La Libye a violé les droits d’une défenseure des droits humains, selon un comité de l’ONU

7 avril 2021

La Libye a violé les droits humains d’une défenseure des droits des femmes en omettant d’enquêter sur son arrestation illégale et la torture qu’elle a subi entre les mains d’une milice affiliée au gouvernement, a affirmé, mercredi, le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW).

Tripoli a également omis de poursuivre les auteurs de ces violations, a déclaré le CEDAW dans la décision qu’il a rendue après avoir examiné la plainte de la victime concernée.

La militante libyenne des droits humains, Magdulein Abaida, a fui son pays en 2012 après avoir été harcelée, torturée et contrainte de fermer son organisation de défense des droits des femmes, Hakki qui signie « Mon droit ».

Le 9 août 2012, alors qu'elle participait à un atelier sur les droits des femmes dans la ville de Benghazi, Mme Abaida a été contrainte de quitter la réunion par plusieurs hommes armés. Plus tard dans la journée, elle a été arrêtée à sa chambre d'hôtel par la Brigade des Martyrs du 17 février, une milice islamiste.

Au cours des cinq jours qui ont suivi, l'activiste âgée de 25 ans a été détenue dans différents locaux gérés par le gouvernement et par la milice qui recevait à l'époque de l'argent du ministère de la défense libyen pour exercer des fonctions de maintien de l'ordre dans le sud et l'est de la Libye.

Pendant sa détention, Mm. Abaida a été victime de harcèlement, d'insultes et de coups physiques. Un membre de la milice l'a frappée avec son arme et a menacé de la tuer. Elle a été interrogée sur ses liens présumés avec Israël sur la base de son travail de traduction pour un journaliste israélien qui réalisait un documentaire sur les droits des femmes en Libye. Elle a également été déférée devant le vice-ministre de l'Intérieur qui s'est plaint auprès d'elle du « bruit » qu'elle avait créé dans les médias. 

Libérée le 14 août, elle a été renvoyée à Tripoli, la capitale du pays. Mais face aux messages de haine et aux menaces de mort qu’elle a reçues, elle a été contrainte de cesser le travail de son ONG de promotion des droits des femmes.

Craignant d'être tuée si elle était de nouveau détenue, Mme Abaida a fui au Royaume-Uni en septembre 2012, où elle a obtenu l'asile. Elle a déposé sa plainte auprès du CEDAW en 2017.

Le CEDAW regrette que la Libye n'ait pas répondu à ses demandes

La décision rendue par le CEDAW concernant le cas de Mme Abaida est la première que le Comité a adoptée en réponse à une plainte individuelle déposée contre un pays de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Il s’agit par ailleurs du premier cas dans lequel le CEDAW constate une violation des droits d’une défenseure des droits humains.

« Magdulein Abaida a été arbitrairement arrêtée et torturée. Elle a été prise pour cible et menacée en raison de son militantisme en faveur des droits des femmes. Mais le gouvernement libyen n'a pas enquêté, poursuivi, puni et fourni des réparations pour la torture et le harcèlement qui lui ont été infligés », a déclaré Nahla Haidar, membre du Comité.

« Nous avons invité la Libye à répondre à la plainte à quatre reprises entre 2018 et 2020, et nous regrettons que l'État partie n'ait pas répondu à nos demandes », a ajouté Mme Haidar.

Dans ses conclusions, le CEDAW rappelle que la violence sexiste à l'égard des femmes comprend des actions directes prises par ou au nom des États parties, ainsi que l'incapacité d'un gouvernement à prévenir, enquêter et punir les actes de violence à l'égard des femmes.

Le Comité a demandé à la Libye de garantir l'obligation de rendre des comptes et d'accorder des réparations à Mme Abaida. Il a également émis des recommandations générales de grande envergure à la Libye pour lutter contre la violence sexiste à l'égard des femmes commise par des agents publics et des acteurs non étatiques.

 

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