Syrie : l’envoyé de l’ONU juge essentiel un cessez-le-feu au niveau national

28 avril 2021

Malgré un calme relatif depuis plus d’un an en Syrie, la situation peut rapidement se détériorer, ce qui justifie la nécessité d’un cessez-le-feu au niveau national, a déclaré mercredi l’Envoyé spécial de l’ONU pour ce pays, Geir O. Pedersen.

« Je veux aujourd'hui lancer un avertissement à tous - un avertissement pour donner la priorité à la recherche proactive d'un règlement du conflit syrien. Malgré plus d'un an de calme relatif par rapport aux normes syriennes, ce mois-ci nous a rappelé que la situation risquait de se désintégrer ou de se détériorer rapidement », a dit M. Pedersen lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

Il a noté que dans le nord-ouest de la Syrie, il y a eu une escalade significative de la violence, avec des frappes contre un hôpital soutenu et notifié par l'ONU dans l'ouest d'Alep, à proximité de camps de personnes déplacées densément peuplés, et à la frontière syro-turque où des livraisons humanitaires transfrontalières de l'ONU ont lieu, ainsi que des bombardements sur des zones résidentielles de l'ouest d'Alep.

L’envoyé de l’ONU a également noté que le 22 avril, des frappes aériennes à l'intérieur de la Syrie ont été attribuées par le gouvernement syrien à Israël pour la deuxième fois en un mois. Le gouvernement syrien a ensuite activé son système de défense aérienne et Israël a affirmé qu'un missile émanant de Syrie avait alors frappé le territoire israélien. Israël a déclaré avoir ensuite mené de nouvelles frappes à l'intérieur du territoire syrien.

De son côté, le groupe terroriste Daech (appelé aussi EIIL) a continué d'augmenter l'ampleur et la portée de ses attaques dans le centre et le nord-est de la Syrie. Et le sud-ouest de la Syrie « reste perpétuellement instable, avec des enlèvements, des meurtres, des détentions, une criminalité généralisée et des mouvements de troupes », a dit M. Pedersen.

Selon lui, « il est trop facile de devenir immunisé contre ce type de développements - et contre les dangers qu’ils pourraient engendrer ». « Un cessez-le-feu à l'échelle nationale conformément à la résolution 2254 est essentiel - tout comme une approche coopérative pour éradiquer les groupes terroristes inscrits sur la liste », a-t-il ajouté.

Misère économique

L’envoyé de l’ONU s’est dit inquiet « de la misère économique à laquelle est confronté le peuple syrien ».

Alors que la livre syrienne a retrouvé une certaine valeur ce mois-ci, dans un contexte de mesures prises par le gouvernement syrien, les prix des denrées alimentaires restent à des sommets historiques et l'inflation n'a pas diminué. 12,4 millions de personnes sont maintenant en situation d'insécurité alimentaire - une augmentation de 4,5 millions rien que l'année dernière. Les pénuries de carburant restent également une préoccupation majeure.

Pour mettre fin au conflit, Geir Pedersen juge nécessaire « une diplomatie internationale plus constructive et globale sur la Syrie pour essayer de débloquer des progrès étape par étape ».

Selon lui, « les principaux acteurs pourraient identifier, avec réalisme et précision, les mesures mutuelles et réciproques qu'ils peuvent prendre et ce qu'ils rechercheraient, afin de promouvoir les progrès sur la résolution 2254 » du Conseil de sécurité. « Avec un calme relatif, quoique fragile, sur le terrain, et de nombreuses capitales comprenant la nécessité de trouver une voie pour avancer, nous devons explorer ce qui est possible. Nous ne devons pas perdre plus de temps à explorer sérieusement cette question », a-t-il dit.

Il a pris note qu'une élection présidentielle en Syrie est prévue le 26 mai, dans le cadre de la Constitution actuelle. Il a souligné que cette élection ne fait pas partie du processus politique établi par la résolution 2254. « L'ONU n'est pas impliquée dans cette élection et n'a aucun mandat. L'ONU continue de souligner l'importance d'une solution politique négociée au conflit en Syrie. À cet égard, la résolution 2254 donne mandat à l'ONU de faciliter un processus politique qui aboutit à la tenue d'élections libres et équitables conformément à une nouvelle Constitution », a-t-il dit.

Accélération de la pandémie de Covid-19

De son côté, le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a expliqué aux membres du Conseil qu’il y avait un degré élevé d'incertitude sur l'ampleur exacte de la pandémie de Covid-19 en Syrie.

« D'après les informations disponibles, il est assez clair que la propagation du virus est, encore une fois, rapide mais aussi en accélération. Le nombre de nouveaux cas enregistrés par le ministère de la Santé en mars était le double du nombre enregistré en février », a-t-il précisé.

« Aux Nations Unies, nous faisons ce que nous pouvons pour apporter un soutien, notamment en renforçant la capacité de surveillance, en fournissant des équipements de protection individuelle et en dispensant une formation au personnel médical, ainsi qu'en soutenant le déploiement de campagnes de vaccination », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, les premières livraisons de vaccins dans le cadre du mécanisme de solidarité mondiale COVAX sont arrivées en Syrie, et des livraisons supplémentaires sont attendues tout au long de l'année.

S’agissant de la crise économique, le chef de l’humanitaire de l’ONU a noté que dans l'ensemble, les prix des denrées alimentaires restaient à des niveaux historiquement élevés. « A travers le pays, nos évaluations de la sécurité alimentaire montrent toujours que la situation empire », a-t-il dit. La plupart des ménages syriens - plus de la moitié d'entre eux - déclarent ne pas avoir une nourriture suffisante ou suffisamment nutritive. C’est une augmentation de plus de 70% par rapport à l’année dernière.

Mark Lowcock a également noté que les pénuries de carburant affectent de plus en plus les opérations humanitaires.

Quant à l’accès humanitaire, il a rappelé que dans le nord-ouest de la Syrie, des millions de personnes vivent près de la frontière « dans une zone de guerre active, dépendant de l'aide acheminée de l'autre côté de la frontière turque ».

« Nos données montrent que la situation de ces personnes est pire aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a neuf mois », a-t-il expliqué.

« Chaque mois, l'opération transfrontalière touche quelque 2,4 millions de personnes qui en dépendent pour la nourriture, les médicaments, les abris et d'autres fournitures vitales. Le fait de ne pas prolonger l'autorisation transfrontalière couperait cette bouée de sauvetage », a-t-il prévenu.

 

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