, pendant des générations ».

Plus de deux foyers sur cinq n’ont pas suffisamment d’aliments nutritifs

La situation économique de la plupart des Syriens ne s'est guère améliorée. La livre syrienne s'est stabilisée dans une certaine mesure, mais le prix des biens essentiels et les frais de transport se sont envolés. « Les prix de la nourriture demeurent à des niveaux historiquement élevés », a dit Mark Lowcock, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), plus de deux foyers sur cinq ont indiqué ne pas avoir suffisamment d’aliments nutritifs. Près de la moitié des familles syriennes interrogées en avril ont déclaré que les adultes mangeaient moins afin que leurs enfants soit nourris. 

Les services de base tels que l'eau, l'électricité et la santé restent également compromis. Les niveaux réduits d’eau de l’Euphrate depuis janvier ont créé une situation critique en mai ce qui a empêché les barrages de fonctionner et de fournir de l’électricité. Trois millions de personnes seraient affectées par ces coupures d’électricité tout comme les hôpitaux.

« Près de 5,5 millions de personnes en Syrie dépendent de l’Euphrate et de ses affluents pour l’eau potable », a dit M. Lowcock, précisant que les 200 stations de pompages d’eau que compte le pays ne peuvent fonctionner sans électricité.

En matière de protection, le Secrétaire général adjoint a déploré les attaques continues contre les infrastructures de santé qui « instillent la peur chez la population civile et la décourage de solliciter des soins de santé, même si nombre d’entre eux en ont désespéremment besoin ». Le nord-est de la Syrie continue de manquer de fournitures de santé essentielles, y compris celles nécessaire pour soigner et prévenir la Covid-19. « Et le virus s’étend à nouveau », a dit M. Lowcock, notant une augmentation de 57% du nombre de cas confirmés et de 50% du nombre de morts.

Le chef de l’humanitaire de l’ONU a également attiré l’attention sur le camp d’Al Hol où plus de 60.000 personnes - dont près de 14.000 enfants de moins de cinq ans - « vivent dans des conditions inacceptables ». M. Lowcock qui quittera prochainement l’ONU après quatre ans passés à la tête d’OCHA a pourtant rappelé « chaque mois depuis des années » l’urgence de trouver une solution aux personnes vivant à Al Hol. « La vérité est que ceux qui peuvent résoudre le problème ont simplement décidé de ne pas le faire », a-t-il dit.

Alors que l’autorisation du Conseil de sécurité pour assurer une livraison humanitaire transfrontalière depuis la Turquie vers le nord-ouest de la Syrie expire dans six semaines, M. Lowcock a prévenu que le renouvellement tardif ou non renouvellement pourrait compromettre « un filet de sécurité pour plus de 3 millions de personnes ».

 

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