Haïti : les tensions politiques et les violence des gangs inquiètent l’ONU

19 janvier 2021

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a exprimé, mardi, sa préoccupation face à la recrudescence de l’insécurité liée aux gangs en Haïti.

Le HCDH a appelé les autorités haïtiennes à veiller à ce que ces gangs n’entravent pas le droit des personnes à manifester pacifiquement.

Selon les services de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, les enlèvements contre rançon, les attaques de bandes criminelles contre des quartiers perçus comme rivaux et l’insécurité généralisée ont augmenté ces derniers mois en Haïti, dans « un contexte d’impunité presque totale ».

« Nous craignons que l’insécurité, la pauvreté et les inégalités structurelles persistantes en Haïti, associées à des tensions politiques croissantes, ne conduisent à un mécontentement public suivi d’une violente répression policière et d’autres violations des droits de l’homme », a déclaré la porte-parole du HCDH, Marta Hurtado, lors d’un point de presse à Genève.

Parallèlement, les tensions politiques refont surface dans le pays des Caraïbes en raison de différends sur le calendrier électoral et sur le référendum portant sur la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement. Dans cette ambiance tendue, les appels à des protestations de masse se multiplient.

Des manifestations souvent réprimées par la police

Pour le HCDH, ces tensions soulèvent aussi des inquiétudes quant à un usage excessif de la force par la police, comme lors de manifestations en 2018 et 2019, ainsi que lors des protestations de novembre dernier.  Même durant l’été, certaines manifestations pacifiques organisées dans la capitale haïtienne Port-au-Prince pour dénoncer le climat d’insécurité avaient été réprimées par la police.

Cette mise en garde intervient alors que le Service des droits de l’homme du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) vient de publier mardi un rapport sur les abus commis par les forces de l’ordre haïtiennes et les gangs pendant les troubles sociaux de 2018-2019. « Le document montre un schéma de violations des droits de l’homme et d’abus suivis d’une absence quasi totale de reddition des comptes », a expliqué Mme Hurtado.

Face aux abus notés dans le rapport, les services de Mme Bachelet invitent les autorités haïtiennes à prendre des mesures pour éviter la répétition de telles violations. Les agents des forces de l’ordre sont invités à respecter les normes internationales concernant l’usage de la force lors des marches de protestation des citoyens.

L’ONU prône une réforme des pratiques documentées dans le rapport, notamment en veillant à ce que les agents participant au maintien de l’ordre lors des manifestations reçoivent une formation et des instructions adéquates. Port-au-Prince devrait également garantir la reddition des comptes sur les violations et abus passés, en assurant la justice, la vérité et les réparations aux victimes.

Répondre aux griefs de la population haitienne

S’agissant de l’impact des manifestations et des barricades érigées sur la vie quotidienne du peuple haïtien, l’ONU demande aux autorités de veiller à ce que les gangs n’entravent pas le droit des personnes à manifester pacifiquement.

Plus largement, les services de Mme Bachelet demandent à Haïti de prendre des mesures pour répondre aux griefs de la population et aux causes profondes qui ont alimenté les protestations. Des griefs qui portent notamment l’impunité généralisée, les allégations de corruption, la pauvreté persistante ou les inégalités structurelles. Il s’agit aussi de se pencher sur l’accès limité aux services sociaux et d’autres difficultés dans la jouissance des droits économiques et sociaux par le peuple haïtien, estime l’ONU.

De plus, les récents décrets présidentiels créant une agence nationale de renseignement et sur le renforcement de la sécurité publique sont « inquiétants » aux yeux des Nations Unies. Le HCDH redoute que ces textes entraînent « une nouvelle répression des droits à la liberté de réunion pacifique, d’association et d’expression ». « Les actes de violence commis par les manifestants lors de précédentes manifestations ne devraient pas servir de prétexte pour restreindre les libertés fondamentales et réduire l’espace civique », a rappelé Mme Hurtado.

 

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