RDC : la MONUSCO déplore des tensions politiques accrues et une crise persistante de protection des civils dans l’est du pays

7 décembre 2020

L’envoyée de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC) a appelé, lundi, le Conseil de sécurité à encourager une « résolution négociée » des tensions politiques actuelles et rappelé que la protection des civils demeure la « priorité centrale » de la Mission des Nations Unies dans le pays (MONUSCO), dont le mandat doit être bientôt renouvelé.

« La situation politique que traverse actuellement la République démocratique du Congo, est très incertaine », a déclaré la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU dans le pays, Leila Zerrougui, aux membres du Conseil.

« Nous traversons malheureusement une période de tensions politiques accrues, marquée par des divergences persistantes entre les membres de la coalition au pouvoir », a-t-elle précisé par visioconférence depuis Kinshasa.

La veille, le Président de la RDC, Félix Tshisekedi, a annoncé la fin de la coalition, unissant le Cap pour le changement (CASH) qui appuie l’actuel chef d’Etat congolais, et le Front commun pour le Congo (FCC) qui regroupe les soutiens de son prédécesseur Joseph Kabila. Cette coalition avait permis de former une majorité parlementaire.

Nous traversons malheureusement une période de tensions politiques accrues, marquée par des divergences persistantes entre les membres de la coalition au pouvoir - Leila Zerrougui, envoyée de l'ONU en RDC

M. Tshisekedi a indiqué qu’il allait nommer un informateur mandaté pour identifier une nouvelle majorité. Si cette dernière n’est pas atteinte, le Président congolais procèderait alors à une dissolution de l’Assemblée nationale.

L’annonce de la fin de coalition n’a pas été sans heurts. « Nous devons malheureusement déplorer aujourd’hui des échauffourées entre militants des deux forces politiques autour du Parlement », a dit Mme Zerrougui. Selon elle, la RDC ne peut pas se permettre une crise institutionnelle grave. « Elle a besoin d’institutions stables et fonctionnelles se remettant au travail le plus vite possible et se concentrant sur le relèvement économique national et la stabilisation de l’est du pays, avant les élections générales prévues en 2023 », a-t-elle souligné.

Au vu de ces tensions, la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO) a rencontré au cours du mois dernier de nombreux représentants des forces politiques et de la société civile concernées, pour les encourager à résoudre leurs différends par le dialogue, et éviter toutes provocations susceptibles d’inciter à la violence. La mission onusienne a également souligné la nécessité pour ces acteurs de concentrer leurs efforts pour trouver un accord sur les politiques de stabilisation et les réformes institutionnelles essentielles à l’amélioration de la sécurité et de la vie quotidienne des Congolais.

« Nous continuerons à faire usage de nos bons offices pour faciliter une résolution rapide et pacifique de cette situation politique délicate qui, si elle persistait, pourrait avoir des répercussions sérieuses sur la situation économique et sécuritaire du pays dans le contexte de la pandémie de Covid-19 », a mis en garde Mme Zerrougui, qui dirige également la MONUSCO.

Photo: MONUSCO
Une sentinelle de la MONUSCO en faction dans sa guérite surveille les abords d’une base de la Mission dans le territoire de Walikale, province du Nord Kivu. Photo MONUSCO.

La protection des civils demeure une priorité centrale de la MONUSCO

Concernant la situation dans l’est de la RDC, Leila Zerrougui a affiché sa préoccupation face à la « crise de protection continue ». Une crise qui se traduit toujours par « de l’insécurité, de graves violations des droits de l’homme et des déplacements qui continuent de toucher les civils, notamment des femmes et des enfants », victimes des groupes armés qui sévissent toujours dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

« Ces activités meurtrières de groupes armés nationaux et étrangers dans ces territoires soulignent le rôle crucial que doit continuer de jouer la Force de la MONUSCO, y compris la brigade d’intervention, pour soutenir les forces de sécurité nationales dans l’élargissement de l’autorité de l’Etat et empêcher les violences commises contre les civils », a déclaré la Représentante spéciale.

« La protection des civils demeure une priorité centrale de la MONUSCO », a insisté Mme Zerrougui, dans un contexte de détérioration de la situation humanitaire dans les provinces touchées par les conflits. Elle a condamné les « récentes attaques inacceptables » contre les travailleurs humanitaires en RDC, rappelant que ces derniers ont joué un rôle clé dans la fin de l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Equateur.

Evoquant le retrait « graduel » de la MONUSCO de la RDC, la Représentante spéciale a indiqué que la mission onusienne avait fermé neuf bureaux de terrain depuis la dernière élection présidentielle en 2018 et qu’elle n’était présente que dans six provinces du pays en plus de son quartier général à Kinshasa.

Si elle compte « consolider son empreinte » dans les trois provinces les plus touchées par le conflit (Sud-Kivu. Nord-Kivu et Ituri), la MONUSCO s’est fixée comme calendrier un retrait complet des Kasaïs en juin 2021 et du Tanganyika en juin 2022 si la situation le permet.

« La Mission est aujourd’hui arrivée à un point critique de soutien aux autorités nationales pour consolider la stabilité permettant de s’engager vers une paix durable et le développement », a conclu Mme Zerrougui. 

 

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