Yémen : l’envoyé de l’ONU signale une détérioration dramatique du conflit

16 mars 2021

L’Envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen a signalé mardi devant le Conseil de sécurité une détérioration « dramatique » du conflit dans ce pays, soulignant que l’offensive menée par Ansar Allah (Houthis) contre le gouvernorat de Mareb mettait en danger les civils, dont environ un million de personnes déplacées.

« Les forces combattantes des deux côtés ont subi de lourdes pertes. Je vois des rapports choquants faisant état d'enfants de plus en plus entraînés dans l'effort de guerre et privés de leur avenir », a dit l’envoyé de l’ONU, Martin Griffiths, devant les membres du Conseil.

Il a également noté que les attaques transfrontalières ont augmenté de manière significative ces dernières semaines. Il s’est dit préoccupé par l'intensification des frappes de missiles et de drones, y compris celles qui ont visé des infrastructures civiles et commerciales en Arabie saoudite. Par la suite, des frappes aériennes ont eu lieu dans les limites de la ville de Sana’a, mettant également en danger des civils.

« Nous assistons aussi à l’ouverture d’autres fronts au Yémen, notamment avec des escalades militaires à Hajjah et à Taëz », a-t-il dit, ajoutant qu’à Hodeïda, les violences se poursuivaient de façon inquiétante, causant des morts et des blessés parmi les civils, notamment des femmes et des enfants.

Selon Martin Griffiths, un cessez-le-feu à l’échelle du pays, ainsi que l’ouverture de l’aéroport de Sana’a et la garantie d’une circulation sans entrave de carburant et d’autres produits via les ports de Hodeïda, sont des impératifs humanitaires urgents. « Ces mesures atténueront l’impact du conflit sur les civils et faciliteront le droit des Yéménites à la liberté de mouvement. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre au Yémen de respirer », a-t-il dit.

Outre ces prioritaires humanitaires, l’envoyé de l’ONU juge urgent de relancer un processus politique qui a pris du retard.

« Il ne peut y avoir aucune condition préalable à la reprise du processus politique. Reprendre ce processus et s'y engager sérieusement est une obligation pour les parties belligérantes », a-t-il déclaré, se disant inquiet que le simple fait de se réunir autour de la table pour discuter des contours de la fin de la guerre soit présenté comme une concession plutôt que comme une obligation.

Une conférence de bailleurs de fonds décevante

De son côté, le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a regretté que la conférence des bailleurs de fonds organisée le 1er mars par le Secrétaire général, la Suède et la Suisse n’ait récolté que 1,7 milliard de dollars, soit moins de la moitié de ce qui est jugé nécessaire par les agences humanitaires pour venir en aide aux Yéménites dans le besoin cette année.

« Cela signifie que nous n’avons pas assez d’argent pour arrêter la famine. Au mieux, la plus grande opération humanitaire au monde, et les millions de personnes qui en dépendent, survivront au cours des prochains mois », a dit M. Lowcock aux membres du Conseil de sécurité.

Il a rappelé que le manque d’argent n’était pas le seul facteur risquant d’entraîner une famine. Il a plaidé pour la protection des civils et un accès humanitaire sans entrave et a jugé nécessaire de soutenir l’économie et ramener la paix.

Concernant la protection des civils, Mark Lowcock a noté que l'offensive d’Ansar Allah à Mareb menaçait plusieurs milliers de civils.

S’agissant de l’accès humanitaire, il a indiqué que le gouvernement du Yémen avait récemment travaillé avec l’ONU « pour répondre à plusieurs préoccupations en cours concernant les délais d'approbation des projets et d'autres questions administratives ». 

Dans le nord du Yémen, contrôlé par Ansar Allah, les agences humanitaires se heurtent encore à de nombreux obstacles, principalement bureaucratiques, a-t-il noté. L'année dernière, des améliorations importantes ont eu lieu, a précisé M. Lowcock, et il a souhaité qu’elles se poursuivent.

Renforcer la monnaie yéménite

Le chef de l’humanitaire de l’ONU a estimé que l'effondrement économique est un facteur majeur du risque de famine. 

Pour atténuer l'impact de cet effondrement, il a suggéré notamment de renforcer le rial yéménite. Une dépréciation sans précédent de la monnaie yéménite ces derniers mois a fait que des millions de personnes supplémentaires n'ont plus les moyens d'acheter de la nourriture ou d'autres produits de première nécessité, a-t-il expliqué.

Il a aussi estimé nécessaire de s'assurer que des approvisionnements adéquats en importations commerciales puissent entrer au Yémen par tous les ports. Ces derniers mois, les importations commerciales de produits alimentaires ont continué d’entrer dans le pays. Mais l’importation de carburant, qui est essentielle pour transporter la nourriture, pomper l'eau et maintenir les hôpitaux ouverts, s'est arrêtée.

« C’est l'une des principales raisons pour lesquelles les prix du carburant ont récemment doublé ou triplé dans certaines régions. La hausse des prix du carburant fait maintenant grimper les prix de la nourriture, de l'eau, des soins de santé et de tout le reste », a souligné M. Lowcock, ajoutant que les pénuries affectent également de plus en plus la capacité d’action des agences humanitaires.

Le gouvernement a bloqué toutes les importations commerciales de carburant à Hodeïda depuis janvier, alors que ces dernières années, plus de la moitié des importations de carburant du Yémen sont entrées par Hodeïda.

À l'heure actuelle, 13 navires transportant du carburant attendent à l'extérieur d’Hodeïda, avec des cargaisons représentant deux mois d'importations. En moyenne, ces navires attendent plus de 80 jours pour obtenir l'autorisation du gouvernement. Tous ont été inspectés et autorisés par le mécanisme de vérification et d'inspection des Nations Unies.

Le gouvernement ne les autorise pas en raison d'un différend avec Ansar Allah au sujet des revenus. Cela amène certains importateurs à annuler complètement leurs transports. « Les parties doivent résoudre ce différend », a dit le chef de l’humanitaire de l’ONU, qui a également réclamé un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire yéménite et une relance du processus politique.

 

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