RCA : d’importants progrès réalisés contre les groupes armés auteurs de violences mais la situation reste fragile

24 février 2021

Au cours des dernières semaines, des progrès importants ont été réalisés contre une coalition de groupes armés qui menace la paix en République centrafricaine (RCA) mais la situation reste fragile, a expliqué mercredi le chef des opérations de paix des Nations Unies au Conseil de sécurité.

Ces progrès contre la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) sont dus notamment aux « efforts remarquables de la MINUSCA (Mission des Nations Unies en RCA) et à la contribution des partenaires bilatéraux », a souligné le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d’une réunion du Conseil.

« Cependant, la situation reste très instable. Dans plusieurs villes, dont Bossangoa à l'ouest et Bambari au centre, la Mission assure la sécurité de milliers de personnes déplacées qui avaient cherché à se protéger de la violence actuelle. La MINUSCA continue de soutenir les efforts visant à sauvegarder l'ordre démocratique et à protéger les civils face aux tentatives persistantes de la coalition d'asphyxier le pays en coupant sa bouée de sauvetage économique, la route MSR-1 reliant Bangui au Cameroun », a ajouté M. Lacroix.

Il a toutefois noté que malgré cette situation très fragile, le pays est « en passe de conclure avec succès un transfert démocratique de pouvoir dans les délais constitutionnels, ce qui est une réalisation majeure ». 

« Il est désormais essentiel que ces acquis démocratiques soient préservés en achevant le processus électoral et en faisant progresser une résolution pacifique de la crise. Deux ans après sa signature, l'Accord politique reste le seul cadre viable pour la paix », a ajouté Jean-Pierre Lacroix, qui a jugé essentiel qu'un processus de dialogue inclusif et significatif soit engagé sans délai, y compris avec l'opposition politique et avec les groupes armés qui renoncent à la violence et restent attachés à l’Accord. 

« Il est également essentiel que la communauté internationale appuie cet effort national en favorisant la coopération et la cohérence dans le processus de paix », a-t-il encore dit. 

La MINUSCA a besoin de renforts

Le chef des opérations de paix a souligné que la MINUSCA, malgré la détérioration rapide de la situation, a continué d’être le principal garant de la sécurité de la population civile. « La MINUSCA a repoussé à plusieurs reprises les attaques des groupes armés, y compris contre la capitale. La MINUSCA a également réussi à protéger les prisons de Bangui, empêchant ainsi l'évasion de prisonniers », a-t-il précisé.

Il a remercié le Conseil de sécurité pour avoir accordé une prolongation du renforcement temporaire de la MINUSCA par le biais de la coopération entre missions. Selon lui, ces renforts continueront de jouer un rôle crucial, notamment en assurant la sécurité des élections législatives de mars.

Il a rappelé toutefois que les Casques bleus avaient besoin d’autres renforts comme l’a recommandé le Secrétaire général, qui a réclamé 2.750 militaires et 940 policiers supplémentaires pour renforcer la capacité de la MINUSCA de protéger les civils, créer les conditions propices au progrès du processus politique et faciliter l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire. L'augmentation proposée contribuerait également à renforcer la protection du personnel et des installations de l'ONU. 

Jean-Pierre Lacroix a tenu à préciser que la demande de capacités militaires et policières supplémentaires « ne vise pas à apporter une solution militaire aux défis actuels ». « Alors que le pays se trouve à ce stade très délicat, nous devons collectivement veiller à ce que les investissements importants pour promouvoir une paix durable, y compris par ce Conseil, ne soient pas perdus », a-t-il souligné.

Une situation humanitaire alarmante

S’agissant de la situation humanitaire, celle-ci reste alarmante, malgré des progrès importants avec l'arrivée récente des premiers convois d'aide humanitaire à Bangui depuis le début des violences. Toutefois, plus d'un millier de camions transportant des fournitures vitales restent bloqués à la frontière avec le Cameroun en raison de l'insécurité.

La violence actuelle a également entraîné de nouveaux déplacements importants et une augmentation des besoins humanitaires et a poussé les civils à chercher à nouveau refuge dans les pays voisins. 

« La violence initiée par la Coalition des patriotes pour le changement a entraîné davantage de souffrances pour le peuple centrafricain. La République centrafricaine est désormais le lieu le plus dangereux pour l'action humanitaire, avec plus de 46% des incidents dans le monde enregistrés par des ONG internationales le mois dernier », a expliqué le chef des opérations de paix.

Le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, Smaïl Chergui, la Directrice générale pour l'Afrique du Service européen pour l'action extérieure, Rita Laranjinha, et la Directrice de l'organisation de consolidation de la paix dirigée par des jeunes URU, Kessy Martine Ekomo-Soignet, ont également fait des exposés devant les membres du Conseil.

L’éducation des enfants menacée

De leur côté, la Coordonnatrice humanitaire de l'ONU en RCA, Denise Brown, et le Représentant de l'UNICEF dans ce pays, Fran Equiza, ont déclaré, dans un communiqué conjoint publié mardi, être extrêmement préoccupés par l'impact de la récente escalade de la violence sur l'éducation de centaines de milliers d'enfants à travers le pays.

« Quelques mois seulement après leur retour à l'école après la fermeture en raison de la pandémie de Covid-19, les enfants voient à nouveau leur éducation interrompue. Depuis décembre dernier, l’augmentation de la violence a entraîné la fermeture, l’occupation ou l’endommagement d’écoles dans 11 des 16 préfectures du pays, touchant un enfant sur deux », ont-ils dit.

À ce jour, au moins 26 écoles à travers le pays sont toujours occupées par des groupes armés et 999 ne sont pas opérationnelles en raison des combats. La moitié des enfants du pays ne sont pas scolarisés en raison du conflit.

« Ces violations privent les enfants en République centrafricaine de leurs droits fondamentaux à avoir une éducation, à se faire des amis dans la sécurité des salles de classe et à développer les compétences dont ils ont besoin pour construire un avenir meilleur pour eux-mêmes et leurs communautés. C'est inacceptable », ont dit les deux responsables.

« Nous restons déterminés à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement, nos partenaires de mise en œuvre et les communautés pour garantir la réouverture et la réhabilitation des écoles sans plus tarder. Dans l'intervalle, nous soutenons les efforts visant à garantir que les enfants contraints de rester à la maison aient accès à des solutions d'apprentissage alternatives, telles que l'éducation par radio, et que des espaces d'apprentissage temporaires soient disponibles pour ceux qui ont dû fuir leur domicile », ont-ils ajouté.

Mme Brown et M. Equiza ont exhorté les groupes armés et forces armées « à protéger les élèves, les enseignants et les acteurs humanitaires et à respecter les écoles en tant que zones de paix et refuges pour l'apprentissage ».

 

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