Myanmar : des experts indépendants de l'ONU exhortent les entreprises à prendre position contre la junte militaire

12 mai 2021

Des experts indépendants des droits de l'homme des Nations Unies ont exhorté, mercredi, les entreprises présentes au Myanmar à assumer leurs responsabilités en matière de droits humains et à faire pression sur la junte militaire pour qu'elle mette fin aux graves violations commises à l'encontre de sa propre population.

Si certaines entreprises ont réitéré leur soutien en faveur de l'État de droit et des droits de l'homme et ont coupé les liens avec la junte au lendemain du coup d'État du 1er février, beaucoup continuent de faire des affaires avec les militaires comme si de rien n'était, ont déploré Tom Andrews, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, et les membres du Groupe de travail sur les entreprises et les droits de l'homme dans un communiqué de presse conjoint.

Alors que les dirigeants militaires birmans intensifient leur campagne de répression, les entreprises doivent agir conformément aux Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme pour éviter de contribuer aux violations de ces droits ou de se rendre complices de crimes si elles continuent à opérer dans le pays, ont souligné les experts.

« Le risque de violations flagrantes des droits de l'homme a considérablement augmenté au Myanmar, a déclaré Surya Deva, Vice-président du Groupe de travail. « L'action des États et la diligence raisonnable en matière de droits de l'homme des entreprises, et des investisseurs, devraient être rapidement et proportionnellement renforcées », a-t-il ajouté.

« Les entreprises, tant individuellement que collectivement, devraient exercer le maximum de pression sur les militaires du Myanmar pour qu'ils mettent un terme à ce qui, selon la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, pourrait s'apparenter à des crimes contre l'humanité », a, pour sa part, souligné M. Andrews.

La répression continue

La crise au Myanmar, marquée par des manifestations quasi quotidiennes en faveur de la démocratie et par une répression brutale des forces de sécurité, est entrée dans son quatrième mois et aurait fait au moins 782 morts. De nombreuses autres personnes ont été blessées et plus de 3.700 personnes sont en détention, dont un grand nombre dans des situations pouvant s'apparenter à des disparitions forcées.

En outre, plus de 1.500 mandats d'arrêt ont été émis contre des militants de la société civile, des journalistes, des universitaires et d'autres personnes qui s'opposent au coup d'État, et les autorités militaires auraient placé en détention des proches de personnes recherchées pour les forcer à se rendre.

« Les revenus que les militaires tirent des entreprises nationales et étrangères renforcent considérablement leur capacité et leur aptitude à commettre ces graves violations », a déclaré le Rapporteur spécial.

Un rapport de 2019 de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Myanmar a décrit les nombreux intérêts économiques des militaires dans le pays, notamment leurs liens avec des entreprises et des conglomérats privés et étrangers.

La Mission avait notamment conclu qu'aucune entreprise ne devrait nouer de relation économique ou financière avec les forces de sécurité du Myanmar, en particulier les forces armées birmanes, officiellement connues sous le nom de Tatmadaw, ou toute entreprise détenue ou contrôlée par elles ou leurs membres individuels, jusqu'à ce qu'elles soient restructurées et transformées.

Suspendre les opérations ou envisager de se retirer

Les experts ont également réitéré l'appel du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies aux États d'origine des entreprises qui investissent au Myanmar de quelque manière que ce soit, afin qu'ils prennent les mesures appropriées pour que ces sociétés veillent à ce que leurs activités ne provoquent pas de violations des droits ou n'y contribuent pas.

« Les entreprises qui continuent à opérer au Myanmar devraient prendre toutes les mesures possibles pour protéger leurs employés, soutenir l'exercice de tous les droits de l'homme par les citoyens, y compris le droit de manifester pacifiquement, et s'exprimer pour préserver l'espace civique et l'indépendance des médias », ont-ils ajouté.

« Il peut arriver un moment où les entreprises devront suspendre leurs activités ou même envisager de quitter le pays si les risques d'implication dans des violations des droits de l'homme ne peuvent être raisonnablement gérés, tout en le faisant de manière à préserver le bien-être des travailleurs et des communautés concernées », a déclaré M. Deva.

Note : Les rapporteurs spéciaux et les groupes de travail font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les experts travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.
 

 

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