5 avril 2021

Grâce à la bravoure et au travail acharné de démineurs tels que Fezeh Rezaye, la province afghane de Bamyan a été déclarée exempte de mines. À l'occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux mines, elle nous raconte son histoire.

Plus de trois décennies de conflit armé en Afghanistan ont laissé un triste héritage :  les mines et autres restes explosifs de guerre contaminent le pays. Depuis 1989, le Programme d'action contre les mines en Afghanistan (MAPA) s'efforce de déminer ce matériel dangereux.

Toutefois, le conflit se poursuivant, quelque 120 victimes civiles liées aux mines sont enregistrées chaque mois et il est peu probable que l'objectif de déclarer le pays exempt de mines soit atteint.

Après des années de travaux de déminage qui ont permis de retirer des engins explosifs des quelque 27 millions de mètres carrés de terres contaminées et bien que des restes explosifs de guerre subsistent sur certains champs de tir, Bamyan a été déclarée exempte de mines depuis 2019. Cela en fait la première province exempte de mines en Afghanistan.

Fezeh Rezaye, 26 ans et mère de deux enfants, fait partie d'une équipe féminine de déminage composée de 19 femmes à qui le Arms Control Person International Award a été décerné en 2019.

Elle explique qu'un incident tragique l'a amenée à mettre de côté son ambition de devenir enseignante pour se lancer dans le travail dangereux de déminage.

ONU Afghanistan/Ahmad Ali Fakhri

 

« J'avais connu plusieurs personnes de mon village qui ont été blessées ou tuées par des mines à Bamyan. Même notre propriétaire a perdu sa jambe dans un accident dû à une mine. Mais c'est la mort de sept enfants, tous issus de la même famille dans notre village, qui m'a vraiment affecté. Ils étaient ensemble dans les montagnes quand ils ont tous été tués par l'explosion d'une mine. J'ai pensé à mes propres enfants, au fait que cela aurait pu leur arriver.

Pour le bien de mes enfants

À l'époque, j'enseignais l'alphabétisation aux femmes rurales dans la campagne de Bamyan.  Ni mes amis et ni ma famille, y compris mes enfants, n'étaient d'accord avec ma décision de devenir démineuse. Je leur disais que, pour mon avenir et celui de mes enfants, je voulais que Bamyan soit libérée des mines, afin que chacun puisse étudier et profiter de la vie.

La plupart des familles ont encore peur de ce travail. Les parents considèrent ce travail comme dangereux et risqué. Ils ne veulent pas risquer la vie de leur fille. Certains districts de Bamyan ont également des restrictions culturelles plus importantes et ils n'apprécient pas que les femmes travaillent pour de l'argent.

Mais, en général, la société bamyenne est plus ouverte que d'autres régions du pays : c'est une province pauvre, avec un taux de chômage élevé et le déminage est l'une des rares possibilités pour les femmes de gagner de l'argent.

MANUA/Eric Kanalstein
Une femme traverse un champ dans la province de Bamyan, en Afghanistan, qui a été déclarée exempte de mines.

Un avenir incertain

Pour l'instant, nous avons du travail à Bamyan, car il y a encore des engins explosifs sur certains champs de tir. Je m'inquiète pour ma sécurité de l'emploi car, une fois ces engins déminés, je ne pourrai peut-être pas travailler dans d'autres provinces, dont beaucoup sont dominées par les Talibans. 

Mon ambition est d'acquérir davantage de compétences techniques grâce à des formations spécialisées dans la lutte contre les mines, ainsi que d'améliorer mes compétences linguistiques, notamment mon anglais. J'aimerais également obtenir une maîtrise en sociologie ou en archéologie. Si les femmes démineurs se voyaient confier des emplois de bureau dans le secteur de l'action contre les mines, cela renforcerait leur sécurité de l'emploi.

Remporter le prix du contrôle des armes a fait une grande différence pour moi et pour l'équipe. Après notre victoire, nous avons été reconnues par la société afghane et sommes devenues des idoles pour de nombreuses femmes. Nous étions la première équipe féminine de déminage en Afghanistan et nous avons prouvé que les femmes peuvent travailler aussi dur que les hommes : que nous sommes leurs égales.

 

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