REPORTAGE - Dans un hôpital du Bénin, une femme-médecin prend les rênes de la lutte contre la Covid-19

5 mars 2021

« Le moment le plus pénible dans la gestion de cette crise fut en juin 2020 lorsque j'ai eu trois cas graves de Covid-19. Ils sont tous morts le même jour ».

Dre Rokhiatou Babio est l'une des rares femmes au Bénin à diriger une équipe médicale en première ligne pour sauver des vies humaines de la pandémie de coronavirus. Elle décrit son expérience déchirante de cette journée sombre et cruelle, un mois après son entrée en fonction : « Une patiente, parmi les trois, est pratiquement décédée dans mes bras ».

Un silence profond l’envahit, et elle poursuit. « Et, il faut s'occuper des parents après l'annonce du décès. Le plus dur pour leurs parents est de ne pas pouvoir emporter la dépouille mortelle. Il est difficile de les convaincre, même avec l'aide d'un psychologue », raconte-t-elle.

Dans la gestion de la Covid-19, le gouvernement du Bénin a pris des mesures strictes d’enterrer tous les morts liés au coronavirus. Les parents ne peuvent donc ni reprendre le corps ni procéder eux-mêmes à l’inhumation.

Dre Babio est une femme-médecin généraliste, aux urgences du Centre hospitalier universitaire du Borgou, au Bénin. Multifonctions, elle supervise une équipe de 40 membres du personnel médical au centre de prise en charge Covid-19 à l’Hopital d’instruction des Armées du Borgou. Son centre reçoit des patients atteints de coronavirus de cinq des 12 départements du pays - Atacora, Borgou, Alibori, Donga et Collines. Et elle gère également le Centre hémorragique de Lassa à Parakou.

© Hermès Amoussouvi
Sous la supervision de la Dre Rokhiatou Babio (au centre), des volontaires font une simulation sur la technique de prélèvement des patients à risque, tout en apprenant à éviter de se contaminer lors de l’exercice.

Inspirer confiance aux membres de l'équipe moins expérimentés

En tant qu'experte chevronnée des urgences médicales et des réponses aux épidémies travaillant dans le nord du Bénin, Dre Babio a géré quatre crises sanitaires au cours de sa carrière. Confrontée à la pandémie Covid-19, sa cinquième urgence, elle a rapidement inspiré confiance aux autres membres de l'équipe « moins expérimentés ».

« Dès ma prise de fonction, l'objectif était de sauver la vie de patients tout en protégeant le personnel soignant, dont la plupart n'avaient jamais géré une épidémie auparavant. Il était donc nécessaire dès les premiers jours d'instaurer un climat de confiance et de leur donner envie de gérer les patients Covid-19 », a-t-elle déclaré.

Dre Babio a divisé son personnel en trois équipes multidisciplinaires et mixtes. Pour obtenir le meilleur de chacun(e), elle est toujours à leur écoute et répond à leurs questions professionnelles comme personnelles.

« Chaque collègue a mon numéro et peut aussi me contacter à tout moment pour déposer une plainte. Cela réduit le stress du personnel et garantit une bonne gestion de l'épidémie », a-t-elle ajouté.

Mais c'est parfois une surprise pour les gens de voir une femme en charge du service des urgences, de plus comme coordinatrice de la gestion des cas Covid-19.

« Certaines personnes vont jusqu'à dire que, comme je suis une femme, j'ai été nommée coordinatrice parce que j'étais amie avec les autorités. Sans savoir que depuis 2016, je gère des épidémies de fièvres hémorragiques virales à Lassa et que cette compétence est reconnue au niveau international », a souligné Dr Babio.

Son collègue, le Dr Hermès Melvis Amoussouvi, médecin généraliste, est bien d'accord avec elle, et reconnait que la notion de leadership est asexuée.

« Un(e) leader doit être capable d'inspirer à la fois les femmes et les hommes. Il est important, et cela se remarque de plus en plus, que les femmes prennent conscience de leur capacité à faire autant, voire mieux, que les hommes. Les femmes ont leur propre potentiel et nous devons l’accepter », insiste le Dr Amoussouvi.

Intégrer les femmes dans tous les secteurs de la société

L’équipe des Nations Unies au Bénin travaille en étroite collaboration avec le gouvernement du pays pour faciliter l’intégration des femmes dans tous les secteurs de la société, y compris la médecine.

« Nous ne pouvons pas construire l'avenir que nous voulons et atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) sans l’entière participation de toutes les parties prenantes de la société, en particulier les femmes », a déclaré Salvator Niyonzima, Coordonnateur résident des Nations Unies au Bénin.

Il souligne l’importance de la promotion de l’égalité des sexes et des droits des femmes dans un contexte social plus large : « L'égalité des sexes, inscrite dans l'ODD 5, est souvent mesurée par l'existence d'un cadre juridique pour promouvoir, faire respecter et contrôler l'application des principes de non-discrimination fondée sur le sexe ». 

Depuis que le premier cas de Covid-19 a été déclaré au Bénin le 16 mars 2020, le centre géré par Dre Babio a enregistré 117 patients atteints de coronavirus avec 96 cas guéris et 5 toujours sous traitement. Au niveau national, le pays a enregistré 5.434 cas confirmés à la fin de février 2021, dont 4.248 guéris, 1.116 en cours de traitement et 70 décès.

Sous la direction du Coordinateur résident de l’ONU, toutes les agences résidentes de l’ONU au Bénin et d'autres entités ont consacré des efforts considérables à la lutte contre la Covid-19, offrant au gouvernement un large éventail de soutiens, y compris le matériel essentiel, l'équipement médical, les finances, le renfort psychologique et la formation, la réalisation de l’étude d’impacts socio-économiques pour aider au relèvement post Covid-19. Ces aides du système des Nations Unies au Bénin ont également été directement fournies à tous les centres de traitement du Coronavirus, dont celui de la Dre Babio à Parakou.

Ainsi, et avec son expérience et son enthousiasme, elle assure la gestion quotidienne du centre, le suivi des traitements, la prise en charge des cas compliqués et les soins, sans relâche. Dre Babio, motivée, va toujours de l’avant.

« Quel plaisir de voir nos patients guérir. Je me sens réconfortée quand ils expriment leur reconnaissance pour notre soutien. Oui, nous sauvons des vies humaines », a-t-elle déclaré avec détermination.

Sa compétence est reconnue par ses pairs et ses patients. « Je tire mon chapeau à cette équipe très dynamique sous la direction d'une femme rigoureuse et méthodique », s’exclame Hermine Fatoumbi, une patiente juste guérie de la Covid-19, en leur rendant hommage. 

Un article produit par Yézaël Adoukonou (ONU Bénin)

 

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