Myanmar : 782 manifestants tués et plus de 3.740 personnes détenues en trois mois (ONU)

11 mai 2021

Au moins 782 manifestants pacifiques, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ont été tués, et des milliers d’autres personnes blessées au Myanmar, a annoncé mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), qui s’est dit consterné par la violence persistante dont font preuve les forces de sécurité depuis la prise de pouvoir par l’armée, le 1er février.

La crise au Myanmar, qui est dans son quatrième mois, est rapidement devenue l’une des pires crises de protection au monde. « Plus de 100 jours après le coup d’État au Myanmar, les autorités militaires ne montrent aucun signe de relâchement dans leur répression brutale des opposants, dans le but de consolider leur emprise sur le pouvoir », a dénoncé Rupert Colville, porte-parole du HCDH, lors d’un point de presse mardi à Genève.

Dans le même temps, la détermination du mouvement de désobéissance civile et des autres acteurs de l’opposition ne faiblit pas. Et sur le terrain, des sources crédibles indiquent que les forces de sécurité, font « un usage inutile, disproportionné et meurtrier de la force » pour réprimer les manifestations depuis le 1er février.

25 personnes condamnées à mort et plus de 3.740 manifestants détenus

Alors que l’attention du monde entier s’est concentrée sur le nombre de manifestants pacifiques et de passants tués par les forces de sécurité, les autorités continuent de commettre d’autres violations flagrantes des droits humains contre la population du Myanmar. Selon les services de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, des raids quotidiens sont menés dans des résidences privées et des bureaux.

Plus de 3.740 personnes sont actuellement en détention. Les organismes des droits de l’homme ignorent où se trouvent des centaines ces personnes et ce qu’elles sont devenues. « Ces situations peuvent s’apparenter à des disparitions forcées », a ajouté M. Colville. Parmi les personnes en détention, la grande majorité n’a pas été présentée à un juge, tandis que la plupart des 86 personnes poursuivies jusqu’à présent ont été jugées « en secret, avec un accès limité ou nul à une quelconque forme d’aide juridique ».

Des tribunaux militaires et des cours martiales ont été ainsi établis dans plusieurs communes où la loi martiale a été déclarée. Au moins 25 personnes ont été condamnées à mort à ce jour - dont une vingtaine ont été jugées par contumace.

Dans ce contexte de répression, les dirigeants militaires ont émis, en avril dernier, plus de 1.500 mandats d’arrêt visant des militants de la société civile, des syndicalistes, des journalistes, ou des universitaires. Dans ces conditions, cela a poussé la grande majorité d’entre eux à la clandestinité.

Plus de 11 100 enseignants et autres membres du personnel suspendus des collèges et universités

Les autorités militaires intensifient également leurs efforts pour faire pression sur les fonctionnaires afin qu’ils reprennent le travail. Ces dernières semaines, plus de 3.000 fonctionnaires dont près de 70% de femmes ont été licenciés, renvoyés ou suspendus.

Parmi les personnes suspendues figurent 990 professeurs d’université, chercheurs et assistants qui, ces derniers jours, ont été suspendus pour ne pas s’être présentés au travail. Selon certaines informations, jusqu’à 11.000 autres fonctionnaires de l’éducation nationale ont été suspendus lundi.

« Il est clair que la communauté internationale doit s’impliquer davantage pour empêcher que la situation des droits de l’homme au Myanmar ne se détériore davantage », a alerté le HCDH. Malgré depuis la conclusion d’un plan en cinq points convenu lors de la réunion des dirigeants de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) le 24 avril dernier, les dirigeants militaires du Myanmar n’ont montré « aucun signe de respect de ce plan ».

« Nous demandons à l’ASEAN de réagir rapidement et d’intensifier ses actions afin de s’assurer que les militaires respectent ces engagements et de les tenir pour responsables s’ils ne le font pas », a conclu M. Colville.

 

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