Covid-19 : le chef de l’OMS demande aux pays de soutenir la levée des brevets sur les vaccins à l’OMC

4 mars 2021

Le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a exhorté les pays à soutenir l’initiative indo-sudafricaine pour une levée des barrières protégeant les brevets de vaccin anti-Covid pour contourner le nationalisme vaccinal.

« Nous remercions l’Afrique du Sud et l’Inde pour leur proposition à l’Organisation mondiale du commerce afin que les pays renoncent aux brevets sur les produits médicaux jusqu’à la fin de la pandémie de Covid-19 », a déclaré le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une réunion en visioconférence sur le financement des vaccins anti-coronavirus pour l’Afrique. Le patron de l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU a ainsi encouragé « les autres pays africains à soutenir l’initiative » de Pretoria et New Dehli.

Déposée le 2 octobre dernier par l’Afrique du Sud et l’Inde, le texte propose d’accorder une dérogation temporaire à certaines obligations découlant de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) afin que n’importe quel pays puisse produire les vaccins sans se soucier des brevets. Une réunion est attendue le 10 mars prochain à l’OMC.

« Les flexibilités de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC, en anglais) sont là pour être utilisées dans les situations d’urgence », a plaidé le Dr Tedros.

« Si ce n’est pas maintenant, alors quand » ? – Dr Tedros

« Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? », s’est-il interrogé, invitant les ministres des finances, à investir dans la production locale de vaccins. Il s’agit « non seulement pour la pandémie mais aussi pour d’autres vaccins dont tous les pays ont besoin pour les programmes de vaccination de routine ».

En 2003, un accord temporaire, confirmé fin 2005, a permis d’introduire une exemption au droit de propriété intellectuelle permettant aux pays en développement touchés par de graves maladies infectieuses – paludisme, tuberculose et sida – d’importer des médicaments génériques, s’ils ne peuvent pas les fabriquer eux-mêmes.
Lors de cette réunion sur « l’approche panafricaine pour aborder l’accès, la fourniture et l’utilisation des vaccins », il a rappelé que l’une des principales priorités de l’OMS est maintenant d’accroître l’ambition du Dispositif COVAX pour aider tous les pays à mettre fin à la pandémie.

Cette sortie du chef de l’OMS intervient alors que des pays en développement ont commencé enfin à recevoir leurs premières doses, presque trois mois après le début de la campagne vaccinale dans certains pays riches. Et malgré ces bonnes nouvelles sur l’octroi de ces sérums, l’OMS note que cette première série d’allocations couvre « entre 2 et 3% de la population des pays qui reçoivent des vaccins par l’intermédiaire de COVAX ».

237 millions de doses de vaccins à allouer d’ici à la fin mai

Dans le même temps, d’autres pays progressent vers la vaccination de toute leur population dans les prochains mois. Une façon de rappeler que les pays ne sont pas en course les uns contre les autres. Pour l’OMS, il s’agit surtout « d’une course commune contre le virus ».

Entre temps, le Ghana et la Côte d’Ivoire sont devenus cette semaine les premiers pays à commencer la vaccination avec des doses allouées par le biais du Mécanisme COVAX. Des livraisons sont également arrivées en Angola, en République démocratique du Congo, en Gambie, au Kenya, au Lesotho, au Nigéria, au Rwanda, au Sénégal et au Soudan.

D’ici à la fin mai, l’OMS espère que 237 millions de doses de vaccins seront allouées aux 142 économies et pays participant à COVAX. « C’est encourageant, mais nous avons encore beaucoup de travail à faire », a dit le Dr Tedros.

« L’heure tourne », a-t-il fait valoir, relevant qu’il reste 37 jours pour réaliser l’objectif de commencer la vaccination dans tous les pays au cours des 100 premiers jours de l’année 2021.

Pour les pays africains, cette campagne de vaccination intervient alors que 4 millions de cas ont été signalés parmi les pays de l’Union africaine. « Et nous avons perdu plus de 100.000 de nos frères et sœurs », a-t-il précisé, ajoutant que « les chiffres réels sont plus élevés ».

Plus de 114,55 millions de cas dans le monde dont 4 millions en Afrique

Dans le monde, le nombre de cas de Covid-19 signalés a augmenté pour la première fois en sept semaines. « Cette augmentation est décevante, mais pas surprenante, car elle semble due, en partie, à l’assouplissement des mesures de santé publique, à la poursuite de la circulation des variantes et au fait que les gens ont baissé la garde », a expliqué le Dr Tedros.

D’une manière générale, le chef de l’OMS évoque « un paradoxe surprenant » au sujet de la pandémie. « Certains des pays les plus riches, dotés des technologies médicales les plus avancées, ont été les plus durement touchés, tandis que de nombreux pays d’Afrique ont réussi à prévenir ou à contrôler une transmission communautaire généralisée », a-t-il fait remarquer.

Pour l’OMS, cela est dû en partie à la longue expérience des pays africains dans l’application d’outils de santé publique de base pour prévenir les épidémies de maladies infectieuses et y répondre. « Mais nous savons aussi que la population relativement jeune de notre continent signifie que l’Afrique n’a pas connu la même ampleur de maladies graves et de décès que d’autres régions dont les populations sont plus âgées », a poursuivi le Dr Tedros.

« Un coureur ne gagne pas des courses pour devenir rapide ; il devient rapide pour gagner des courses », a conclu le chef de l’OMS, comme pour inviter les pays africains à éviter tout relâchement dans le combat contre le nouveau coronavirus.

La pandémie du nouveau coronavirus a fait au moins 2,55 millions de morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi jeudi par l’OMS. Plus de 114,65 millions de cas d’infection ont été diagnostiqués.

 

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