Ethiopie : préoccupée par les allégations de violence sexuelle au Tigré, l’ONU appelle à une politique de tolérance zéro

21 janvier 2021

La Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits, Pramila Patten, a exprimé jeudi sa grande inquiétude concernant les graves allégations de violence sexuelle dans la région du Tigré en Éthiopie, en particulier le nombre élevé de viols présumés dans la capitale régionale, Mekelle.

Des informations inquiétantes font également état d'individus qui auraient été contraints de violer des membres de leur propre famille, sous des menaces de violence imminente, a précisé Mme Patten dans un communiqué de presse.

Certaines femmes auraient également été forcées par des éléments militaires à avoir des relations sexuelles en échange de produits de base, tandis que les centres médicaux ont indiqué une augmentation de la demande de contraception d'urgence et de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), qui est souvent un indicateur de violence sexuelle dans les conflits.

En outre, de plus en plus de cas de violence sexuelle contre les femmes et les filles sont signalés dans un certain nombre de camps de réfugiés.

La haute responsable onusienne estime essentiel que les acteurs humanitaires et les observateurs indépendants des droits de l'homme « bénéficient d'un accès immédiat, inconditionnel et durable aux l'ensemble de la région du Tigré, y compris les camps de déplacés et de réfugiés où de nouveaux arrivants auraient signalé des cas de violence sexuelle ». 

« Une assistance médicale et psychosociale immédiate doit être accompagnée de mesures de protection, afin de garantir que celles et ceux qui ont été forcés de quitter leur domicile en raison de la violence ne sont pas exposés à un risque supplémentaire de violence sexuelle dans les camps », a ajouté Mme Patten. Cela comprend les plus de 5.000 réfugiés érythréens dans et autour de la région de Shire, ainsi que les plus de 59.000 Éthiopiens qui ont fui vers le Soudan voisin. Les Nations Unies estiment que parmi ces réfugiés, plus de 25% sont des femmes et des filles en âge de procréer.

L'accès humanitaire réduit et les ressources limitées pour les prestataires de services ont réduit la disponibilité des soins de santé essentiels et de l'assistance aux survivantes de violences sexuelles, y compris les soins de santé sexuelle et reproductive. 

« L'accès à une assistance vitale, telle que des kits de dignité, des kits post-viol, un traitement pour prévenir la transmission du VIH et des IST et un soutien psychosocial est également essentiel. En conséquence, un financement et un soutien accrus sont nécessaires de toute urgence pour étendre la fourniture et la couverture des services essentiels », a dit Mme Patten.

Elle a appelé toutes les parties impliquées dans les hostilités dans la région du Tigré « à s'engager dans une politique de tolérance zéro pour les crimes de violence sexuelle ».

Tout en prenant note des missions de surveillance et d'enquête menées récemment par la Commission éthiopienne des droits de l'homme dans l’ouest du Tigré et la région d'Amhara, elle a appelé le gouvernement éthiopien à continuer d'exercer ses obligations en matière de protection de « tous les civils contre la violence sexuelle et d’autres formes de violence, quelle que soit leur origine ethnique ». Elle a aussi appelé le gouvernement à permettre rapidement une enquête indépendante sur toutes les allégations, à tenir les auteurs responsables, à fournir réparation aux victimes et à prévenir de nouvelles graves violations. 

Mme Patten a déclaré que son Bureau et le système des Nations Unies étaient prêts à aider les autorités nationales à mettre en place des mesures rigoureuses pour prévenir et répondre à d'éventuelles violations.

 

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