En Afghanistan, la violence doit laisser place à un processus de paix véritablement inclusif (ONU)

23 mars 2021

L’envoyée de l’ONU en Afghanistan a appelé à la fin de la violence dans le pays ainsi qu’à la poursuite d’un processus de paix inclusif reflétant l’ensemble de la population.

Six mois se sont écoulés depuis le début des pourparlers entre le gouvernement afghan et les Talibans à Doha, au Qatar, mais la violence perdure en Afghanistan. Plus de 80 personnes ont été tuées rien que depuis le début de cette année sur fond de crise humanitaire, 40% de la population afghane ayant besoin d’une aide d’urgence.

« Les meurtres, déplacements et souffrances du peuple afghan doivent cesser maintenant », a déclaré, mardi, la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afghanistan, Deborah Lyons, lors d’un exposé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Ces négociations continuent aujourd’hui mais piétinent en raison d’un « manque de résultats réels ». Mme Lyons, qui était à Doha au début du mois, s’est toutefois dit encouragée par les « progrès substantiels » qui lui ont été rapportés par les deux parties.

« Mais clairement, il faut faire plus pour démontrer aux Afghans que les négociations progressent dans l’intérêt réel du peuple afghan », a dit Mme Lyons qui dirige également la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).

« Nous avons toujours su que ce serait une paix compliquée »

Alors que de nombreux Etats se tournent vers les Nations Unies pour faire avancer les négociations, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a annoncé la semaine dernière la nomination du Français Jean Arnault comme son Envoyé personnel pour l’Afghanistan et les questions relatives à la région environnante. « Cela va renforcer et compléter nos travaux en cours sur la coopération régionale. Nous, à la MANUA, travailleront en étroite collaboration avec M. Arnault en appui à la paix afghane et au très important engagement régional », a dit Mme Lyons.

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Ces derniers jours, plusieurs pays ont proposé des initiatives pour revigorer le processus de paix afghan. La Russie a accueilli une conférence la semaine dernière à Moscou. Une troïka - composée de la Chine, des Etats-Unis, du Pakistan et de la Chine - a publié une déclaration plaidant pour une « résolution politique juste et durable » du conflit. Les Etats-Unis ont également proposé la tenue d’une conférence dans les prochains mois en Turquie.

« Nous avons toujours su que ce serait une paix compliquée », a dit Mme Lyons, rappelant que des décennies de conflit en Afghanistan ont créé des griefs de toutes les parties et que la confiance entre elles manque toujours. La cheffe de la MANUA a également fait état de « véritables et profondes différences » entre le gouvernement afghan et les Talibans sur le résultat final souhaité de ces négociations.

Si elle appelle à plus de progrès dans les pourparlers, la Représentante spéciale plaide également pour davantage de patience. « Rien de tout cela ne peut être résolu en un instant - ni en quelques réunions, peu importe le lieu ou le format. Pour résoudre ces problèmes, il faudra de la patience et un engagement de toutes les parties », a-t-elle dit. Mais dans l’immédiat, « toutes les parties doivent cesser la violence et ont besoin que la violence cesse ».

Les femmes afghanes doivent éclairer les négociations de paix

Devant le Conseil de sécurité, Mme Lyons a insisté pour que le processus de paix afghan soit le plus inclusif possible afin qu’il soit durable. « Tout règlement de paix doit prendre en compte les points de vue et les préoccupations de tous les Afghans, pas seulement ceux d'une élite restreinte », a-t-elle dit.

A ce titre, la Représentante spéciale a plaidé pour l’inclusion des femmes afghanes dans l’ensemble des négociations. Bien qu'elles soient encore trop peu nombreuses dans les pourparlers, elles ont démontré à travers leurs contributions comment le pays a changé au cours des deux dernières décennies. « Les femmes afghanes doivent être présentes dans la salle et à la table des négociations où se décide l'avenir du pays », a-t-elle dit.

Alors que la moitié de la population afghane est née après 2001, Mme Lyons insiste pour que le processus de paix et l’accord de paix qui en découlera reflètent la société afghane d’aujourd’hui.

« Cette génération a grandi dans un autre Afghanistan - un pays dans lequel les jeunes aspirent à une éducation appropriée ; dans lequel les femmes ont accès à des postes de décisions économique et politique ; où les médias jouent un rôle civique vital ; et où la société civile dispose d’un espace pour s’épanouir », a-t-elle expliqué. « Ces Afghans sont maintenant une majorité. Ils méritent de faire entendre leur voix pendant les négociations - et d’avoir le droit inhérent à un rôle actif et substantiel dans la société afghane une fois un accord de paix conclu ».

 

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