Éthiopie : le HCR veut un accès urgent aux civils et aux 96.000 réfugiés érythréens au Tigré où la nourriture s’épuise

1 décembre 2020

En Ethiopie, l’accès humanitaire est nécessaire de toute urgence pour atteindre les civils et les réfugiés érythréens au Tigré, a alerté mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), relayant ainsi les inquiétudes des travailleurs et des partenaires humanitaires de l’ONU.

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a lancé un appel aux autorités fédérales éthiopiennes pour « un accès urgent afin d’atteindre les réfugiés érythréens dans la région du Tigré qui ont désespérément besoin d’aide et de services humanitaires ».

« Notre extrême inquiétude est que nous entendons parler d’attaques, de combats à proximité des camps, d’enlèvements et d’expulsions forcées. Il est donc très important pour nous d’avoir cet accès pour aller voir ce qui s’est passé là-bas », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Babar Baloch, porte-parole du HCR.

« Les inquiétudes grandissent d’heure en heure » dans la région du Tigré, au nord du pays, où la nourriture aurait été épuisée pendant le conflit qui a duré un mois. Selon l’agence onusienne, les camps sont pratiquement à court de vivres, ce qui fait de « la faim et de la malnutrition un réel danger ». « Et c’est un avertissement que nous lançons depuis le début du conflit il y a près d’un mois », a insisté M. Baloch.

Avant même le début des récents combats, la population civile de Mekele, qui abrite près d’un demi-million de personnes, avait souffert des semaines entières de pénuries de carburant, d’argent et de produits de base.

Près de 46.000 réfugiés éthiopiens au Soudan

Par ailleurs, l’agence onusienne basée à Genève s’est alarmée des informations « non confirmées » faisant état « d’attaques, d’enlèvements et de recrutement forcé dans les camps de réfugiés ». Le HCR réitère avec force son appel en faveur de la sécurité des réfugiés.

Une façon pour l’agence onusienne de rappeler qu’« aucun civil ne doit être une cible ». « Toutes les mesures possibles doivent être prises par toutes les parties pour s’assurer que - qu’il s’agisse de réfugiés, de personnes déplacées, de communautés d’accueil ou de travailleurs humanitaires - ils sont tous tenus à l’écart du danger », a fait valoir M. Baloch.

Il n’est pas possible de vérifier les conditions actuelles dans les camps - Babar Baloch, porte-parole du HCR

Une situation d’autant plus préoccupante, les difficultés actuelles de communication et de sécurité entravant l’accès. « Il n’est pas possible de vérifier les conditions actuelles dans les camps », a précisé le porte-parole du HCR.

Pendant près de deux décennies, l’Éthiopie a été un pays accueillant pour les réfugiés érythréens, mais on craint maintenant qu’ils soient pris dans le conflit. Le HCR appelle donc Addis Abeba à continuer à assumer ses responsabilités en matière d’accueil et de protection des réfugiés érythréens et à permettre aux humanitaires d’accéder aux personnes qui sont maintenant désespérément dans le besoin.

Au Soudan voisin, les réfugiés éthiopiens continuent d’arriver par centaines. Près de 46.000 Éthiopiens ont réussi à franchir la frontière soudano-éthiopienne depuis le début du mois de novembre. Rien que vendredi dernier, plus de 2.500 ont été enregistrés par les équipes du HCR.

Pour autant, l’agence onusienne réitère l’appel conjoint des Nations Unies pour que toutes les parties permettent de toute urgence « la libre circulation des personnes concernées en quête de sécurité et d’assistance, y compris à travers les frontières internationales et nationales ». Le HCR demande que le droit de demander l’asile soit pleinement respecté.

© UNHCR/Hazim Elhag
Des réfugié éthiopiens fuyant les violences dans la région du Tigré.

Le chef de l’ONU poursuit ses contacts avec les dirigeants africains

Sur le front diplomatique, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a reçu dimanche un appel téléphonique du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, pour l’informer de la situation dans le pays.

Lors de son point de presse quotidien d’hier lundi, le porte-parole du chef de l’ONU a indiqué que M. Guterres s’est également entretenu, vendredi, avec Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne Présidente du Libéria. 

La prix Nobel de la paix libérienne a informé M. Guterres des contacts qu’elle a eus avec les envoyés de Cyril Ramaphosa, Président de l’Union africaine, à savoir Joaquim Chissano, ancien Président du Mozambique, et Kgalema Motlanthe, ancien Président de l’Afrique du Sud, et des discussions qu’ils ont eues avec les autorités éthiopiennes, en particulier avec le Premier Ministre éthiopien.

Plus largement, le Secrétaire général s’est dit gravement préoccupé par l’impact du conflit éthiopien sur la population civile et par la propagation des discours de haine et des informations faisant état de profilage ethnique. Il a assuré le soutien total de l’ONU à l’initiative de l’Union africaine dirigée par le Président Ramaphosa.

Le chef de l’ONU a une fois de plus souligné la nécessité « du plein respect des droits de l’homme, ainsi que de l’accès humanitaire pour l’ONU et ses partenaires humanitaires ».

 

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