Dix ans de conflit en Syrie : l’ONU regrette de ne pas avoir été en mesure de négocier la fin à la guerre

15 mars 2021

Alors que le conflit syrien entre dans sa onzième année, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, a regretté, lundi, devant le Conseil de sécurité que l’Organisation n’ait pas été encore en mesure d’aider à mettre fin à ce conflit sanglant.

« La tragédie syrienne restera l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire récente », a déclaré M. Pedersen devant les membres du Conseil.

« En ce sombre anniversaire, je veux commémorer les victimes syriennes et me souvenir des souffrances et de la résilience syriennes face à une violence et à des indignités inimaginables auxquelles tous les Syriens - hommes et femmes, de tous les domaines et de tous les horizons - ont été confrontés pendant dix longues années », a-t-il ajouté.

L’envoyé de l’ONU a regretté l’absence de « progrès réel » dans les pourparlers entre le gouvernement et l'opposition et les divisions entre les membres de la communauté internationale « souvent focalisés sur le soutien d'une partie [ou d'une autre] au conflit ».

« Le monde n’a pas réussi à aider les Syriens (…) à sortir de ce que le Secrétaire général a appelé ‘un cauchemar vivant’ », a-t-il ajouté. « J’exprime le profond regret de l’Organisation des Nations Unies que nous n’ayons pas encore été en mesure de négocier la fin de ce conflit tragique ».

Un calme relatif actuellement

Geir Pedersen a toutefois noté qu’il y avait actuellement un calme relatif, les lignes de front n’ayant pas bougé depuis un an. Toutefois, les bombardements mutuels et les tirs de roquettes le long des lignes de contact sont encore fréquents. Les frappes aériennes de parties syriennes et étrangères se sont poursuivies. Et les groupes terroristes restent actifs et présents en Syrie.

« C'est pourquoi je soulignerai toujours l'importance de consolider ce calme fragile en un véritable cessez-le-feu à l'échelle nationale conformément à la résolution 2254, ainsi qu'une approche commune pour relever le défi persistant des groupes terroristes », a-t-il dit.

Selon lui, l'autre danger auquel la Syrie est confrontée est que, même si le calme persiste, il y a un risque que la paralysie s’installe.

Pour éviter cela, il faut que les parties syriennes négocient un règlement du conflit et « elles doivent montrer la volonté politique de le faire », a-t-il dit, se disant convaincu de la nécessité d’un soutien apporté par une « diplomatie internationale constructive ».

L’envoyé de l’ONU a toutefois estimé que les progrès ne seront pas faciles. « Il y a très peu de confiance parmi les Syriens, et entre les acteurs régionaux et internationaux ... À l'heure actuelle, il y a des revendications de tous les côtés, mais peu de mouvement de quiconque », a-t-il noté.
« Je pense que nous devons poursuivre une diplomatie discrète à cet égard. Je travaille là-dessus. Avec le temps, nous devrons peut-être essayer de mettre en place un nouveau moyen de discussion internationale, un nouveau format international pour la diplomatie et la coopération », a-t-il ajouté.

Dans l’avenir immédiat, il a jugé important de progresser sur la question des détenus, des personnes enlevées et des personnes disparues. Il a également jugé nécessaire « un accès humanitaire complet, durable et sans entrave à toutes les régions de la Syrie ».

S’agissant du Comité constitutionnel syrien, il a souligné qu’il ne peut à lui seul résoudre le conflit mais qu’il pourrait y contribuer. Selon lui, une sixième session du petit comité de rédaction du Comité constitutionnel doit être soigneusement préparée et l’ONU sera prête à convoquer cette sixième session dès qu’un accord sera en place.

« Une solution politique est la seule issue - et je suis convaincu que c'est possible. À certains égards, c'est plus possible maintenant qu'avant. Mais pour transformer cette possibilité en réalité, un engagement créatif et de haut niveau des principaux acteurs internationaux concernés par ce conflit sera nécessaire », a conclu M. Pedersen. « Le moment est sûrement venu de faire avancer un véritable processus politique qui rétablit la souveraineté, l'unité, l'indépendance et l'intégrité territoriale de la Syrie et permet au peuple syrien de tracer indépendamment son propre avenir ».

De leur côté, pour honorer la résilience du peuple syrien, l'organisation à but non lucratif de Yo-Yo Ma, Silkroad, et les Nations Unies ont publié lundi ‘« J'aurais aimé que ce soit un rêve »: Voix de Syrie’, un "paysage sonore" de quatre minutes qui mélange 100 messages de Syriens avec la musique de l’artiste syrien Kinan Azmeh. Dans cet enregistrement, 100 enfants, femmes et hommes de chaque gouvernorat de Syrie affirment leur aspiration à la fin du conflit.

 

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