António Guterres : les mines brisent des vies et mettent fin aux moyens de subsistance

8 avril 2021

La « simple présence » de mines terrestres, de restes explosifs de guerre et d'engins explosifs improvisés (EEI) peut « freiner le développement et briser la stabilité », a déclaré le chef de l'ONU devant le Conseil de sécurité jeudi.

« Elles sont laissées sur le chemin des femmes qui se rendent à pied au travail, d'une famille déplacée par le conflit et cherchant à se mettre à l'abri, des enfants sur le chemin de l'école. Elles brisent des vies et mettent fin aux moyens de subsistance », a déclaré António Guterres lors d'un débat ministériel sur l'action contre les mines.

Le Secrétaire général a souligné certains des progrès réalisés en matière de déminage, indiquant qu'entre 2018 et 2020, le financement de l'ONU a permis de sécuriser plus de 560 kilomètres carrés de terres, notamment en Afghanistan, en Iraq, au Cambodge et en Colombie, notant que les terres libérées qui représentent « 10 fois la superficie de Manhattan », pourraient désormais être utilisées « pour les infrastructures, l'agriculture, les marchés, les écoles et les routes ».

Après avoir noté que malgré des progrès, les défis se sont intensifiés, António Guterres a fait valoir que les conflits se sont urbanisés et que les groupes armés prolifèrent. De même, l'utilisation d'engins explosifs improvisés augmente. Autant d’éléments qui, selon lui, compliquent les efforts pour répondre à la menace, qui a été exacerbée par les obstacles dus à la pandémie de Covid-19.

Photo MINUSMA/Marco Dormino
Le Service d'action antimines de l'ONU (UNMAS), en collaboration avec les soldats de la paix sénégalais, effectue une recherche visuelle sur le site d'un futur camp militaire de l'ONU à Gao, au Mali.

Une menace pour les missions de l'ONU

Le Secrétaire général a souligné trois domaines d'attention, à commencer par la menace constante des engins explosifs, qui mettent en danger ceux qui « servent dans nos missions et ceux protégés par elles ».

Il a exhorté les ambassadeurs à veiller à ce que toutes les opérations de paix soient en mesure d'opérer dans des environnements confrontés à des menaces explosives élevées, et à ce que les soldats de la paix disposent des connaissances et des équipements nécessaires pour remplir leur mandat en toute sécurité.

« La nature évolutive des engins explosifs [...] exige que nous mettions constamment à jour notre connaissance de la situation et que nous adaptions notre formation avant le déploiement et en cours de mission », a déclaré M. Guterres, qui a également appelé les pays contributeurs de troupes et de police à « investir dans la formation et le maintien de l'expertise nécessaire dans leurs services de sécurité ».   

Ensuite, le chef de l'ONU a souligné que l'action contre les mines fait progresser et soutient les solutions durables aux conflits, la qualifiant de « première étape essentielle vers la paix et la stabilité ».

Il a expliqué que les démineurs sont souvent les premiers à pénétrer dans les villages après les cessez-le-feu, à nettoyer les écoles et les hôpitaux, à permettre des réparations critiques des infrastructures, à permettre aux personnes déplacées de rentrer chez elles en toute sécurité et à soutenir les « processus politiques et de paix », et a exhorté le Conseil à « intégrer davantage l'action contre les mines dans les résolutions, les rapports et les régimes de sanctions pertinents ».

Troisièmement, il a appelé les États membres eux-mêmes à « renforcer la volonté politique et la coopération ».

« L'action contre les mines signifie travailler sur la prévention, pour mettre fin à la menace à sa source... [et] s'occuper des droits et des besoins des survivants qui ont été mutilés par ces horribles engins de guerre », a-t-il déclaré.

En conclusion, le Secrétaire général a déclaré que si les engins explosifs « représentent le pire de l'humanité», les efforts pour les éradiquer « reflètent l'humanité dans ce qu'elle a de meilleur », et a demandé au Conseil de « s'engager à intensifier nos paroles pour débarrasser le monde de ces menaces inhumaines ».

Photo UNMAS
Une équipe du Service de la lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) à Mossoul (archives).

Un danger bien présent

Michelle Yeoh, Ambassadrice de bonne volonté du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a déclaré au Conseil que l'action contre les mines n'est pas un sujet du passé mais présente « un danger clair et actuel ».

« Il y a moins d'un mois, l'explosion d'un dépôt de munitions en Guinée équatoriale a fait près de 100 morts, 600 blessés et des milliers de sans-abri », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'en 2020, les armes explosives étaient responsables de 19.000 morts et blessés, les civils représentant 59% des victimes.

Envisageant la question « au-delà du mètre carré », Mme Yeoh a relié l'action antimines aux Objectifs de développement durable (ODD), soulignant que l'impact du PNUD sur le développement à long terme de l'action antimines comprend la création d'emplois, le tourisme et l'utilisation des terres libérées à des fins agricoles.

L'héritage de la guerre

Les femmes démineuses et éducatrices aux risques ont défié les stéréotypes pour assurer la sécurité de leurs communautés, a déclaré Nguyen Thi Dieu Linh, Directrice de Programme provincial et responsable de l'équipe de déminage exclusivement féminine de RENEW au Viet Nam, ajoutant que le déminage n'est plus considéré comme un « travail d'hommes ».

Ayant dirigé son équipe de déminage et de décontamination, elle a évoqué le grand nombre d'engins explosifs improvisés laissés par la guerre et a souligné la nécessité de développer une capacité nationale de déminage ainsi que des compétences en matière d'action contre les mines.

Photo ONU/Mark Garten
L'acteur Daniel Craig, Représentant mondial des Nations Unies pour l'élimination des mines et des risques explosifs.

De son côté, l'Avocat mondial des Nations Unies pour l'élimination des mines et des explosifs, l’acteur Daniel Craig, a déclaré que l'élimination des engins explosifs improvisés « améliore la stabilité aux niveaux local, national et régional ».

« Les gens doivent pouvoir vivre sans craindre que leur prochain pas soit le dernier », a-t-il ajouté.

 

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