Ethiopie : face à la détérioration humanitaire au Tigré, l’ONU a besoin de 76 millions de dollars

24 novembre 2020

Les Nations Unies ont finalisé un plan humanitaire pour aider près de deux millions de personnes affectées par le conflit dans la province éthiopienne du Tigré où la situation humanitaire ne cesse de s’aggraver. 

Ce plan, qui vise la collecte d’une somme de 76 millions de dollars, couvre la période allant de novembre 2020 à janvier 2021. Il permettra de venir en aide aux personnes affectées par le conflit dans la région du Tigré, mais aussi celles d’Afar et d’Amhara. 

 « Cela inclut les besoins humanitaires déjà existants et 1,1 million de personnes supplémentaires qui devraient avoir besoin d’aide à la suite de ce conflit », a précisé Jens Laerke, porte-parole du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

En plus de ce plan de 76 millions de dollars destiné aux populations vivant à l’intérieur de l’Ethiopie, un autrappui financier est nécessaire pour répondre aux besoins des milliers d’Ethiopiens réfugiés au Soudan. L’ONU et ses partenaires humanitaires avait indiqué vendredi  qu’ils avaient besoin de 200 millions de dollars pour aider les réfugiés éthiopiens, dont 50 millions immédiatement.

Mardi, les agences humanitaires onusiennes ont exprimé leur inquiétude face au conflit dans la région du Tigré où un « black-out » rend difficile l’évaluation et la gestion de ce qu’elles considèrent comme une urgence humanitaire croissante.

« L’ONU reste extrêmement préoccupée par la sécurité des civils de la région du Tigré, en particulier pour plus d’un demi-million de personnes se trouvant à Mekele –dont plus de 200 travailleurs humanitaires », a ajouté M. Laerke.

Plus de 40.000 Ethiopiens se sont réfugiés au Soudan

L’ONU et ses partenaires sont prêts à fournir une aide humanitaire aux personnes touchées par le conflit. Pour cela, un accès humanitaire sûr et sans entrave s’impose de toute urgence. Des discussions ont lieu actuellement pour garantir une assistance humanitaire. Il est important que ces secours et que les civils puissent se déplacer librement, a dit le porte-parole d’OCHA.

De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a réitéré son appel en faveur d’un accès humanitaire libre, sûr et sans entrave afin que l’aide humanitaire puisse atteindre les personnes qui en dépendent. D’autant qu’au milieu du conflit actuel, l’inquiétude du HCR s’accroît sur le sort des 100.000 réfugiés érythréens en Ethiopie.

« Sans accès humanitaire, la fourniture des services les plus élémentaires, notamment l’eau, les médicaments essentiels et les denrées alimentaires, qui seront épuisés en une semaine pour la population réfugiée, suscite une grande inquiétude », a déclaré Babar Baloch, porte-parole du HCR.

L’agence onusienne a indiqué que près de 3.000 personnes fuyaient chaque jour à travers la frontière.  « Le nombre d’Ethiopiens qui affluent vers l’est du Soudan a maintenant dépassé le seuil des 40.000 réfugiés depuis le début de la crise, avec plus de 5.000 femmes, enfants et hommes qui ont fui les combats en cours dans la région du Tigré ce week-end », a détaillé M. Baloch.

Face à cet afflux, le HCR continue à éloigner les réfugiés de la frontière pour les transférer à Um Rakuba, à 70 kilomètres plus loin à l’intérieur du Soudan. Lundi, un peu plus de 8.000 réfugiés éthiopiens avaient été transférés.

On risque « de déshabiller Pierre pour habiller Paul »

A la frontière soudano-éthiopienne, le HCR et ses partenaires ont pu fournir à des milliers de réfugiés une aide vitale, notamment des vivres. Une alimentation complémentaire et thérapeutique est désormais fournie à quelque 300 enfants malnutris, ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes. L’agence onusienne a pu identifier les personnes particulièrement vulnérables et les orienter vers les services compétents.

Mais selon le HCR la réponse humanitaire continue de se heurter à des difficultés logistiques et reste surchargée.

Tomson Phiri, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), explique que l’aide humanitaire au Soudan sera fortement sollicitée, avec ce nombre croissant de réfugiés.

« Le PAM est alarmé par le nombre croissant de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire en Éthiopie et au Soudan en raison du conflit dans la région du Tigré », a-t-il déclaré, relevant qu’à la frontière soudano-éthiopienne, « la situation humanitaire se détériore rapidement alors que l’afflux de personnes se poursuit ».

De nombreux organismes humanitaires redoutent que ces besoins « très élevés » dépassent très rapidement la réponse. « Nous avons expédié suffisamment de nourriture pour nourrir 60.000 personnes pendant un mois », a pourtant rappelé le porte-parole du PAM. Cependant, la nourriture a dû être empruntée à des programmes en cours dans d’autres régions du pays.

« Nous avons littéralement volé Pierre pour payer Paul, et l’afflux continu de nouveaux arrivants va mettre à rude épreuve notre capacité à répondre aux besoins humanitaires existants au Soudan, car il y a de multiples crises dans tout le pays », a insisté M. Phiri.

 

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