Yémen : des centaines de milliers de déplacés internes menacés d’une « famine imminente »

11 décembre 2020

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a averti vendredi que des centaines de milliers de déplacés internes sont exposés à un risque accru d’insécurité alimentaire au Yémen, car leurs moyens de subsistance ont été perdus « sous les effets combinés de la violence incessante et de la pandémie de Covid-19 ».

« Les personnes déplacées internes sont de plus en plus exposées à des conditions proches de la famine », a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève, Babar Baloch, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). « Il faut agir maintenant pour les protéger de la faim et de la famine », a fait valoir M. Baloch.

Selon la dernière enquête des Nations Unies sur la sécurité alimentaire au Yémen, l’insécurité alimentaire est répandue dans les zones de conflit, où réside la moitié des quatre millions de personnes déplacées du Yémen. Elles vivent dans et autour des 16 districts les plus touchés par l’insécurité alimentaire aiguë, dans les gouvernorats de Marib, Al Bayda, Abyan, Taïz, Hadramautand et Al Jawf.  

Près de 40% des familles déplacées les plus vulnérables disent n’avoir aucun accès à des revenus et 37% mangeaient déjà moins. Avec une inflation galopante et peu de moyens de subsistance, les familles n’ont plus les moyens de s’offrir des repas de base.

Pour se nourrir, de nombreuses familles déplacées sont obligées de vendre leurs biens, retirer les enfants de l’école et les envoyer travailler, mendier dans les rues ou de manger une fois par jour.

Un bol de riz ou une tasse de thé avec un morceau de pain

De façon générale, les parents déplacés sont poussés à faire des choix difficiles entre la fourniture de nourriture à leur famille et la protection contre les maladies transmissibles, comme le choléra et le nouveau coronavirus. 

Le personnel du HCR rapporte même que souvent le repas quotidien n’est rien d’autre qu’un « bol de riz ou une tasse de thé avec un morceau de pain ». 

Les stratégies d’adaptation telles que la limitation des portions de repas sont les plus courantes chez les personnes déplacées. L’Agence onusienne estime que quatre familles déplacées sur cinq, dont le chef est une femme, ont désormais recours à de telles mesures. Or, une famille déplacée sur quatre est dirigée par une femme ou une fille dont un cinquième a moins de 18 ans. 

« Les femmes sont touchées de manière disproportionnée, dans un pays où les normes socio-culturelles limitent souvent leur accès au travail », a insisté M. Baloch.

De nombreuses femmes déplacées, y compris des femmes célibataires et veuves, déclarent « se sentir exclues de l’aide humanitaire » au Yémen en raison d’obstacles culturels et sociaux qui les empêchent de sortir pour subvenir aux besoins de leur famille.  Pourtant des données du HCR montrent que presque tous les ménages aidés, soit environ 97%, utilisent également cette aide pour acheter de la nourriture. 

Malgré un manque de financement, le HCR continue de renforcer son aide aux familles déplacées et aux communautés hôtes, avec une aide directe en espèces cet hiver. Depuis le début de l’année, des subventions en espèces ont été fournies à plus de 900.000 déplacés yéménites. 

« Les efforts du HCR nécessitent un soutien international continu pour fournir une assistance aux Yéménites déplacés les plus exposés aux risques », a rappelé le porte-parole de l’agence onusienne, relevant que six années de conflit ont fait payer un lourd tribut aux civils, poussant un Yéménite sur huit à se déplacer. 

 

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