Myanmar : l’ONU profondément préoccupée par l'intensification de la violence contre les manifestants

17 mars 2021

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) s'est déclaré mardi profondément troublé par la répression des manifestants pacifiques au Myanmar.

La répression des manifestations continue de croître au Myanmar, avec un nombre de morts en hausse dans les rues, un recours de plus en plus agressif à la force meurtrière, des arrestations arbitraires et des informations faisant état de torture en détention.

Au moins 11 personnes ont été tuées lundi et 57 au cours du week-end, marquant ainsi les journées les plus sanglantes depuis le début des protestations le mois dernier.

« Parmi les morts, on compte un groupe de personnes tuées lors d'une violente répression menée par les forces de sécurité dans le township de Hlaing Tharyar à Yangon, après que des inconnus aient mis le feu à des usines exploitées ou détenues en partie par des investisseurs chinois », a déclaré Ravina Shamdasani, la porte-parole du HCDH

« Il y a de nombreuses autres informations faisant état d'autres meurtres que nous n'avons pas encore pu corroborer », a-t-elle ajouté, notant que la confirmation des informations est de plus en plus difficile en raison de la loi martiale et des coupures de communication imposées dans plusieurs endroits du Myanmar où des personnes ont été tuées et déplacées. 

Le HCDH a, jusqu'à présent, confirmé la mort de 149 personnes tuées à la suite d’une utilisation illégale de la force meurtrière depuis le 1er février, date à laquelle les militaires ont renversé le gouvernement. Les arrestations et les détentions se sont poursuivies dans tout le pays, plus de 2.084 personnes étant toujours détenues de manière arbitraire. En outre, au moins cinq décès en détention ont eu lieu ces dernières semaines, les corps d'au moins deux victimes présentant des signes de « sévices physiques graves indiquant qu'elles ont été torturées ».

Mme Shamdasani a également fait remarquer qu'en vertu de la loi martiale - déclarée par l'armée dans plusieurs communes de Yangon et de Mandalay et de leurs environs - le droit militaire est appliqué aux civils, avec des couvre-feux plus stricts et la soumission des contrevenants à des tribunaux militaires sans droit d'appel. 

« Nous sommes profondément troublés par l'intensification de la répression et nous demandons une nouvelle fois aux militaires de cesser de tuer et d'arrêter les manifestants », a insisté la porte-parole. 

« Comme l'a souligné la Haut-Commissaire, il incombe à tous ceux qui ont une influence de prendre des mesures pour mettre fin à cette violence contre le peuple du Myanmar », a-t-elle ajouté.

Un enfant dans son habitation située dans le camp de Taung Paw, dans l'État de Rakhine, au Myanmar (24 juillet 2018)
© UNICEF/UN0229016/Sirman
Un enfant dans son habitation située dans le camp de Taung Paw, dans l'État de Rakhine, au Myanmar (24 juillet 2018)

L’OIM inquiète concernant le sort des migrants 

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a également fait part de sa profonde inquiétude quant à l'impact de la violence sur les migrants dans le pays. 

« Les migrants sont parmi les plus touchés par la crise politique actuelle », a déclaré l'OIM dans un communiqué publié mercredi. Selon l’agence onusienne, la violente répression du week-end dernier dans le township de Hlaing Tharyar, qui accueille la plus grande population de migrants internes au Myanmar, a déclenché le retour désespéré de centaines de milliers de migrants dans leurs communautés d'origine en quête de sûreté et de sécurité. 

« L'OIM exprime sa profonde inquiétude face à l'escalade de l'usage de la force par les forces militaires et de sécurité contre les manifestants pacifiques et réaffirme son engagement ferme et de longue date à soutenir les migrants et les personnes vulnérables, et à veiller à ce que l'aide humanitaire et l'assistance vitale parviennent à ceux qui en ont le plus besoin », a indiqué l’agence onusienne.  

L’OIM a noté qu'avec ses partenaires, elle continuera à faire tout son possible pour que l'aide essentielle parvienne aux migrants et aux communautés d'origine des migrants à travers le Myanmar, malgré les circonstances difficiles. 

Selon le PAM, les prix des denrées alimentaires ont fortement augmenté depuis le début de la crise politique au Myanmar. iCI, une grand-mère lave des légumes pour préparer un repas, dans l'État de Shan
UNICEF/Kaung Htet
Selon le PAM, les prix des denrées alimentaires ont fortement augmenté depuis le début de la crise politique au Myanmar. iCI, une grand-mère lave des légumes pour préparer un repas, dans l'État de Shan

Situation alarmante face à la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants 

Parallèlement, la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants représente une menace imminente pour les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables du Myanmar, car les chaînes d'approvisionnement et les marchés commencent à ressentir l'impact de la crise politique actuelle, a averti le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.

Selon l'agence onusienne, alors que le prix du riz, une denrée de base, a augmenté d'environ 3% en moyenne sur les marchés du pays qui font l’objet d’un suivi, certaines communes ont signalé des hausses de 20% à 35% entre la mi-janvier et la mi-février. 

« Ces premiers signes sont troublants, en particulier pour les personnes les plus vulnérables qui vivaient déjà de repas en repas », a déclaré Stephen Anderson, le directeur du PAM au Myanmar. 

« Venant s'ajouter à la pandémie de Covid-19, si ces tendances de prix se poursuivent, elles compromettront gravement la capacité des plus pauvres et des plus vulnérables à mettre suffisamment de nourriture sur la table familiale », a-t-il prévenu.

Entre janvier et février, les prix d'autres produits essentiels, comme l'huile de palme, ont également augmenté d'environ 20% dans les régions autour de Yangon, tandis que ceux de l'huile de cuisson et des légumineuses ont augmenté respectivement de 11% à 27% et de 15% dans la province de Rakhine. 

De même, le prix du carburant a augmenté de 15% dans tout le pays depuis le 1er février, ce qui fait craindre de nouvelles hausses des prix alimentaires, a indiqué le PAM. Dans le nord de la province de Rakhine, le prix de l'essence a augmenté de 33% et celui du diesel de 29%. 

Quasi-paralysie du secteur bancaire 

Le PAM a également prévenu que la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants est aggravée par la quasi-paralysie du secteur bancaire, le ralentissement des envois de fonds et les restrictions généralisées sur la disponibilité des liquidités. 

Afin de garantir la poursuite des distributions mensuelles d'argent et de nourriture pour plus de 360.000 personnes - principalement des personnes déplacées à l'intérieur du pays et vivant dans des camps - l’agence onusienne constitue un stock alimentaire d'urgence, qui permettrait de remplacer l'aide alimentaire en espèces par une aide alimentaire en nature, au cas où la disponibilité de l'argent continuerait à être limitée, ou si l'approvisionnement du marché était restreint. 

« Le PAM réitère l'appel du Secrétaire général des Nations Unies pour que la volonté du peuple du Myanmar exprimée lors des récentes élections soit respectée », a déclaré M. Anderson. « Au PAM, nous ne savons que trop bien comment la faim peut rapidement suivre lorsque la paix et le dialogue sont mis de côté ». 

Au début de l'année 2021, environ un million de personnes ont besoin d'aide humanitaire et de protection au Myanmar. Sur la photo, un camp de personnes déplacées dans la province de Kachin au Myanmar. (photo d'archive)
UNICEF/Minzayar Oo
Au début de l'année 2021, environ un million de personnes ont besoin d'aide humanitaire et de protection au Myanmar. Sur la photo, un camp de personnes déplacées dans la province de Kachin au Myanmar. (photo d'archive)

Inquiétudes pour les programmes humanitaires 

Les organisations humanitaires au Myanmar ont également signalé que les opérations d'aide ont été perturbées depuis le coup d'État militaire du 1er février. 

Dans ce pays d'Asie du Sud-Est, plus d'un million de personnes, identifiées au début de l'année comme ayant besoin d'aide, ont toujours besoin d'assistance. Les efforts visant à relancer les programmes essentiels ont été entravés par des difficultés de communication, de transport et de chaînes d'approvisionnement, ainsi que par des pénuries de liquidités pour les opérations.  

Il est également à craindre que la crise actuelle ne perturbe les capacités de dépistage de la Covid-19 et les programmes de vaccination, ainsi que d'autres services essentiels, notamment la sécurité des grossesses et des accouchements, et qu'elle n'ait des conséquences graves, voire mortelles, en particulier pour les communautés les plus vulnérables et défavorisées.

 

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