La baisse des investissements dans les moyens de production pose des problèmes aux pays les plus pauvres (CNUCED)

5 février 2021

Bien que les pays en développement aient attiré une part record des investissements directs étrangers (IDE) mondiaux en 2020, le financement des secteurs des infrastructures et productifs a considérablement diminué. Une baisse qui pourrait affaiblir leurs perspectives de reprise, alerte la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) dans un rapport.

Les flux d’IDE vers les économies en développement ont montré une résilience relative à la crise engendrée par la Covid-19, en baisse de seulement 12% en 2020, par rapport à l'effondrement stupéfiant de 69% enregistré par les économies plus riches.

Dans l'ensemble, les pays en développement ont attiré un record de 72% des IDE dans le monde l'an dernier, selon un rapport de la CNUCED publié le 24 janvier.

Mais la forte baisse des annonces de nouveaux sites de production et de financement de projets internationaux en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes est une source de préoccupation majeure, relève l’agence onusienne.

« Ces types d’investissement sont cruciaux pour le développement des capacités de production et des infrastructures, et en conséquence, pour des perspectives de reprise durable », a expliqué James Zhan, Directeur de la division des investissements et du développement des entreprises à la CNUCED.

La CNUCED définit les capacités productives comme les ressources productives, les capacités entrepreneuriales et les liens de production qui, ensemble, déterminent la capacité d'un pays à produire des biens et services et lui permettent de croître et de se développer.

« Sans investissement dans les secteurs productifs de l'économie, les pays en développement auront du mal à se reconstruire après les effets de la pandémie », a averti M. Zhan.

La capacité de réponse productive des pays en développement est limitée

À l'échelle mondiale, les nouveaux projets annoncés - lorsqu'une entreprise envisage d'investir dans de nouvelles installations de production dans un pays étranger - ont diminué de 35% en 2020 pour atteindre 547 milliards de dollars.

Selon le rapport, la baisse était encore plus prononcée dans les économies en développement, chutant de 63% en Afrique et de 51% en Amérique latine et dans les Caraïbes. Même les économies en développement d'Asie - le groupe qui a le mieux résisté à la tempête induite par le coronavirus sur les IDE - ont vu une baisse de 38% des annonces de nouveaux sites de production.

De même, les accords de financement de projets transfrontaliers mondiaux - une source importante d'investissement dans des infrastructures telles que les ports et les barrages - ont été faibles jusqu'au troisième trimestre de 2020, avant qu'une vague d'annonces de nouveaux projets au cours des derniers mois de l'année ne contribue à atténuer la baisse globale à 2%.

Mais le rapport souligne que la plupart de ces projets faisaient partie des plans de soutien économique liés à la Covid-19 dans les pays développés.

La capacité beaucoup plus limitée des pays les plus pauvres à déployer les plans Covid pour stimuler les investissements dans les infrastructures s’est traduite par l’enregistrement de fortes baisses des accords de financement de projets dans les économies en développement.

En Afrique, par exemple, ces investissements ont chuté de 40% en 2020, ce continent abritant la plupart des pays les moins avancés du monde.

« Un glissement qui n'est pas terminé »

Plus inquiétant encore, selon le rapport de la CNUCED, les plus fortes baisses de financement de projets internationaux dans les économies en développement se sont produites au second semestre, ce qui est contraire aux tendances mondiales.

« Les données suggèrent que le glissement dans les économies en développement n'est pas encore terminé », dit M. Zhan.

« Cela envoie un signal inquiétant sur le fait que le financement de projets en 2021 sera biaisé vers les économies développées et que toute augmentation des flux d'IDE est plus susceptible de provenir de fusions et d'acquisitions transfrontalières que de nouveaux investissements dans des actifs productifs », a expliqué le responsable onusien.

Selon le rapport de la CNUCED, les opérations de fusions et acquisitions transfrontalières annoncées n'ont chuté que de 10% en 2020, rebondissant au second semestre grâce aux accords de technologie et de soins de santé.

 

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