Un expert de l'ONU demande la libération immédiate d'Assange après 10 ans de détention arbitraire

8 décembre 2020

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a appelé mardi les autorités britanniques à libérer immédiatement Julian Assange de prison ou à le placer en résidence surveillée pendant la procédure d'extradition américaine. 

Il a lancé cet appel urgent 10 ans après la première arrestation de Julian Assange, le 7 décembre 2010, au moment où une épidémie de Covid-19 s'est déclarée à la prison de Belmarsh. Selon les rapports, 65 des quelque 160 détenus, dont un certain nombre dans l'aile où M. Assange est détenu, ont été testés positifs.

Dans un avis rendu en décembre 2015, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a estimé que depuis son arrestation le 7 décembre 2010, M. Assange a été soumis à diverses formes de privation arbitraire de liberté, dont 10 jours de détention à la prison de Wandsworth à Londres ; 550 jours d'assignation à résidence, et la poursuite de la privation de liberté à l'ambassade d'Équateur à Londres qui a duré près de sept ans. Depuis le 11 avril 2019, M. Assange est détenu dans un isolement presque total à Belmarsh.

M. Assange n'est pas un criminel et ne représente aucune menace pour quiconque - Nils Melzer

« Les autorités britanniques ont initialement détenu Julian Assange sur la base d'un mandat d'arrêt délivré par la Suède en relation avec des allégations d'inconduite sexuelle qui ont depuis été officiellement abandonnées faute de preuves. Aujourd'hui, il est détenu à des fins exclusivement préventives, pour assurer sa présence pendant le procès d'extradition américain en cours, une procédure qui pourrait bien durer plusieurs années », a déclaré Nils Melzer.

« M. Assange n'est pas un criminel et ne représente aucune menace pour quiconque, de sorte que son isolement prolongé dans une prison de haute sécurité n'est ni nécessaire ni proportionné et manque clairement de base juridique », a indiqué le Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

« Les souffrances de plus en plus graves infligées à Julian Assange, du fait de son isolement cellulaire prolongé, équivalent non seulement à une détention arbitraire, mais aussi à la torture et à d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », a déclaré M. Melzer dans un communiqué de presse.

Condition médicale respiratoire préexistante

Il s'est dit particulièrement préoccupé par l'exposition de M. Assange à la Covid-19 compte tenu de son état de santé préexistant.

« Les mesures de décongestion des prisons observées dans le monde entier en réponse à la Covid-19 devraient être étendues à tous les détenus dont l'emprisonnement n'est pas absolument nécessaire », a déclaré l'expert. « Avant tout, les mesures alternatives non privatives de liberté devraient être étendues à ceux qui présentent des vulnérabilités spécifiques, comme Julian Assange qui souffre d'une condition médicale respiratoire préexistante ».

En raison des risques importants associés à l'emprisonnement continu de M. Assange, en conjonction avec les préoccupations plus générales qui ont été exprimées à plusieurs reprises concernant son traitement et ses conditions de détention, l'expert a réitéré les appels précédents pour que M. Assange soit immédiatement libéré ou placé en résidence surveillée. 

« Les droits de Julian Assange ont été gravement violés pendant plus d'une décennie. Il doit maintenant être autorisé à vivre une vie familiale, sociale et professionnelle normale, à recouvrer la santé et à préparer sa défense de manière adéquate contre la demande d'extradition américaine en cours contre lui », a-t-il déclaré. 

À la lumière de la décision de première instance attendue sur son extradition le 4 janvier 2021, l'expert a également réitéré son appel aux autorités britanniques de ne pas extrader M. Assange vers les États-Unis en raison de graves problèmes de droits de l'homme. 

NOTE :
Les rapporteurs spéciaux, les experts indépendants et les groupes de travail font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand organe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel. 

 

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