Libye : l’envoyé de l’ONU se félicite des progrès mais prévient des écueils sur le chemin de la paix

24 mars 2021

L’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Libye, Jan Kubis, s’est félicité mercredi des progrès réalisés par les Libyens ces derniers mois mais a prévenu que des écueils restaient sur la voie menant à un retour à la paix.

« Depuis que j'ai pris mes responsabilités au début du mois de février, une succession de réalisations des parties prenantes libyennes a montré que des divisions autrefois apparemment insurmontables peuvent être surmontées avec une volonté politique déterminée et une réceptivité aux demandes et aux aspirations du peuple libyen », a noté M. Kubis lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation en Libye.

« Alors que nous réfléchissons à la meilleure manière d’aider la nouvelle autorité exécutive intérimaire à faire progresser ses priorités, nous devons garder à l’esprit les écueils qui nous attendent, en particulier ceux qui visent à retarder ou à entraver la voie vers les élections de décembre », a-t-il ajouté.

Au cours des deux derniers mois, la présence des Nations Unies en Libye a doublé. Au 16 mars, il y avait 112 membres du personnel international des Nations Unies à Tripoli et Benghazi, à la fois à la Mission des Nations Unies (MANUL) et dans les fonds et programmes des agences.

Selon l’envoyé onusien, la présence de l'ONU sur le terrain sera essentielle pour soutenir les priorités du Gouvernement d’unité nationale. « Pour être en mesure de mettre en œuvre ses objectifs et tâches actuellement prescrits, la MANUL aura besoin de ressources adéquates et de capacités de recrutement pour de nombreux postes vacants, y compris dans la sécurité », a-t-il souligné.

Cérémonie de passation des pouvoirs à Tripoli

A la suite de la sélection, le 5 février, par le Forum de dialogue politique libyen de la nouvelle autorité exécutive intérimaire pour gouverner la Libye pour la période précédant les élections nationales prévues le 24 décembre 2021, la Chambre des représentants a approuvé le 10 mars à une écrasante majorité le gouvernement d’unité nationale proposé par le Premier ministre Abdelhamid AlDabaiba.

Le nouveau cabinet, avec 35 membres, reflète les différentes régions et circonscriptions libyennes. Alors que la représentation des femmes n’est que de 15%, le Premier ministre Dabaiba s’est engagé à nommer davantage de femmes à d’autres postes de direction, afin d’atteindre l’engagement de 30% de participation des femmes défini dans la feuille de route du Forum de dialogue politique libyen.

La Chambre des représentants s'est de nouveau réunie à Tobrouk le 15 mars pour la cérémonie de prestation de serment solennelle du nouveau gouvernement. Le lendemain, le Conseil de Présidence sortant du Gouvernement d’accord national du Président Sarraj a achevé le transfert de pouvoirs au nouveau Conseil de Présidence et au Gouvernement d’unité nationale lors d’une cérémonie de passation des pouvoirs à Tripoli.

« Cette manifestation de la volonté politique émergente d'unification après des années de luttes et de conflits internes est d'abord et avant tout le résultat du dialogue libyen et des décisions libyennes », a estimé l’envoyé de l’ONU.

Selon lui, ces développements représentent une tendance et une dynamique qui ne doivent pas être perdues. « Pour aller de l'avant, nous devons tous aider et encourager la nouvelle autorité exécutive, la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’Etat à poursuivre un processus politique inclusif », a-t-il dit.

D’après Jan Kubis, il y a un large et fort soutien dans le pays pour la tenue d'élections inclusives le 24 décembre. Pour que le scrutin ait lieu, il est « essentiel d'avoir un cadre juridique et constitutionnel confirmé et clair pour les élections présidentielle et parlementaires », a-t-il dit.

À cette fin, le Comité constitutionnel créé par la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État est parvenu, le 12 février, à un accord sur une proposition de base constitutionnelle pour les élections.

« L'accord a été adopté par le Haut Conseil de l'État mais n'a pas encore été examiné par la Chambre des représentants - une tâche urgente. De plus, il est impératif de commencer à travailler sans plus tarder sur les lois électorales », a dit l’envoyé de l’ONU.

Violations des droits humains

Par ailleurs, il a noté qu’alors que le cessez-le-feu a entraîné une réduction spectaculaire du nombre de victimes civiles, la MANUL continue de documenter des meurtres, des disparitions forcées, des violences sexuelles, y compris des viols, des arrestations et détentions arbitraires, des attaques contre des militants et des défenseurs des droits de l'homme et des crimes de haine. « La liberté d'expression est minée. Divers groupes armés continuent d'opérer sans entrave, les violations des droits humains se poursuivent dans une impunité presque totale », a-t-il dit.

Il a également prévenu que les besoins humanitaires en Libye ne devaient pas être négligés et a jugé nécessaire de renforcer l'espace civique. On estime que 38.000 personnes déplacées sont rentrées chez elles depuis la fin du mois de janvier, mais les retours restent limités en raison du manque de services de base et de la présence de risques d'explosion, en particulier dans le sud de Tripoli.

 

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