En Inde, vivre avec la « panique » d’être touché par le « tsunami » de la Covid-19

30 avril 2021

Fonctionnaire des Nations Unies en Inde, Anshu Sharma décrit le « tsunami » de contaminations à la Covid-19 qui a frappé son pays ces derniers jours et parle de la « panique » qu'elle a ressentie lorsque sa famille immédiate a été infectée par le virus.

Plus de 300.000 nouveaux cas de Covid-19 sont enregistrés chaque jour en Inde où plus de 204.000 personnes sont décédées (chiffres de l’OMS du 29 avril) des suites de leur infection au virus, même si certains pensent que ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé. [Pour obtenir des chiffres d'infection à jour, consultez le tableau de bord Covid-19 de l'OMS]

Anshu Sharma, travaille pour le service ONU Info en Hindi. Elle raconte comment elle vit dans sa ville New Delhi à l'ombre de la pandémie.

ONU Info
Anshu Sharma du service ONU Info en langue Hindi lors d'une visite au siège des Nations Unies à New York avant la pandémie

« Lorsque la Covid-19 a commencé à se propager en Inde en mars 2020, personne n'a vraiment compris la gravité de la situation, mais aujourd'hui, plus d'un an plus tard, la pandémie a pris une tournure déplorable, nous affectant tous, notamment ma propre famille.

En tant que journaliste pour ONU Info, j'ai commencé à observer avec un certain détachement cette pandémie, en cartographiant l'impact de la Covid-19 à travers l'Asie du Sud. Mais tout a changé lorsqu'un membre de ma famille est décédé en raison d'un retard de traitement dû un un service de santé débordé et en panique. C'était une période désespérément triste et surréaliste pour ma famille alors que nous nous consolions en confinement.

À cette époque, mon cousin était bloqué au Nigéria. Nous avions essayé de le faire revenir à la maison pendant des mois. En juillet nous avons réussi et soudain, nous avons eu une lueur d'espoir dans la pénombre. Il a commencé une quarantaine dans un hôtel pendant 14 jours, conformément aux règles, mais a développé une fièvre et a été transporté d'urgence à l'hôpital. Avant que les médecins n'aient pu diagnostiquer son état, il est décédé en raison d'une défaillance de plusieurs organes. Nous avons appris plus tard qu'il était mort du paludisme. Bien qu'indirectement, une fois de plus, le coronavirus avait arraché un autre membre de ma famille. Mais ce n’était que le début de temps vraiment difficiles à vivre.

Quelques mois plus tard, en septembre, je suis allé rendre visite à ma mère âgée et à mon frère dans une autre ville et malgré toutes les précautions possibles, mes pires craintes se sont réalisées. Nous avons tous été testés positifs à la Covid-19 et avons passé deux semaines à lutter contre cette terrible infection. Craignant le pire pendant cette période, je me réveillais la nuit pour voir tout le monde. Chaque jour ressemblait à une lutte et je ressentais une anxiété sans fin. Le seul soulagement a été que nous nous sommes rétablis en quarantaine à domicile et qu'aucun de nous n'a dû être hospitalisé.

La Covid-19 a fait des ravages sur ma santé mentale, plus que physique

Je peux maintenant dire qu'en raison des incertitudes, la Covid-19 a fait des ravages sur ma santé mentale, plus que physique. C'est un jeu d'esprit vicieux ! Cette période a complètement changé ma perspective et maintenant je comprends la vraie valeur de la vie. Il est important de vivre pleinement sa vie et de passer du temps avec ses proches.

Vers la fin de l’année 2020, les cas de Covid-19 ont commencé à diminuer et il semblait que l'Inde avait vaincu la pandémie. Et tandis que le monde félicitait l’Inde pour sa victoire sur le virus, le pays se préparait à lancer la plus grande campagne de vaccination au monde. Il semblait que la fin de la pandémie était en vue et que la vie revenait à la normale. Les marchés et les centres commerciaux bourdonnaient d'activité. Des précautions étaient encore observées à grande échelle, mais les gens commençaient à devenir imprudents. C'était l'accalmie avant la tempête !

OMS Inde
En janvier 2021, l'Inde a lancé un immensese programme de vaccination contre la Covid-19

Deuxième vague

Et puis vint la deuxième vague de Covid-19, qui a pris tout le monde par surprise. Le nombre d'infections a commencé à augmenter, passant de quelques milliers par jour à plus de 300.000. Le tsunami de la Covid-19 balayait le pays. Et puis trois autres membres de ma famille immédiate ont attrapé le virus, et mon cœur sombra.

J'ai traversé différentes phases d'émotions. Au début, j'étais en colère contre moi-même pour n’avoir pas été assez prudente au vent ces dernières semaines et avoir baissé ma garde. J'ai vécu une extrême impuissance face au virus et j'étais impatiente de savoir si les anticorps de ma précédente infection me protégeraient d'une réinfection.

Mes mains et mon cœur sont fatigués d'écrire des messages de condoléances

Aujourd'hui, de nombreux États et villes en Inde sont sous couvre-feu et les agents de santé travaillent jour et nuit pour contenir la propagation du virus tandis que les médias grand public et sociaux sont dominés par des histoires tragiques sur la Covid-19. Mes mains et mon cœur sont fatigués d'écrire des messages de condoléances.

Le système de santé est débordé. Les appels désespérés pour les médicaments, les lits de soins intensifs dans les hôpitaux, les bouteilles d'oxygène et les injections sont partout sur les réseaux sociaux. Cette pandémie a mis à genoux ce pays de 1,3 milliard d'habitants.

Sandeep Datta
Le premier confinement en Inde a eu lieu en mars 2020

Histoires de compassion

Ma lutte personnelle contre la Covid-19 semble dénuée de sens par rapport à ce que vivent mes compatriotes, mais il y a quelques points positifs. Au départ, les patients atteints par le virus ont été traités comme des intouchables et la société les a évités. Mais maintenant, les gens s'entraident. Les voisins se soutiennent, les commerçants livrent des marchandises à ceux qui en ont besoin, les lieux de culte sont convertis en centres d'isolement pour faire face à la pénurie de lits d'hôpitaux et les salles communautaires locales collectent de l'argent et installent des concentrateurs d'oxygène.

Il y a un sentiment de solidarité et j'ai entendu beaucoup d'histoires de compassion impliquant des amis, des voisins et des étrangers. La première vague a séparé les êtres chers, et bien que la seconde ait rassemblé les gens, il n'y a pas un seul foyer en Inde où la Covid-19 n'a pas jeté son ombre oppressante et inquiétante. En tant qu'individus et en tant que pays, nous recherchons toujours cette lumière au bout du tunnel ».

 

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