Syrie : la violence, les violations et les abus ne manqueront pas d'affecter les générations à venir, selon l’ONU

21 mai 2021

Des millions d'enfants en Syrie restent pris au piège d'un conflit prolongé de haute intensité et continuent de subir un niveau de violence choquant, avec peu de soutien disponible pour les survivants, selon un rapport de l’ONU publié cette semaine.

« En Syrie, tous les enfants âgés de moins de 10 ans ont vécu toute leur vie dans un pays ravagé par le conflit. Ils n'ont connu que la guerre », a déploré la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Virginia Gamba.

Mme Gamba précise que « les conséquences d'une telle exposition prolongée à la violence, à la violation et à l'abus de leurs droits les plus fondamentaux et à un stress énorme, sont dramatiques » et qu’« elles ne manqueraient pas d'affecter les générations à venir ». 

« Il est donc de la plus haute importance de donner la priorité aux droits et aux besoins de ces garçons et de ces filles, y compris dans les pourparlers de paix, afin d'éviter une génération perdue », selon la défenseure des enfants.

Le rapport couvre une période de deux ans qui a vu l'apparition de la pandémie de Covid-19 et l'imposition de restrictions connexes à partir de mars 2020, exacerbant encore la vulnérabilité des enfants et entravant le travail des acteurs humanitaires et de la protection de l'enfance sur le terrain. 

« On pense donc que le nombre réel de violations graves est plus élevé que les 4.724 vérifiées dans le rapport », a précisé Mme Gamba, indiquant qu’un nombre croissant de parties au conflit, au moins 32, avaient été jugées responsables de ces violations.

Des enfants attendent une distribution de nourriture pendant la crise du Covid-19 à Alep, en Syrie.
© PAM/Jessica Lawson
Des enfants attendent une distribution de nourriture pendant la crise du Covid-19 à Alep, en Syrie.

Mutilation, meurtre et recrutement

Le meurtre et la mutilation, ainsi que le recrutement et l'utilisation d'enfants sont les deux violations graves les plus courantes qui ont été vérifiées. 

Selon le rapport, plus de 2.700 enfants ont été tués ou mutilés entre juillet 2018 et juin 2020, par des frappes aériennes, des restes explosifs de guerre et des bombardements terrestres aveugles de zones peuplées de civils, tandis que plus de 1.400 enfants ont été recrutés ou utilisés par au moins 25 parties au conflit. 

« La tendance émergente au recrutement transnational est particulièrement préoccupante : des enfants ont été recrutés et formés en Syrie avant d'être acheminés en Libye pour participer aux hostilités, le tout par des groupes armés », alerte la Représentante spéciale. 

Les attaques contre les écoles et les hôpitaux ont été la troisième violation la plus vérifiée, avec 236 attaques contre des écoles et 135 attaques contre des installations médicales, y compris contre des personnes protégées, ce qui a gravement affecté des systèmes de santé et d'éducation déjà fragiles.

Enfants privés de liberté

Des enfants ont continué à être privés de liberté en raison de leur association présumée ou réelle avec des parties au conflit, avec 258 cas vérifiés. 

Mme Gamba rappelle que les enfants doivent être traités avant tout comme des victimes, que la détention ne doit être utilisée qu'en dernier recours, pour la période la plus courte possible et que des alternatives à la détention doivent être recherchées conformément aux normes internationales en matière de justice pour mineurs.

Réfugiés dans le camp d'Al-Hol, dans le nord-est du gouvernorat de Hasakeh, en Syrie. (archive)
© UNICEF/Delil Souleiman
Réfugiés dans le camp d'Al-Hol, dans le nord-est du gouvernorat de Hasakeh, en Syrie. (archive)

Les camps d'al-Hol et d'al-Roj restent extrêmement préoccupants

Par ailleurs, la situation humanitaire dans les camps d'al-Hol et d'al-Roj « reste extrêmement préoccupante » pour les 65.400 personnes qui y sont détenues, la grande majorité étant des femmes et des enfants. 
Quelque 11.000 femmes et enfants étrangers, dont au moins 960 enfants non accompagnés et séparés, figurent parmi les personnes détenues dans ces camps.

« Les pays doivent faciliter et donner la priorité au rapatriement des enfants étrangers dans leur pays d'origine, conformément à l'intérêt supérieur de l'enfant », a déclaré Mme Gamba. 

« Ces garçons et ces filles doivent bénéficier d'une aide à la réintégration, à l'éducation, à l'accès à la santé et aux moyens de subsistance. Ils ont perdu une grande partie de leur enfance, et il est de notre responsabilité commune de la leur rendre afin qu'ils puissent se rétablir et s'épanouir dans un environnement sûr et protecteur où ils pourront se construire un avenir loin de la violence », a-t-elle ajouté.

Ciblage délibéré des installations d'eau 

La Syrie est restée un endroit dangereux pour les acteurs humanitaires et pour l'acheminement de l'aide vitale, avec 137 incidents de refus d'accès humanitaire vérifiés. 

Dans une tendance sans précédent pour la Syrie, 46 attaques touchant 37 installations d'eau ont été vérifiées sur une période de 6 mois en 2019, toutes sauf une dans le nord-ouest de la Syrie. Ces incidents ont affecté l'accès à l'eau potable pour plus de 700.000 personnes, a fait valoir la Représentante spéciale.

Mme Gamba a salué le travail des acteurs de la protection de l'enfance et de l'humanitaire sur le terrain, qui continuent d'opérer dans des circonstances difficiles dans un environnement à haut risque, d’autant plus que les restrictions d'accès ont posé des défis considérables pour le suivi et la vérification des violations.

 

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