Ecouter les populations du Sahel, une nouvelle approche pour résoudre la double équation du développement et de la sécurité

24 mai 2021

A l'issue d'un sommet conjoint du G5 Sahel et de l’ONU qui s'est tenu à Dakar (Sénégal) les 20 et 21 mai, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mahamat Saleh Annadif, a appelé à soutenir la Force conjointe du G5 Sahel à travers des contributions obligatoires afin de permettre son intégration dans les opérations de maintien de la paix.

Le G5 Sahel, qui regroupe cinq pays de la région (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), a créé il y a quelques années une force conjointe.

« Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la Force aujourd’hui a un mandat de chapitre VII, cela veut dire qu’on l’a autorisée à lutter contre le terrorisme », a expliqué M. Annadif dans un entretien avec le Centre d’information des Nations Unies à Dakar.

« Mais ce qui se pose aujourd’hui, c’est qu’elle n’est pas une force des Nations Unies et elle ne peut pas bénéficier de contributions obligatoires des Nations Unies. Jusque-là ce sont des contributions volontaires », a-t-il ajouté.

M. Annadif a réitéré l’appel du Secrétaire général de l’ONU pour intégrer la Force conjointe du G5 Sahel dans les opérations de maintien de la paix afin de recevoir un financement obligatoire. « Jusque-là, au Conseil de sécurité, il y a encore des réticences », a-t-il dit.

Miser sur le développement

Si la Force du G5 Sahel demeure une composante essentielle pour contrer l’extrémisme dans la région, le développement aussi est crucial.

La rencontre de Dakar avait pour objectif de passer en revue les actions en cours et d’identifier les domaines de collaboration à renforcer afin de promouvoir la paix.

L'instabilité au Sahel et la menace de l'extrémisme violent restent une menace sérieuse pour la croissance et l'avenir de l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. 

Depuis 2014, les Nations Unies travaillent avec le G5 Sahel pour coordonner les programmes de développement économique et social, ainsi qu'une réponse unifiée en termes de sécurité et de lutte contre les groupes terroristes et criminels opérant dans la région. 

Leur coopération opère à travers plusieurs initiatives conjointes, impliquant la jeunesse et tenant compte de la question du genre, tout en visant la transformation sociale, le développement et une paix durable. 

Le nouveau paradigme du G5 Sahel

Lors de la rencontre de Dakar, le Secrétaire exécutif du G5 Sahel, Maman Sambo Sidikou, du Niger, a souligné la nécessité d’avoir une implication plus grande des acteurs locaux et pour cela plus de financements. 

M. Sidikou a appelé à une mobilisation plus efficace des ressources qui doivent être définies par la stratégie du G5 Sahel à travers son programme d’investissements prioritaires. 

Sur cette question, le Président du Conseil des ministres du G5 Sahel, Issa Doubragne, du Tchad, a annoncé « une nouvelle dynamique et un repositionnement des Etats ». Le nouveau paradigme préconisé par le G5 Sahel cherche notamment à s’adresser d’une seule voix. 

Le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le Sahel, Abdoulaye Mar Dièye, a salué « l’engagement plus grand des chefs d’Etat du G5 Sahel vers un sursaut politique et civil qui ramène l’Etat vers les populations ». 

Pour M. Dièye, le rôle du G5 Sahel et de l’ONU est de décliner cette « philosophie et de résoudre le paradoxe sahélien », avec d’une côté une composante sécuritaire et militaire et de l’autre des dynamiques positives de développement qu’il faut intégrer. 

Les politiques publiques ne touchent pas les populations aux frontières et la déclaration de Dakar souligne l’inquiétude du G5 Sahel et des Nations Unies concernant la situation humanitaire préoccupante, qui comprend les personnes déplacées de force, la réduction de l’accès aux services sociaux, et les attaques d’écoles, visant élèves et enseignants. 

Selon M. Dièye, pour parvenir à développer la région il importe d’« ouvrir l’espace de dialogue et donner la primauté de la conception de cette vision sahélienne aux populations du Sahel » et « se mettre dans une posture de réponse plutôt que de commande ». Cette approche devra aussi se faire au moyen d’une communication innovante afin d’écouter les populations du Sahel et de déterminer avec elles les solutions.

 

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