Sous-munitions : les victimes ont presque doublé en 2019, principalement en Syrie

Une forêt en Croatie contaminée par des armes à sous-munitions est nettoyée.
Direction de la protection civile, Croatie
Une forêt en Croatie contaminée par des armes à sous-munitions est nettoyée.

Sous-munitions : les victimes ont presque doublé en 2019, principalement en Syrie

Paix et sécurité

Les victimes des armes à sous-munitions ont presque doublé en 2019, principalement en raison de leur utilisation dans le conflit syrien, a rapporté l’Observatoire des mines et des armes à sous-munitions.

« Depuis juillet 2012, il y a eu au moins 686 attaques aux armes à sous-munitions en Syrie, qui n'a pas adhéré au traité et qui est le seul pays à l’avoir de manière permanente », a détaillé la Coalition contre les armes à sous-munitions. 

Lors d’une conférence organisée la semaine dernière à Genève par l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR), l’Observatoire a rappelé qu’aucun État partie n'a utilisé d'armes à sous-munitions depuis l'adoption de la convention en 2010.

Au moins 286 personnes ont été tuées ou blessées en 2019 par des attaques à la bombe à fragmentation ou par des restes de munitions, contre 149 en 2018. Le nombre le plus élevé étant enregistré en Syrie, avec 232 victimes, soit le triple du nombre de 2018.

Outre la Syrie, l'utilisation d'armes à sous-munitions a été signalée en 2019 en Libye. L’Observatoire a également examiné des allégations d'utilisation de ces armes l'année dernière au Yémen et dans la région du Cachemire, à la frontière indo-pakistanaise.

Plus de 4.300 victimes civiles en dix ans

Des victimes de restes non explosés d'armes à sous-munitions ont été signalées en 2019 en Afghanistan, en Iraq, en République démocratique populaire lao, au Liban ou en Serbie. Des victimes d'attaques aux armes à sous-munitions et des restes laissés sur place ont été aussi recensés au Soudan du Sud, au Sahara occidental ainsi que dans la région du Haut-Karabakh.

Concernant le conflit de cette enclave montagneuse du sud du Caucase, l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont également eu recours à cet armement.

« L'utilisation soutenue d'armes à sous-munitions interdites en Syrie et l'utilisation nouvelle en Libye et au Haut-Karabakh sont inacceptables », a déclaré Marion Loddo, Rédactrice de l’Observatoire et responsable éditorial de la Coalition.

« Il est impératif que les États, qui ont adhéré à cette convention, s'expriment pour condamner le nombre de victimes civiles et la menace pour les vies et les moyens de subsistance que représente la nouvelle contamination par les restes d'armes à sous-munitions », a-t-elle relevé, ajoutant qu’aucun de cette vingtaine d’Etats incriminés ne fait partie des 110 Etats signataires de la convention.

Au total, il y a plus de 4.300 victimes civiles en dix ans dans une vingtaine d'Etats et de territoires. Plus de 80% des victimes mondiales ont notamment été enregistrées en Syrie, tandis que les enfants représentaient 40% de l'ensemble des victimes.

Mais selon l’Observatoire, le nombre réel de nouvelles victimes sera « probablement beaucoup plus élevé, car beaucoup d'entre elles ne sont pas encore enregistrées ».

Au niveau mondial, les civils ont représenté 99% de toutes les victimes enregistrées en 2019, année où le statut a été enregistré. « Ce chiffre est conforme aux statistiques sur les victimes d'armes à sous-munitions de tous les temps en raison de la nature indiscriminée de l'arme », a fait valoir la Coalition.

La Convention sur les armes à sous-munitions a été adoptée et ouverte à la signature en 2008, et est entrée en vigueur le 1er aout 2010. Elle interdit complètement les armes à sous-munitions, exige la destruction des stocks dans un délai de huit ans, la dépollution des zones contaminées dans un délai de 10 ans et l’assistance aux victimes de ces armes.

1,5 million d’armes à sous-munitions détruites en dix ans

Selon l'Observatoire, 26 pays et territoires restent contaminés par des sous-munitions, dont sept non-signataires depuis l'entrée en vigueur de la convention. Au cours de la dernière décennie, six États parties ont achevé la dépollution des zones contaminées par les restes d'armes à sous-munitions, dont les plus récents sont la Croatie et le Monténégro, en juillet 2020.

L’année dernière, au moins 82 km2 de terres contaminées ont été dépolluées par les États parties, ce qui a entraîné la destruction de près de 97.000 sous-munitions sur des zones contaminées.

Cet onzième rapport annuel de l’Observatoire des armes à sous-munitions (Cluster Munition Monitor) a été préparé par la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC) pour diffusion lors de la deuxième Conférence d'examen de la Convention sur les armes à sous-munitions qui s’est tenue du 25 au 27 novembre 2020.

A l’ouverture des travaux, la Suisse, qui préside cette année la Conférence, a rappelé que l’année 2020 marque  un  autre jalon important. Selon Berne, pour  la  première  fois, aucun Etat ne s’est exprimé contre la résolution présentée chaque année en 1ère commission de l’Assemblée générale.

Dans le même temps, « 1,5 million d’armes à sous-munitions contenant 178 millions «sous-bombes» ont été détruites pendant dix ans, alors que 36 Etats ont mis en œuvre leur obligation de destruction des stocks », a d’ailleurs rappelé l’Ambassadeur suisse à la Conférence du désarmement, Félix Baumann.