Israël-Palestine : au Conseil de sécurité, l’appel à la désescalade peine à se traduire en une position commune

17 mai 2021

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu, dimanche, son premier débat ouvert sur la crise israélo-palestinienne qui a éclaté il y a près de 10 jours sans parvenir à une position commune. 

La troisième réunion fut finalement la bonne. Après s’être réunis lors de deux consultations organisées à huis clos lundi et mercredi derniers, les membres du Conseil de sécurité sont finalement arrivés à se mettre à d’accord sur la tenue dimanche d’une troisième réunion dans le cadre d’un débat ouvert sur « la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne ».

Cette première réunion publique du Conseil de sécurité sur l’escalade en cours en Israël et dans le territoire palestinien a été demandée par trois pays membres de l’organe onusien : la Chine, membre permanent qui préside le Conseil en mai ; la Norvège, un pays engagé depuis une trentaine d’année dans le processus de paix au Moyen-Orient ; et la Tunisie, seul membre de la Ligue des Etats arabes actuellement représenté au Conseil.

Ces trois pays ont accordé une haute importance à la tenue de cette première réunion publique du Conseil consacré aux derniers affrontements israélo-palestiniens, en témoigne la participation de leurs Ministres des affaires étrangères respectifs.

Pas d'action envisagée

Lors de cette réunion, les 15 membres du Conseil ont affiché leurs préoccupations concernant la situation en Israël et dans le territoire palestinien occupé, et appelé à la désescalade. Mais ils n’ont pas publié de déclaration commune, ni évoqué collectivement d’action à envisager au nom de l’organe de l’ONU chargé de la paix et de la sécurité internationales.

Israël, a demandé le Ministre des affaires étrangères palestinien, Riad Al Malki, pensait-il que ses troupes qui prennent d’assaut le plus saint des sites, la mosquée Al-Aqsa, le plus saint des mois, le Ramadan, et la nuit la plus sainte, la nuit du destin, n’auraient aucune conséquence ? « Pensait-il que les Palestiniens accepteraient de vivre dans des enclaves et d’attendre que les colons s’emparent de la maison voisine ?  S’attendait-il à ce que les Palestiniens vivent avec l’occupation, ses murs, ses blocus, ses colonies et ses prisons ? », a dit le Ministre. Où sont-ils, a encore demandé Riad Al Malki, ceux qui ont dit que la paix peut être réalisée sans les Palestiniens et à leurs dépens ?

Que feriez-vous, a demandé à son tour l’Ambassadeur d’Israël à l’ONU, Gilan Erdan, si des milliers de roquettes terroristes ciblaient vos parents et vos enfants ?  Ce n’est pas la première fois que le Hamas s’en prend aveuglément à des civils mais cette fois, a prévenu Israël, « la donne a changé ». Les dernières attaques du Hamas relèvent d’une stratégie préméditée visant non seulement à détruire Israël mis aussi à prendre le pouvoir en Cisjordanie, a dit l’Ambassadeur israélien. Dénonçant la façon avec laquelle le Hamas a réagi au report, le mois dernier, des élections palestiniennes, Israël a estimé qu’il paiera un « lourd prix » pour ses actions.

Les chefs de la diplomatie de la Jordanie et de l’Egypte - Deux Etats voisins du territoire palestinien occupé et d’Israël et engagés de longue date dans le processus de paix - sont également intervenus au Conseil. Le Ministre des affaires étrangères jordanien, Ayman Safadi, a désigné Israël comme responsable de la situation actuelle. « Les hostilités doivent cesser et « les pratiques illégitimes d’Israël doivent cesser », a-t-il insisté. Le Ministre des affaires étrangères égyptien, Sameh Shoukry, a, pour sa part, dénoncé l’expansion des colonies israéliennes, les expulsions de citoyens arabes de Jérusalem-Est et le champ de bataille qu’est devenue l’esplanade sainte de la Mosquée Al-Aqsa.

L’escalade actuelle, a rétorqué la Tunisie, est le résultat des « décisions injustes des autorités d’occupation » d’expulser des familles palestiniennes du cœur de Jérusalem-Est, de Cheik Jarrah et de Silwan, et de leur objectif de judaïser la ville de Jérusalem.

La Norvège et la France demandent que le Conseil parle d'une seule voix

« Il est désormais vital que le Conseil parle d’une seule voix pour faire face à la situation », a déclaré la Ministre des affaires étrangères norvégienne, Ine Eriksen Søreide « Face à l’urgence et à la gravité de la situation, ce Conseil doit s’unir pour lancer un appel unanime à une cessation rapide des hostilités. C’est aujourd’hui la seule priorité », a renchéri le Représentant permanent de la France, Nicolas de Rivière.

Mais, le Conseil n’a pas pu s’exprimer d’une seule voix, en raison de « l’obstruction » d’un de ses membres, a regretté le Ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi. Les États-Unis se sont défendus, en affirmant travailler sans relâche par la voie diplomatique pour tenter de mettre fin à ce conflit. « Le Président Biden s’est entretenu hier avec le Premier Ministre Benyamin Netanyahu et le Président Mahmoud Abbas », a déclaré L’Ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, avant de préciser que le Secrétaire d’État américain, Anthony Blinken s’est entretenu avec des dirigeants israéliens, palestiniens et de la région.

Le Président américain, a ajouté l’Algérie, qui s’exprimait au nom de la Ligue des États arabes, doit peser de tout son poids et lever tous les doutes sur le risque de voir Israël « obtenir tout, en échange de rien ». Au nom du Groupe des pays arabes, l’Algérie a salué les efforts du Comité ministériel du Conseil de la Ligue des États arabes et les efforts « inlassables » de l'Égypte et de la Jordanie. Elle a milité pour la convocation d’une conférence internationale afin de relancer le processus de paix, conformément à la demande du Président Mahmoud Abbas.

En attendant, le Vice-Ministre des affaires étrangères russe, Sergey Vershinin, a rappelé la proposition de son pays d’organiser une réunion ministérielle du Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) pour le Moyen-Orient, avec la participation des pays phares de la région. Il a aussi jugé urgent de surmonter la division dans les rangs palestiniens, en vue de parvenir à l’unité nationale. 

Une mise en garde est venue d’Israël : le Conseil de sécurité peut créer une « équivalence immorale » entre les actions d’une démocratie et celles d’une organisation terroriste et s’il fait ce choix, le Hamas aura gagné, au détriment de l’Autorité palestinienne, sapant toute chance d’un dialogue. « Vous pouvez opter pour un avenir de paix qui passe par la démilitarisation de la bande de Gaza plutôt que par la destruction de l’État d’Israël a dit Gilan Erdan. « À vous de choisir, le monde vous regarde ». 

Alors qu’Israël continue de proclamer que Jérusalem est la capitale unifiée d’Israël, le Ministre des affaires étrangères palestinien a demandé aux membres du Conseil s’ils avaient déjà vu une ville plus divisée ? L’alternative qu’Israël a choisie est l’apartheid, a-t-il dit. « Oui l'apartheid », a martelé Riad Al Malki pour lequel, un jour dans un proche avenir, même ce Conseil ne pourra plus nier cette réalité. « Agissez maintenant pour mettre fin à l’agression et à l’assaut contre notre peuple, nos maisons, nos terres. Agissez maintenant pour que la liberté puisse prévaloir, pas l’apartheid », a demandé le chef de la diplomatie palestinienne.

Pour le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres et son Coordinateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Tor Wennesland, la seule façon d’aller de l’avant est de relancer la mise en œuvre de la solution des deux États. Un avis qu’a partagé le Ministre des affaires étrangères égyptien. C’est la seule solution viable, a insisté Shameh Shoukry, estimant qu’il n’y a pas lieu de « réinventer la roue ». 

 

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