Yémen : l’envoyé de l’ONU dénonce la récente offensive des Houthis contre le gouvernorat de Mareb

18 février 2021

L’Envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a dénoncé jeudi devant le Conseil de sécurité l’escalade du conflit dans ce pays, où la situation humanitaire continue de s’aggraver et la famine menace.

« Au cours du mois écoulé, le conflit au Yémen a connu une escalade brutale avec la nouvelle offensive d’Ansar Allah (Houthis) contre le gouvernorat de Mareb », a expliqué M. Griffiths. « Je l'ai dénoncé à plusieurs reprises depuis le début de l'année dernière lorsque cette offensive a débuté, et je répète maintenant mon appel : l'attaque contre Mareb doit cesser. Elle met en danger des millions de civils, en particulier avec les combats qui atteignent les camps de personnes déplacées à l'intérieur du pays. La recherche d'un gain territorial par la force menace les perspectives du processus de paix ».

L’envoyé de l’ONU a rappelé que la situation humanitaire s'aggravait dans le pays, avec toujours la menace d’une famine. Un grand nombre de fonctionnaires ne reçoivent pas leur salaire et il y a de graves pénuries de carburant dans les parties contrôlées par Ansar Allah dans le nord du pays. 

De son côté, le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a prévenu les membres du Conseil de sécurité que le Yémen se dirigeait « vers la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies ».

« De nouvelles données publiées la semaine dernière confirment, une fois de plus, que nous manquons de temps. Les taux de malnutrition sont à des niveaux records », a-t-il dit. Dans tout le Yémen, plus de 16 millions de personnes souffrent de la faim, dont 5 millions qui sont au bord de la famine.

Une situation militaire tendue

Malgré une situation militaire extrêmement tendue, Martin Griffiths s’est toutefois dit encouragé par le nouvel élan international pour trouver une solution pacifique au conflit. Il s’est félicité en particulier de l’attention renouvelée que les États-Unis accordent au conflit. « Le soutien international pour mettre fin au conflit est indispensable et offre une nouvelle opportunité de rouvrir l'espace pour une solution négociée », a-t-il ajouté.

Mark Lowcock s’est félicité de l’annulation, la semaine dernière, par les États-Unis de leur désignation d'Ansar Allah comme organisation terroriste étrangère et entité terroriste mondiale. « Les États-Unis étaient préoccupés par l’impact dévastateur que cette désignation pourrait avoir sur l’approvisionnement alimentaire du Yémen à un moment particulièrement dangereux », a-t-il noté.

Selon le chef de l’humanitaire, « il existe actuellement une occasion importante d'aider le Yémen à progresser vers une paix durable. Cette opportunité disparaîtra, elle sera gâchée si le Yémen bascule dans une famine massive ».

Une issue négociée au conflit existe

D’après Martin Griffiths, il existe une issue négociée au conflit à travers « un processus politique véritablement inclusif et dirigé par le Yémen sous les auspices de l'ONU et soutenu par la communauté internationale ». 

« Grâce à ce processus politique, les Yéménites pourraient négocier un accord pour mettre fin au conflit et instaurer une paix durable. Un tel accord devrait garantir l'arrêt complet du recours à la violence à des fins politiques. L'accord serait limité dans le temps et se terminerait par des élections nationales », a-t-il déclaré.

Pour saisir cette chance de revitaliser le processus politique, « les parties prenantes doivent immédiatement convenir d'un cessez-le-feu à l'échelle nationale qui mette fin à toutes les formes de combat », a estimé Martin Griffiths. Les belligérants devraient également convenir de mesures économiques et humanitaires, permettant notamment de garantir le flux sans entrave de carburant et d'autres produits au Yémen via les ports de Hodeïda et l’ouverture de l’aéroport de Sanaa au trafic commercial, a-t-il dit.

« Ce qu'il faut, c'est une volonté politique pour mettre fin au conflit. C'est maintenant l'heure des décisions », a estimé l’envoyé de l’ONU. « Il faut que le processus politique reprenne rapidement. Un cessez-le-feu à l’échelle nationale ne sera pas durable s’il n’est pas lié à des progrès sur la voie politique ».

Au cours des trois dernières semaines, les parties au conflit se sont de nouveau réunies à Amman, en Jordanie, dans le but de s'entendre sur la libération de davantage de détenus.

« Je les exhorte à poursuivre leurs discussions de bonne foi (…). Et j'appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus malades, blessés, âgés et enfants ainsi que de tous les civils détenus arbitrairement, y compris les femmes et les journalistes », a déclaré M. Griffiths.

Mark Lowcock a rappelé de son côté au Conseil de sécurité qu’une réunion virtuelle de bailleurs de fonds serait organisée par l’ONU, la Suède et la Suisse le 1er mars.

« Cet événement est l'occasion pour les pays de montrer leur engagement envers le peuple yéménite », a conclu M. Lowcock.

 

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