Il faut protéger les infrastructures civiles lors des conflits, plaide le chef de l’humanitaire de l'ONU devant le Conseil de sécurité

27 avril 2021

Veiller à ce que les belligérants respectent le droit international humanitaire est la première étape vers la protection des civils et des infrastructures essentielles pendant les conflits, a déclaré mardi le chef de l’humanitaire de l’ONU devant le Conseil de sécurité.

Les ambassadeurs des quinze pays membres du Conseil ont examiné lors d’une réunion virtuelle comment les attaques contre des infrastructures tels que les hôpitaux et les réseaux d'eau affectent les gens en temps de guerre, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19 et de l'urgence climatique.

« Le monde dispose d’un cadre juridique solide régissant le comportement des belligérants. Nous avons de plus en plus de bonnes pratiques pour le mettre en œuvre. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est de la volonté politique des États membres et de toutes les parties à un conflit armé de respecter les règles et de faire ce qu'il faut », a déclaré le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock.

Il a dit craindre que l'émergence de groupes terroristes transnationaux ne mettent en échec des décennies de progrès durement acquis en matière de protection des civils. Ces groupes « ne prétendent même pas adhérer aux normes humanitaires de base », a-t-il dit, car ils considèrent les civils, y compris les travailleurs humanitaires, comme des cibles légitimes.

« Dans le même temps, les grandes puissances militaires réorientent leur planification, leur entraînement et leurs dépenses militaires pour dissuader et vaincre les États ennemis », a-t-il ajouté. « Et lorsque les États et les groupes armés ne respectent pas ou portent atteinte au droit international humanitaire, d'autres États et acteurs non étatiques considèrent cela comme une invitation à faire de même ».

Le chef de l’humanitaire de l'ONU a donné des exemples de la manière dont ces tendances sont apparues dans des domaines critiques tels que la nourriture, l'eau et les soins médicaux. Il a trouvé que les attaques systématiques contre les établissements médicaux en Syrie étaient « particulièrement difficiles à digérer ».

Entre 2018 et 2020, quelque 250 attaques ont eu lieu, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), tandis qu'environ 1.000 agents de santé ont été tués au cours de la dernière décennie.

Le viol et la violence sexuelle comme armes de guerre

L’utilisation « horrible » du viol et de la violence sexuelle comme moyen de poursuivre des objectifs politiques et militaires est un autre domaine d’action critique. M. Lowcock se souvient avoir entendu les histoires déchirantes de femmes réfugiées rohingya chassées du Myanmar qui avaient été violées par des hommes en uniforme.

« C'est aussi ce que nous avons vu au cours des six derniers mois dans le nord de l'Éthiopie. Les viols ne se sont pas arrêtés là-bas. Ils sont délibérément et systématiquement organisés, ciblés, fondés sur une base ethnique, et ils sont destinés à terroriser, humilier et brutaliser », a-t-il dit.

Améliorer le respect du droit international humanitaire n'est qu'un moyen de renforcer la protection des civils et les infrastructures essentielles à leur survie. L'amélioration de l'identification des sites et leur inclusion dans des listes mises à jour « à ne pas viser » n'en sont qu'un exemple.

« Dans le même temps, nous devons continuer à tirer parti du dialogue politique, des sanctions et des décisions de transfert d'armes pour garantir le respect de la loi et la protection des civils et des objets dont ils dépendent pour survivre », a ajouté M. Lowcock.

Éviter l'utilisation d'armes explosives dans les zones peuplées est une deuxième étape, et sur laquelle le Secrétaire général de l'ONU insiste fréquemment, a-t-il poursuivi. Le chef de l’humanitaire a cité des exemples de « bonnes pratiques » en Afghanistan et en Somalie, où l’utilisation par les forces multinationales de certaines armes aériennes a été limitée.

Dans un troisième point, il a souligné l'importance de la reddition des comptes car sans elle, les choses ne feront qu'empirer. « Assurer la reddition des comptes pour les violations graves du droit international humanitaire est l'un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés pour renforcer la protection des civils », a-t-il dit. « Il est particulièrement important de garantir la reddition des comptes pour les violations graves lorsque ces violations sont elles-mêmes une tactique et un choix délibéré fait par les auteurs ».

Appel au Conseil de sécurité à faire preuve de leadership

De son côté, le Président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, a demandé que « le Conseil fasse preuve de leadership, afin que les souffrances des femmes, des hommes et des enfants qui ont déjà vécu les horreurs des guerres ne s’aggravent pas ».

Comme M. Lowcock, il a souligné la nécessité d'un plus grand respect du droit international humanitaire et de l'adoption d'une politique permettant d'éviter l'utilisation d'armes explosives lourdes dans les zones peuplées.

M. Maurer a souligné que les soins de santé et les « services interconnectés », tels que l'eau, l'assainissement et l'électricité, doivent également être protégés pour se prémunir contre les risques pour la santé publique.

« Nous voyons fréquemment des maladies infectieuses, telles que les épidémies de choléra, envahir les communautés où les infrastructures d'eau et d'assainissement ont été détruites pendant les combats », a-t-il déclaré.

Le Président du CICR a également appelé à une meilleure compréhension de la manière dont les conflits menacent l'environnement naturel. « Les dommages aux infrastructures critiques posent un large éventail de menaces pour l'environnement, qui à leur tour peuvent avoir des effets dévastateurs sur la santé environnementale », a-t-il déclaré. « Les risques climatiques amplifient désormais ce préjudice pour les communautés vulnérables ».

Résolution adoptée par le Conseil de sécurité

Dans une résolution adoptée mardi à l’unanimité, le Conseil de sécurité exige de toutes les parties à des conflits armés qu’elles fassent « la distinction entre, d’une part, les populations civiles, les biens civils ainsi que toutes les autres personnes et tous les autres biens bénéficiant d’une protection et, d’autre part, les combattants et les objectifs militaires ». Il exige d’elles également qu’elles interdisent « les attaques sans discrimination et disproportionnées » et prennent « toutes les précautions possibles dans la planification, la décision et la conduite d’attaques pour éviter ou, en tout état de cause, réduire au minimum les dommages infligés aux civils et aux biens de caractère civil ».

Le Conseil de sécurité exige également de toutes les parties à des conflits armés qu’elles veillent « à épargner la population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil, s’abstenir d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, et respecter et protéger le personnel humanitaire et les articles destinés aux opérations de secours humanitaire ».

Dans leur résolution, les membres du Conseil condamnent fermement « l’utilisation de la famine comme méthode de guerre ». Ils condamnent aussi « les refus illicites d’accès humanitaire et le fait de priver les civils des biens indispensables à leur survie dans des situations de conflit armé ».

Le Conseil de sécurité demande instamment à toutes les parties à un conflit armé « de protéger les infrastructures civiles qui sont cruciales à l’acheminement de l’aide humanitaire, notamment en vue de la prestation de services essentiels concernant les vaccinations et les soins médicaux connexes et d’autres services essentiels à la population civile en période de conflit armé et d’assurer le bon fonctionnement des systèmes et des marchés alimentaires dans des situations de conflit armé ».

 

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