26 janvier 2021

Le Secrétaire général de l’ONU a invité mardi les États membres à réaffirmer leur engagement et soutenir les efforts de prévention des conflits et de consolidation de la paix à travers le monde, en finançant le Fonds pour la consolidation de la paix dont les besoins s'élèvent à 1,5 milliard de dollars pour les cinq prochaines années.

« L'ampleur des troubles dans le monde exige des efforts concertés pour apaiser les tensions et prévenir une nouvelle escalade » et « le défi sans précédent de la Covid-19 a encore aggravé des situations qui se détérioraient déjà avant la pandémie », a averti António Guterres en lançant les travaux de la Conférence de haut niveau pour le réapprovisionnement du Fonds.

D’après M. Guterres, le monde a besoin d’une « nouvelle approche » au multilatéralisme et à la coopération internationale, qui aille « au-delà de la réponse aux crises » et qui « stimule les investissements à long terme dans la prévention et la consolidation de la paix, parallèlement à nos efforts pour atteindre les Objectifs de développement durable ».

Prendre des risques pour la paix 

Le chef de l’ONU a évoqué la nécessité de « prendre des risques pour la paix », en « permettant aux parties prenantes disposant des ressources et de l'espace nécessaires de saisir les opportunités » et en rassemblant « de manière souple et réactive, toute la gamme des capacités du système des Nations Unies ». 

« Le Fonds pour la consolidation de la paix vise justement à faire cela », a affirmé M. Guterres regrettant le sous-investissement « massif » du Fonds malgré son impact et son rapport coût/efficacité « largement reconnus » par les 50 pays qui en ont bénéficié.

Le Fonds est l’une des parties essentielles de l’architecture pour la consolidation de la paix de l’ONU, qui cherche à instaurer et pérenniser la paix par la prévention des conflits et l’élimination de leurs causes profondes.  

On sait que la consolidation de la paix fonctionne, que la prévention des conflits fonctionne et on sait que chaque dollar qui est investi en prévention va nous sauver dix-sept dollars

Il a pour objectif de financer les idées innovantes de consolidation de la paix et se concentre sur trois grandes priorités : les programmes de consolidation de la paix aux niveaux régional et transfrontalier ; l’inclusion des femmes et des jeunes dans les processus de consolidation de la paix afin d’ouvrir l’espace politique ; et la facilitation des transitions des missions politiques ou de maintien de la paix vers les équipes pays des Nations Unies.

« On sait que la consolidation de la paix fonctionne, que la prévention des conflits fonctionne », a déclaré le chef de la section financement au Bureau pour la consolidation de la paix de l’ONU, Marc-André Franche, lors d’un entretien avec ONU Info.

M. Franche a cité les plus de 10 ans d’expérience qui ont porté leur fruits dans quelque quarante pays. A l’instar du projet financé dans la région du Liptako–Gourma, dans le nord du Burkina Faso, pour renforcer la confiance entre les forces de sécurité et les administrations locales avec les populations ; ou,  de l’appui à la mise en œuvre de l’Accord de paix en République centrafricaine en facilitant le lancement des unités de sécurité mixtes. 

« L’année dernière en Bolivie suite à la crise, l’Envoyé personnel du Secrétaire général a facilité, avec l’Union européenne et la Conférence épiscopale, un processus de dialogue autour des élections », a expliqué M. Franche, ajoutant que  le Fonds était venu en appui à ce processus « pour renforcer le monitoring des violations de droits humains, faciliter un dialogue et un accord pour la bonne conduite des élections, ainsi qu’un processus de dialogue plus ample avec la société ».  
 

© PBF/Marie Doucey/2019
Au Niger, les conflits entre agriculteurs et éleveurs ont été considérablement réduits grâce à l'autonomisation des femmes et des jeunes en tant que bâtisseurs de la paix dans les régions sujettes aux conflits.

Des réponses rapides face aux défis liés à la Covid-19

Le Fonds pour la consolidation de la paix s’est également activé rapidement face à l’augmentation « énorme » des tensions et des risques de conflit liés à la crise économique et aux restrictions de mouvements engendrées par la pandémie de Covid-19.

« A Madagascar, par exemple, on a lancé un programme pour renforcer la confiance entre les forces de sécurité, la police et la population, en impliquant les forces de sécurité dans l’effort de sensibilisation surtout auprès des populations les plus éloignées, les plus isolées », a cité en exemple M. Franche.

En Haïti, le Fonds a appuyé un programme visant à augmenter les processus judiciaires afin de réduire la population pénitentiaire, qui est très vulnérable au nouveau coronavirus.

Aussi, face aux problèmes croissants de violences contre les femmes, qui ont été particulièrement victimes des restrictions de mouvements liées à la Covid-19, le Fonds a renforcé son appui aux groupes communautaires qui les appuient, les protègent et leur permettent d’avoir des recours en cas de violence.

Un retour sur investissement avéré

Bien que le financement demandé par le Fonds pour la période 2020-2024 constitue une augmentation « substantielle » comparé à la période précédente, passant d’environ 174 millions à 300 millions de dollars par an, le chef du financement explique qu'il s'agit d'« une goutte d’eau dans l’écosystème financier global ».

« Chaque dollar qui est investi en prévention va nous sauver dix-sept dollars », a-t-il souligné.

Aussi, les 300 millions de dollars par année pour la consolidation de la paix ne sont qu’une fraction de ce qui est dépensé aujourd’hui par le système international en réponse humanitaire, a relativisé M. Franche.

« Le Fonds central pour les urgences humanitaires a demandé 1,3 milliard de dollars l’année dernière, sans parler de la différence que cela représente à comparer aux dépenses militaires ou de sécurité », a-t-il précisé.  « C’est un montant très raisonnable pour l’ampleur des besoins et surtout pour l’impact que cela a dans les pays et les communautés ou l’on travaille ».

Reconnaissance unanime du rôle et de l'impact du Fonds

Au final, plus de 439 millions de dollars ont été promis mardi par 39 Etats membres lors de la Conférence, co-présidée par le Président de la Sierra Leone, Julius Maada Bi ; le Premier ministre du Soudan, Abdalla Hamdok ; le Ministre des affaires étrangères du Canada ; et Président de la Commission de consolidation de la paix, Marc Garneau ; ainsi que le Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, Heiko Maas.

 Tous se sont félicités de la reconnaissance unanime du rôle et de l'impact du Fonds. 

« Avec les engagements pris aujourd'hui, le Fonds est prêt à continuer de faciliter un soutien multidimensionnel, intégré, cohérent et à l'échelle de la société aux nombreux pays qui sont engagés dans des processus de paix et des transitions complexes, qui relèvent les défis actuels et ne laissent personne derrière eux », ont affirmé les co-présidents dans une déclaration à l’issue de la Conférence.

 

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