Covid-19 : plus de 39 milliards de repas scolaires manqués depuis le début de la pandémie (ONU)

28 janvier 2021

Les Nations Unies ont appelé, jeudi, les gouvernements à agir face à la « crise nutritionnelle », qui se profile à l’horizon alors que la fermeture des écoles ont réduit de 40% le régime alimentaire de 370 millions d’enfants parmi les plus vulnérables.

Plus de 39 milliards de repas scolaires ont été ainsi manqués dans le monde depuis le début de la pandémie de Covid-19, en raison des fermetures d’écoles, selon un nouveau rapport publié jeudi par le Bureau de la recherche de du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF-Innocenti) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Les repas scolaires, souvent le seul repas quotidien nutritif reçu par les enfants, doivent être prioritaires dans les plans de réouverture des écoles, ont souligné les deux agences onusiennes.

Le rapport note que 370 millions d’enfants dans le monde, dont beaucoup dépendent des repas scolaires, ont manqué en moyenne 40% des repas à l’école depuis que les restrictions de Covid-19 ont contraint à la fermeture des salles de classe. « Malgré les preuves évidentes que les écoles ne sont pas les principaux facteurs d’infection du coronavirus, des millions d’enfants sont confrontés à la fermeture d’écoles dans le monde entier », a rappelé Henrietta Fore, la Directrice exécutive de l’UNICEF.

« Nous risquons de perdre une génération entière » - David Beasley

Au cours de la pandémie, l’ONU a constaté une réduction globale de 30% de la couverture des services de nutrition essentiels dans les pays en développement, y compris l’alimentation scolaire et les suppléments en micronutriments, ainsi que les programmes de traitement de la malnutrition sévère chez les enfants. Lors des fermetures d’écoles à l’échelle nationale dans certains pays, tous les programmes d’alimentation scolaire ont été annulés.

De plus, les connaissances antérieures à l’apparition de la Covid-19 sur l’impact des crises sur la sécurité alimentaire et la nutrition et les déficits nutritionnels existants chez les enfants et les adolescents d’âge scolaire sont très préoccupants. Des enquêtes pré-pandémiques menées dans 68 pays montrent qu’avant l’apparition du coronavirus, près de la moitié des enfants âgés de 13 à 17 ans déclaraient ressentir la faim.

D’autres données provenant de 17 pays ont montré que, dans certains pays, jusqu’à deux tiers des adolescents âgés de 15 à 19 ans présentaient une insuffisance pondérale. Et plus de la moitié des adolescentes en Asie du Sud étaient anémiques. « Le fait de manquer de repas scolaires nutritifs met en péril l’avenir de millions d’enfants parmi les plus pauvres du monde. Nous risquons de perdre une génération entière », a alerté le Directeur exécutif du PAM, David Beasley.

24 millions d’écoliers risquent d’abandonner l’école en raison de la pandémie

Par ailleurs, les régions les plus touchées par l’épidémie d’Ebola de 2014 en Afrique de l’Ouest ont vu l’insécurité alimentaire s’accroître dans les pays déjà confrontés à des niveaux élevés de malnutrition. Cette même tendance a déjà été observée dans de nombreux pays lors de la pandémie, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

« Nous devons aider les gouvernements à rouvrir les écoles en toute sécurité et à recommencer à nourrir ces enfants », a déclaré M. Beasley, relevant l’importance du repas nutritif reçu à l’école, qui « est le seul aliment que les enfants recevront toute la journée ».

Or selon l’ONU, plus les enfants restent longtemps hors de l’école, plus le risque qu’ils abandonnent complètement l’école est grand. Les filles courent en outre le risque d’être contraintes à des relations sexuelles transactionnelles ou à un mariage précoce.

En plus de leur rôle nutritionnel essentiel pour la croissance et le développement des enfants, ces repas scolaires incitent aussi fortement les enfants à retourner à l’école une fois les restrictions levées. Et les dernières estimations montrent que 24 millions d’écoliers risquent d’abandonner l’école en raison de la pandémie. Ce qui revient « à inverser les progrès réalisés » en matière de scolarisation au cours des dernières décennies.

Plus de 70 pays ont fourni des rations à emporter ou des bons alimentaires

« Les enfants qui dépendent de l’école pour leurs repas quotidiens sont non seulement privés d’éducation, mais aussi d’une source fiable de nutrition. Alors que nous réagissons à la pandémie de Covid-19 et attendons la distribution de vaccins, nous devons donner la priorité à la réouverture des écoles et prendre des mesures de prévention des infections », a fait valoir Mme Fore.

En attendant, le PAM a aidé les gouvernements à adapter leurs programmes de repas scolaires lors des fermetures d’écoles. Le rapport co-produit avec l’UNICEF note que plus de 70 pays ont fourni des rations à emporter, des transferts d’argent ou des bons d’alimentation, apportant ainsi une solution provisoire précieuse à des millions d’enfants.

Au cours des neuf premiers mois de 2020, plus de 13 millions d’écoliers ont bénéficié d’un soutien scolaire du PAM, contre 17,3 millions l’année précédente. Dans le même temps, près de 25 millions d’enfants et d’adolescents d’âge scolaire ont bénéficié des programmes de prévention de l’anémie de l’UNICEF.

Pour éviter de « perdre une génération entière » d’enfants, l’UNICEF et le PAM demandent instamment aux gouvernements de donner la priorité à la réouverture des écoles tout en veillant à ce que les besoins sanitaires, alimentaires et nutritionnels des enfants soient satisfaits par des programmes d’alimentation scolaire complets et de qualité.

 

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